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06/12/2018 18h:16 CET | Actualisé 06/12/2018 18h:16 CET

Enfance des rues en Afrique: Non, ils ne sont pas "invisibles"!

Ces enfants sont notre futur, leur prise en charge durable, nous garantira des sociétés durables

Buena Vista Images via Getty Images

Des chiffres accablants

On estime la présence de 120 millions d’enfants à la rue dans le monde. Selon l’Unicef, le nombre d’enfants à la rue serait de 120 millions dans  le monde. C’est un enfant sur cinq.

Difficile de les recenser précisément mais ils seraient trente millions en Afrique et onze millions en Inde.

La plupart sont des garçons et sont exploités professionnellement ou sexuellement.

Des catégories vulnérables

Ces enfants sont très vulnérables et à bien des niveaux. Cibles premières des maladies, d’une mauvaise alimentation, de la circulation, de la délinquance, de la maltraitance et autres dangers de la ville.

Un taux de décès alarmant

50 % de ces enfants décèdent dans les quatre premières années qui suivent leur arrivée dans la rue. En plus d’être, dans beaucoup de pays, pourchassés par la police, étant perçus comme des marginaux.

Une situation qui les pousse aux comportements déviants:consommation du cannabis, de l’alcool ou à inhaler du gaz de pétrole, afin de fuir la réalité et l’âpreté de vie sur les trottoirs.

Africités 8: Marrakech a lancé la campagne des villes sans enfants des rues

Le sommet panafricain Africités 8 s’était clôturé, le 24 novembre 2018 dernier, par le lancement officiel de la campagne panafricaine “Pour des villes sans enfants en situations de rue” sous la présidence effective de son Altesse Royale la Princesse Lala Meryem.

Au cours de cette édition placée sous le thème: “La transition vers des villes et des territoires durables: le rôle des collectivités locales et régionales d’Afrique”,  le Réseau des femmes élues locales d’Afrique (REFELA) présidée par la Camerounaise Célestine Ketcha Courtès a signé une Convention avec Son Altesse Royale la princesse Lalla Meryem pour parrainer la “Campagne des villes africaines sans enfants en situation de rue”.

Des Maires et des mères d’Afrique se mobilisent pour les enfants

Cette campagne est avant tout à l’initiative de REFELA - le Réseau des Femmes Elues Locales d’Afrique. Créé à l’issue du Premier Forum des Femmes Elues Locales d’Afrique, tenu à Tanger (Maroc) en 2011, le REFELA est partie intégrante de CGLU Afrique. Il représente les Femmes Elues Locales d’Afrique au sein de la Commission des Femmes de l’Organisation Mondiale de CGLU.  Le REFELA réunit toutes les femmes exerçant une fonction élective au sein des collectivités locales. Il est composé des femmes élues locales des 5 régions d’Afrique : Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, Afrique Centrale et Afrique Australe.

L’Afrique fait partie des régions du monde ayant le niveau le plus élevé de pauvreté et où les chances de survie des enfants sont parmi les plus faibles.

Enfants des Rues : 30 millions en Afrique

Le nombre d’enfants des rues dans le monde, bien que très difficile à chiffrer, est estimé par l’Unicef à 120 millions (soit un enfant sur cinq), dont 30 millions en Afrique.

Cette situation des enfants vivant dans les rues des villes africaines est une des violations massives des droits dont sont victimes des milliers d’enfants. Les causes sont multiples et très souvent dénoncées : la pauvreté, l’explosion démographique, l’exode rural et les injustices dues à la mondialisation. Sont régulièrement identifiées et également dénoncées d’autres causes plus directes comme les familles qui confient leurs enfants à des tuteurs, les mauvais traitements, les conflits armés, les séparations et les conséquences directes liées au virus du sida, entre autres.

Si beaucoup sont des orphelins, victimes de la guerre, du sida ou de la pauvreté, d’autres fuient les mauvais traitements que leur infligent leurs familles ou des « sectes religieuses ».

«Ce qui est important ce n’est pas le monde que nous laissons à nos enfants, mais plutôt les enfants que nous laissons à ce monde», a exprimé Son Altesse Royale la princesse Lella Meriem.

