TUNISIE
25/12/2018 17h:59 CET

En réaction à une fatwa émise contre les députés qui voteront pour l’égalité dans l’héritage: Le Mufti de la République appelle à ne pas mêler politique et religion

Pour le Mufti de la République, il faut combattre de telles idées “par le dialogue et la réflexion"

FACEBOOK MINISTÈRE DES AFFAIRES RELIGIEUSES

“Ils n’ont pas le droit de mêler la politique à la religion. Nous voulons les distinguer: La politique est une chose, la religion, une autre”.

C’est en ces mots, que le Mufti de la République Othman Battikh a réagi aux appels de certains imams, dont notamment Ilyes Dardour, qui avait émis une fatwa contre les députés qui voteront pour l’égalité dans l’héritage.

Ce professeur de l’université de la Zitouna -qui s’est désolidarisé de ses propos- avait, à l’occasion d’une journée d’étude organisée par l’association régionale des imams de Sousse sur l’égalité dans l’héritage, alors appelé à ce que “toute personne qui touche à la loi sur l’héritage soit dorénavant, par la Charia, privée de vote dans toute activité politique. Vous êtes désormais interdits de voter pour ces personnes ou ces partis”.

Pour le Mufti de la République, il faut combattre de telles idées “par le dialogue et la réflexion, et rien que la réflexion” balayant selon Shems Fm, l’idée de le poursuivre en justice en avançant l’argument de la liberté d’expression.

“Il a dit que c’était une interprétation personnelle, que ses mots ont été sortis de leurs contextes, et qu’il ne pensait pas ce qu’il disait. Mais, il pensait ce qu’il disait, ses propos était clairs” a-t-il estimé affirmant que “la constitution lui donne le droit à la liberté d’expression”.

Le 13 août dernier, le président de la République Béji Caid Essebsi avait affirmé en marge la journée de la femme tunisienne, qu’une proposition de loi modifiant les dispositions du code du statut personnel relatives à l’héritage sera présentée dans les plus brefs délais par la présidence de la République à l’Assemblée des représentants du peuple.

La proposition a ensuite été adoptée, le 23 novembre dernier, par le Conseil des ministres, présidé par Béji Caid Essebsi.

Ainsi, le projet de loi sur l’égalité dans l’héritage sera inscrit au programme de l’Assemblée des représentants du peuple, qui le discutera en commission avant qu’une plénière ne vote ou non son adoption.

Mais plusieurs parties se sont soulevées contre cette proposition, et son adoption au Conseil des ministres, tel que le parti de Hechmi Hamdi, Courant Al-Mahaba, qui avait annoncé le lancement de l’initiative “Al-Aridha pour la défense de l’identité islamique de la Tunisie”.

Ennahdha a de son côté estimé que ce n’était pas le moment pour une telle initiative. Le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha, Abdelkrim Harouni, a lancé lé débat sur l’interprétation de la Constitution en affirmant que Béji Caid Essebsi a “interprété” la Constitution, une interprétation jugée différente de celle d’Ennahdha.

Le porte-parole du Front Populaire Hamma Hammami avait quant à lui reproché la demi-mesure du président de la République qui n’a pris qu’une seule proposition du rapport de la Colibe à cause de “calculs politiques”.

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