MAROC
02/04/2018 10h:44 CET

En sillonnant le Maroc, "Zanka Bla Violence" veut sensibiliser à la réalité vécue par les femmes dans l'espace public

Pour venir à bout du harcèlement sexuel, toutes sortes d’expériences sont proposées pour faire réagir les Marocains.

Depuis quelques jours et jusqu’au 5 avril, l’équipe de “Zanka Bla Violence”, un ambitieux projet qui entend lutter contre le harcèlement de rue et les violences faites aux femmes, sillonne le Maroc à l’aide de son camion itinérant pour sensibiliser, à travers l’art, les Marocains sur la question épineuse du harcèlement des femmes dans l’espace public. 

Le harcèlement des femmes, “une réalité très difficile”

“Zanka Bla Violence”, autrement dit “une rue sans violence”, est un collectif fondé par trois artistes marocains et espagnols, autour de la problématique du harcèlement des femmes dans la rue. Leur objectif est de sensibiliser les hommes et les femmes à cette “réalité”, que Soufiane Guerraoui, fondateur du collectif, qualifie de “très difficile” au Maroc. Malheureusement, et comme le démontre une fois de plus la vidéo qui a récemment agité les réseaux sociaux, le harcèlement de rue et les agressions sexuelles sont toujours aussi présents au Maroc. À ce propos, Soufiane Guerraoui indique “que les hommes jeunes et les plus cultivés sont ceux qui sont les plus enclins à harceler”, citant des études à l’appui. 

Pour venir à bout de ce fléau, les membres du collectif ont mis en place toutes sortes d’expériences censées faire réagir les Marocains. Ainsi, pendant plus d’une semaine, les artistes sillonnent le Maroc dans leur camion qu’ils appellent le “Zanka lab”. Ils feront halte dans les plus grandes villes du royaume à Fès, Tanger, Casablanca, avant de terminer leur tournée à Marrakech le 5 avril. “On espère toucher un maximum de gens, de toutes origines et de tous milieux”, déclare le fondateur du projet. 

Un laboratoire avec plusieurs expériences

À l’intérieur du camion,les Marocains sont invités à participer à plusieurs expériences interactives et multi-sensorielles. Chacune de ces expériences à un rapport direct avec la question du harcèlement et des violences à l’égard des femmes dans l’espace public. “Il s’agit de faire réfléchir les gens à ce sujet. L’objectif est d’éveiller les consciences en faisant apparaître différents points de vue. De nombreuses femmes viennent nous voir après l’expérience et nous disent qu’elles ne s’étaient jamais posé ce genre de questions auparavant”, raconte Soufiane.

En tout, trois expériences sont proposées. La première expérience a trait au regard que portent les hommes sur les femmes dans l’espace public. “On essaie de représenter le regard des hommes assis au café qui observent, par exemple, parce qu’il y a une omniprésence des regards. Le regard est une liberté fondamentale, est-ce que le harcèlement impacte la liberté de regard?”, questionne le fondateur du collectif. Pour la deuxième expérience, les visiteurs sont invités à vêtir un mannequin masculin en répondant à cette question: à quoi ressemble ou devrait ressembler un homme qui ne harcèle pas? Même chose pour les femmes: comment devrait s’habiller une femme pour ne pas se faire harceler? À la fin de cette expérience, un débat sera organisé autour de la problématique “qu’est-ce que le harcèlement?”, et le public sera invité à répondre à un questionnaire pour détailler son ressenti. 

Ismail Fath-Allah

Une pièce de théâtre

En plus du “Zanka lab”, le collectif a monté une pièce de théâtre qui viendra appuyer leur engagement. “Nous sommes tous comédiens, donc nous pensons tous que le théâtre est un bon moyen pour porter les valeurs que l’on souhaite véhiculer. L’art dépasse les frontières”, se réjouit Soufiane. Au cours de cette représentation, le public est invité à venir débattre sur scène et déconstruire les idées reçues. À travers cette manifestation culturelle, un projet soutenu par l’ONU Femmes, OXFAM, et l’Institut français de Rabat, l’objectif est de favoriser les échanges, le partage et la proposition de solutions dans le but de réduire la prévalence de ces violences. 

Prochaines dates

  • Le 2 avril à Casablanca, de 12h à 19h, Place des Nations Unies. 
  • Les 3 à Casablanca à 20h, au Centre Les Étoiles de Sidi Moumen. 
  • Les 4 et 5 avril à Marrakech.