TUNISIE
05/10/2018 15h:26 CET

Ennahdha et Nidaa Tounes se séparent. Un troisième cheikh surgit, selon The Economist

"La Tunisie a besoin de plus de cheikhs - et de cheikhas aussi"

FETHI BELAID via Getty Images

“Un troisième cheikh émerge, le duo au pouvoir qui a stabilisé la Tunisie s’est séparé”. C’est le titre d’un article publié vendredi sur le site  The Economist (et qui sera publié demain colonnes du magazine). Il fait référence au chef du gouvernement Youssef Chahed qui est en train de faire surface maintenant que la complicité entre Nidaa Tounes et Ennahdha est terminée.

En effet, sur fond des propos de Béji Caïd Essebsi, la dynamique entre les deux titans de la scène politique tunisienne s’est brisée. “Ennahdha a pris un autre chemin” lance-t-il amèrement lors de son discours du 24 septembre 2018. 

Pour The Economist, la pomme de discorde entre Ennahdha et Nidaa Tounes ne relève pas d’un différend idéologique. Loin de là. En effet, selon le média, le problème se situerait au niveau du chef du gouvernement Youssef Chahed.

“Avant sa nomination en 2016, Youssef Chahed était loin des projecteurs”. Mais la donne a changé. “Il est désormais souvent considéré comme étant le politicien le plus digne de confiance en Tunisie” estime le magazine, et ce vu “ses efforts considérables pour lutter contre la corruption”.

De plus, il est le chef du gouvernement à avoir conservé ce poste le plus longtemps depuis la révolution, révèle la source.

D’après The Economist, Béji Caïd Essebsi qui endosse la responsabilité de l’avoir nommé, semble regretter son choix. “Caïd Essebsi et son fils, Hafedh, ont explicitement critiqué le Chef du gouvernement notamment pour sa gestion des affaires économiques” explique la source.

Toutefois, ces attaques contiennent une part de vérité. “Soutenu par le FMI, le gouvernement a imposé de douloureuses mesures d’austérité. Peut-être sa politique controversée a engendré l’affaiblissement du dinar. Il a chuté de plus de 20% par rapport au dollar durant ces deux dernières années, atteignant son plus bas niveau en plus de dix ans”. En contrepartie, “les exportations ont augmenté de 20% au cours des huit premiers mois de l’année. Les exportations de produits agricoles ont à leur tour augmenté de 63% par rapport à la même période l’an dernier. Les prix attractifs ont également attiré les touristes” note The Economist.

En effet, la dégringolade du dinar face aux monnaies étrangères continuent de faire des ravages dans le budget de l’État, rappelle le média: “Beaucoup de dettes sont en dollars. L’année prochaine, la Tunisie dépensera 9 milliards de dinars (3,2 milliards de dollars) en service de la dette, ce qui équivaut à environ 8% du PIB et 76% de plus qu’en 2016. Les prix des carburants ont été multipliés par quatre en 2018, mais la facture de subventions du gouvernement continue d’augmenter. Cette année, il atteindra 4,3 milliards de dinars, soit presque trois fois plus que prévu. Certains économistes estiment que la dévaluation est allé trop loin. Et bien que les exportations soient en hausse, le déficit commercial continue de croître” poursuit la source.

Revenant sur le soutien d’Ennahdha à Youssef Chahed. The Economist le qualifie de contre nature. “Le dirigeant d’Ennahdha Rached Ghannouchi est un politicien rusé. Son soutien à Chahed est un signe de la faiblesse du parti au pouvoir” note-t-il.

“Après les élections de 2014, Nidaa Tounes a occupé 86 sièges au Parlement, soit 40% du total des sièges” poursuit The Economist en précisant que cette domination ne serait qu’un mirage. En effet, après le gel d’adhésion de Youssef Chahed de Nidaa, beaucoup de ses supporters ont choisi de s’allier officiellement à lui. “Chahed pourrait probablement résister à une motion de censure. Les Essebsi craignent ainsi d’être éclipsés par leur propre création” dénote l’article.

“Chahed a été vague sur ses ambitions politiques” précise The Economist en ajoutant qu’il pourrait marquer son entrée au Parlement à la tête d’un puissant bloc, celui de la “coalition nationale”. Et s’il compte se présenter à la course présidentielle, le magazine estime que ça serait risqué en arguant “qu’Ennahda est susceptible de présenter un candidat”. 

“L’incertitude est un bon signe” révèle Leila Hammami, une universitaire qui a manifesté son intérêt à se présenter candidate à prochaine élection présidentielle. “Essebsi a 91 ans, Ghannouchi 77. Ils passent souvent des deals en privé et les affichent aux législateurs comme un fait accompli. La Tunisie a besoin de nouveaux visages et d’un parlement plus fort. Le pays a besoin de plus de cheikhs - et de cheikhas aussi” souligne-t-elle au The Economist.

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