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07/03/2019 11h:44 CET | Actualisé 07/03/2019 11h:44 CET

Encore un 8 mars en pleine face

"Là où nous devions avancer sur les questions de l’équité économique et juridique, nous avons un silence assourdissant des pouvoirs publics".

Photo AP/Abdeljalil Bounhar

SOCIÉTÉ - Et voilà le sempiternel 8 mars qui revient, année après année, sur le calendrier. La majorité des gens pensent toujours qu’il s’agit de la journée de la femme au même titre que la fête des mères, Noël ou l’Aïd, et les commerçants, qui ont bien compris leur intérêt, poussent à cette vision en vous offrant 3 produits de beauté pour le prix de deux ou une rose pour une épilation complète avec gommage...

La portée symbolique de cette journée, qui est en réalité la journée de revendications des droits des femmes à plus d’égalité de traitement dans la loi et dans la rue, est de fait totalement passée sous silence. Il faut dire que les problèmes économiques mondiaux, les guerres et les troubles font passer ce petit détail au second plan, une fois de plus. Un petit entrefilet dans la presse, éventuellement un reportage ou une déclaration d’un ministre voulant exister, et le tour sera joué, on n’en parlera plus jusqu’à l’an prochain ou, plus tôt, si par hasard un crime horrible tournait sur les réseaux sociaux!

Ce n’est pas le tour qui est joué mais les femmes en règle générale. Car le sens de l’histoire voudrait que d’année en année, les femmes gagnent un peu en égalité pour pouvoir enfin se rapprocher de l’équité du point de vue humain.

Mais l’histoire est bien différente. Après l’indépendance, nous avions une grande majorité de la population qui vivait avec ses traditions ancestrales et qui regardait avec un œil curieux la modernité s’introduire dans le Royaume. Bikini, mini-jupes et autre dress code occidental représentatif de la femme qui se libère étaient prisés de la haute société tout comme de la classe moyenne émergente qui voulait de plus en plus ressembler à la vision de la femme des séries télé.

Depuis la fin des années 80, l’Europe étant touchée de plein fouet par une crise économique, la préférence nationale, le système de ghettoïsation des populations par origine migratoire, un besoin de reconnaissance identitaire etc., tous ces phénomènes conjugués ont amené un communautarisme voulant reprendre la façon de vivre rêvée d’avant migration.

Je dis bien “rêvée” car l’exemple venait des populations les plus pauvres qui ont du s’expatrier pour survivre en descendant des montagnes ou en quittant les bidonvilles naissants avec des parents souvent de faible éducation et avec une vision assez étroite du monde. Prenez tout cela avec des jeunes en perte de repères, qui ne savent plus s’ils sont européens ou marocains, introduisez-y la manne financière des pays du Golfe et l’envoi d’imams qui incitent à suivre leur vision de l’islam et vous constaterez, depuis la fin des années 90, que les filles voilées se présentent de plus en plus nombreuses chaque été à la frontière pour passer leurs vacances au bled.

Les autochtones ont également joué le jeu en se travestissant chaque été (le restant de l’année étant fait pour vivre normalement à la mode et en courant les cafés) dans l’espoir de trouver un bon parti vivant en Europe et souhaitant prendre une épouse soi-disant traditionnelle, ne voulant pas des Européennes dépravées pour “fabriquer” des enfants.

Ajoutez quelques investissements de ces mêmes pays du Golfe dans le Royaume et vous ouvrez grand les portes d’une islamisation soi-disant pure et dure de notre beau Maroc. Saupoudrez le tout de partis islamistes enfin autorisés à prendre des postes politiques, construisez des mosquées et rendez inaccessible l’école et vous vous retrouvez avec un “renouveau” religieux constitué d’une armée de pauvres illettrés, donc incapables de discuter un texte en arabe, aiguillés dans des croyances d’hurluberlus entendues sur Internet et dont certains se font les chantres pour des questions de pouvoir personnel.

Et là où nous devions avancer sur les questions de l’équité économique et juridique en parlant des salaires, du travail des adolescentes, de la déscolarisation des filles, de l’héritage, de l’avortement, des violences et tous les autres problèmes de société que rencontrent les femmes, nous avons un silence assourdissant des pouvoirs publics qui laissent quelques acteurs de la société civile se préoccuper de ce genre de broutilles...

Il faut dire qu’avec un ex Premier ministre qui prend les femmes pour des objets de décoration, une ministre de la famille qui considère que la femme n’est qu’une composante annexe et des ministres qui ne pensent qu’au développement économique sans tenir réellement compte de la population, le tout dirigeant une société traditionnellement machiste qui pense majoritairement qu’il faut corriger les femmes de temps à autre et que le viol est souvent le fait de la victime qui a incité les pauvres mâles à la débauche, cela vous donne une misère qui est le lit des pires visions radicales avec des villages éloignés ou des quartiers dits économiques qui sont en passe d’appliquer la charia au grand dam mais parfois avec l’assentiment d’autorités locales ayant peu de moyens. Il est vrai que le peuple a plus besoin de mosquées que d’écoles ou d’hôpitaux...

Et pendant ce temps-là, les quelques privilégiés qui ne sont pas forcément touchés directement par les problèmes des femmes se “bunkérisent” dans leurs domaines et résidences, partent souvent à l’étranger pour respirer un air de liberté et sont prêts à s’expatrier car ils en ont les moyens si cela tournait mal.

Cette image que la plupart des Marocains ne veulent pas voir et qui n’est pas exposée aux touristes ou aux investisseurs étrangers est une cruelle réalité que vivent 60% des Marocaines selon les chiffres officiels, ce qui constitue visiblement pas grand-chose de la population qui compte aux yeux de certains!

Alors, mesdames, faites-vous offrir des fleurs ou un parfum pour les plus chanceuses, continuez à trimer et à élever les enfants et prenez une fois de plus ce 8 mars dans la face mais sans l’ouvrir, sans demander, sans revendiquer, car vous n’êtes que des femmes après tout!

#SafiBaraka