MAROC
16/04/2018 14h:42 CET | Actualisé 16/04/2018 14h:44 CET

En Suède, nouer sa chemise est devenu un vrai signe de révolte dans la droite ligne de #MeToo

Pour soutenir Sara Danius, démise de ses fonctions à l'Académie suédoise, les internautes s'affichent avec un nœud lavallière sur les réseaux sociaux.

JONATHAN NACKSTRAND via Getty Images

SEXISME - La Suède vit encore les répercussions de son mouvement #MeToo. Depuis le 21 novembre 2017, la prestigieuse Académie (qui décerne le prix Nobel de littérature) est éclaboussée par un scandale sexuel concernant le français Jean-Claude Arnault, figure culturelle suédoise de premier plan. Dirigeant du Forum, lieu d’exposition très proche de l’Académie, il est visé par dix-huit plaintes pour viol et agression sexuelle sur une période de vingt ans et serait aussi à l’origine de nombreuses fuites sur les noms des lauréats du Nobel.

Jeudi 12 avril, le débat qui déchire le pays scandinave a pris un nouveau tournant, avec la démission forcée de Sara Danius, secrétaire perpétuelle de l’Académie depuis 2015 et première femme à occuper ce poste en un siècle d’existence de l’institution. Le même jour, Katarina Frostenson, épouse de Jean-Claude Arnault, a elle aussi quitté l’Académie dans le sillage de soupçons de conflits d’intérêts.

 

Une décision qui passe mal

Deux femmes démises de leurs fonctions pour un scandale déclenché par un homme: dans le pays de l’égalité des sexes, la décision de l’Académie passe mal. Sur les réseaux sociaux, la résistance s’organise dès le lendemain de sa démission, pour soutenir Sara Danius, symbole de modernisme et dont les positions fermes depuis les débuts du scandale en novembre lui ont valu la sympathie d’une grande partie de la population. Très souvent vêtue d’un nœud lavallière, c’est cet accessoire qui devient une nouvelle manière de protester, sur Twitter et Instagram.

Sous le hashtag #Knytblusförsara (“chemisier à nœud lavallière pour Sara”) s’affiche les soutiens de Sara Danius, vêtus de sa tenue préférée.

Smash the patriarchy and the Swedish Academy #knytblusförsara#backadanius pic.twitter.com/HrCRNToK9G

″Écraser le patriarcat et l’Académie suédoise”

Tre generationer! #knytblus #knytblusfoersara pic.twitter.com/j5ns9JidqE

“Trois générations!”

Att jag ens äger en. #knytblusförsara

Une publication partagée par Bodil Sidén (@bodilsiden) le

“Moi aussi j’en ai une!” 

Fight the corruption! #knytblus #knytblusförsara pic.twitter.com/31AULzkeFG

 “Combattons la corruption!”

″(...) La lutte féministe se conduit tous les jours, dans le bus, dans les couloirs de l’école. Un pas en arrière hier signifie au moins deux pas en avant aujourd’hui. Nous nous battrons encore longtemps!”

Les hommes n’ont pas été exclus du débat, loin de là. Ils font aussi partie de ceux qui ont manifesté leur soutien, certains avec les moyens du bord:

Vi har kämpat länge för en jämställd arbetsmarknad. Kampen fortsätter! #backasaradanius #knytblusförsara #knytblus pic.twitter.com/zW8FAfvOp5

“Nous luttons depuis longtemps pour un marché du travail égal. Le combat continue!”

Det här är det bästa jag med min resegarderob kan leverera. #knytblusförsara pic.twitter.com/SZDDAT2gKj

 

“C’est la meilleure chose que je puisse faire!”

Comme le rappelle le site américain Yahoo Lifestyle, l’histoire du nœud lavallière a souvent été associée à l’émancipation féminine. Il est popularisé dans les années 50 en tant qu’accessoire se revendiquant d’inspirations dans la mode masculine, et a été très utilisé par les femmes actives dans les années 80.

Suite aux scandales, l’Académie suédoise risque bien de ne pas pouvoir nommer de prix Nobel de la Littérature en 2018 comme l’explique Le Monde. En effet, il faut douze académiciens pour élire un ouvrage alors que trois d’entre eux ont quitté le navire début avril, et que deux sont volontairement absents depuis plusieurs années, ce qui ne laisse que onze membres actifs pour prendre une décision.