Mme Lamia Bazir, Directrice exécutive de l’Observatoire national des droits de l’enfant au Maroc, a quant a elle ajouté  : «C’est une initiative qui traduit une mobilisation et un engagement effectif et opérationnel des villes pour la mise en place d’un plan d’action et des mécanismes de protection des enfants qui s’appuient sur des indicateurs de mesure de performance».

«Sur les 120 millions d’enfants des rues dans le monde, il en est plus de 30 millions qui survivent dans Notre continent. Un enfant des rues sur 4 est donc Africain», a indiqué Sa Majesté le Roi. Non sans regretter que «Ce chiffre n’est pas seulement accablant, il est aussi en contradiction avec les valeurs ancestrales de nos sociétés africaines, fondées sur la solidarité et la primauté de la famille».

Dans son intervention lu par la princesse Lella Meriem, le Roi Mohammed VI a salué la mise en place de cette campagne et, en particulier, l’initiative qui en est la déclinaison pilote au Maroc : «Rabat ville sans enfants dans les rues».

Le Souverain marocain a aussi appelé les dirigeants africains à rendre «les villes africaines véritablement dignes de leurs enfants.»

La réalité terrifiante des enfants de la rue

Dans les rues, ces enfants sont meurtris par les intempéries, les privations, le dénuement, les maladies, les accidents et l’indifférence. A cela s’ajoutent la précarité, la violence, les sévices sexuels, la loi du plus fort qui les exposent aux rencontres et influences les plus nuisibles. Les petites filles sont sollicitées sexuellement dès leur plus jeune âge et finissent par se prostituer. La plupart des enfants des rues connaissent la drogue, même les plus petits, et sont exposés au VIH / Sida. Par ailleurs, et dans certains cas, les personnes chargées de protéger les enfants sont celles qui commettent des crimes contre eux. »

Les conséquences psychosociales de vivre dans la rue

Les enfants qui sont livrés tôt à la rue,   auraient des retards de développement. On estimerait selon certaines études que 20 % des mineurs présenteraient des troubles de santé mentale et plus de 80 %auraient  un retard du développement. Outre les conséquences terribles de la précarité physiquement amenant la  malnutrition, avec, chez les enfants, de nombreux cas d’anémie (38 %), de surpoids (22 %), voire d’obésité (4 %).

Beaucoup sont réduits à faire la manche à ingérer des choses grasses mais presque jamais de légumes ou de fruits frais. »

Une déscolarisation et une perte de valeur

Une vraie discrimination peut s’ajouter à la souffrance du quotidien.  On les voit comme des enfants déliquants, pestiférés, ils amènent la peur et la maladie. Ils renvoient aussi l’image d’une société qui a fait faillite, ne pouvant les intégrer.

La précarité et la grande pauvreté n’ont pas seulement un impact sur la qualité de vie matérielle des enfants, sur leur santé et leur scolarité, mais aussi sur la perception de leur propre valeur.

La rue est un  environnement  hostile qui fait obstacle à leur développement en les empêchant d’imaginer positivement leur propre avenir.

Des solutions?

Outre les discours politico politiciens et les promesses dans ces grandes rencontres internationales, l’enfant des rues a surtout besoin de choses concrètes et immédiates.

La chercheure et thérapeute en est convaincue. Même si nous louons l’initiative en elle-même. Mais l’urgence n’attend pas. Il faudrait peut-être penser à des  hébergements d’urgence mieux adaptés, comme ces appartements où plusieurs familles ont chacune une ou deux pièces et partagent une cuisine commune. Et aussi aider plus  l’État à sortir ces gamins et leur famille de la spirale de l’urgence par la construction de logements sociaux abordables et en nombre suffisant.

Ce sont des conditions de base, afin de protéger les autres  droits de l’enfant, santé, école… ».

Alors oui, il est temps de se mobiliser, de sortir de notre zone de confort, d’arrêter de les invisibliser et de se dire que c’est une  responsabilité commune à partager, que ces enfants sont aussi les notres, et que de leur tourner le dos, serait en fait avouer notre échec, celui d’une société devenue hermétique aux valeurs les plus élémentaires de l’humanisme.

Ces enfants sont notre futur, leur prise en charge durable, nous garantira des sociétés durables où tous les enfants auraient les mêmes chances : grandir, évoluer et aspirer à un meilleur avenir

ILS NE SONT PAS INVISIBLES !

 

Retrouvez les conseils de Feriel Berraies thérapeute: www.feriel-berraies-therapeute.com

 

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