ALGÉRIE
16/12/2018 16h:37 CET | Actualisé 16/12/2018 17h:59 CET

La couverture agressive d'Ennahar contre des présumés innocents soulève de "nombreuses interrogations" (Avocat)

Les "victimes d'Ennahar", dont Kamel Bouakkaz et Fodil Dob, ont annoncé leur intention de porter plainte contre la chaîne.

Ahmed Sahara
Kamel Bouakkaz (centre) s'exprimant lors d'une conférence de presse à Alger, le 16 décembre 2018 à Alger. Fodil Dob et Mister AB sont visibles dans l'arrière-plan. 

Des “facilitations exceptionnelles” ont permis à Ennahar TV d’assurer une couverture controversée, dont la diffusion des images de détenus arrivant à un tribunal à Alger, a estimé dimanche 16 décembre l’avocat Abdelghani Badi, s’interrogeant si la chaîne a agi seule ou si elle a été “appuyée”.


Lors d’une conférence de presse à Alger durant laquelle “les victimes d’Ennahar”, dont le comédien Kamel Bouakkaz et le footballeur Fodil Dob ont annoncé leur intention de déposer plainte contre le média, Me Badi a relevé plusieurs irrégularités et s’est demandé « qui a comploté avec qui » pour arriver à ce résultat.


« Ces facilitations exceptionnelles ont permis à la chaîne de travailler et soulèvent de nombreuses interrogations », a-t-il souligné. « Qui a comploté contre ces personnes ? Le média a-t-il agi seul ou bien a-t-il une assise politique et judiciaire ? ».


Le 25 octobre 2018, Ennahar TV a filmé MM. Bouakkaz et Dob, ainsi que les rappeurs Mister AB et Reda City 16 et les journalistes Abdou Semmar, Adlan Mellah et Merouane Boudiab, arrivant menottés à des tribunaux à Alger.

Le média a diffusé les images en boucle pendant plusieurs jours et a accusé les détenus, entre autres, d’avoir formé « un réseau » de chantage et de blanchiment d’argent.


Des accusations que rejettent Abdou Semmar, Merouane Boudiab, Fodil Dob, Kamel Bouakkaz et Mister AB, présents à cette conférence épaulés par leurs avocats après avoir passé plusieurs semaines en prison avant d’être libérés.


Me Badi a expliqué que le juge d’instruction ne pouvait pas ignorer la présence de caméras à l’arrivée des détenus et possédait la prérogative de les empêcher de filmer.


« La présomption d’innocence était respectée même durant les années 90. Quand les services de sécurité arrêtaient des terroristes, ces derniers étaient filmés de dos », a-t-il rappelé.


L’avocat s’est également étonné que la procédure judiciaire dans ces affaires se soit déroulée si rapidement alors qu’elle devrait prendre des mois. 


«Le public a été exposé à une image fabriquée d’un réseau criminel. L’impact psychologique sur les victimes reste visible à ce jour », a enchaîné l’avocat.


M. Bouakkaz a effectivement relaté une anecdote concernant sa fille : « Elle me dit qu’elle a peur d’aller à l’école et de ne pas me trouver à la maison à son retour ».

Fodil Dob a de son côté rendu hommage à la soixantaine d’avocats qui ont constitué un collectif pour défendre les personnes présentes à la conférence.

“Je n’ai pas peur de la prison, mais j’ai passé un mois et demi dans le doute”, a indiqué l’ancien joueur du MCA et la sélection algérienne. Et d’ajouter: “Je ne doute pas de la justice algérienne, nous sommes sortis de prison grâce à elle”. 


S’exprimant sur son cas, Abdou Semmar a affirmé avoir déposé plainte via son avocat contre Ennahar pour diffamation le 4 novembre alors qu’il était encore en prison, une plainte restée sans suite à ce jour.


« Pourquoi la justice a bougé suite à la plainte d’Anis Rahmani (patron d’Ennahar) mais pas après la mienne ? Est-il plus Algérien que moi ? », s’est interrogé le journaliste.


Pour Abdelghani Badi, en donnant suite à ces plaintes contre Ennahar, la justice va pouvoir « se rendre justice à elle-même ».