MAROC
30/04/2019 17h:46 CET

En réaction à l'accident d'Agadir, les associations appellent le gouvernement à assumer sa responsabilité

"L'État ne bouge pas".

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DRAME ROUTIER- Kénitra, Taroudant, Agadir. Trois régions, trois accidents meurtriers au cours du seul mois d’avril. Une quinzaine de femmes, toutes des ouvrières, y a laissé la vie. “Nous sommes alarmés et choqués par cette nouvelle tragédie”, déclare au HuffPost Maroc la présidente de la Fédération des ligues de droits des femmes (FLDF), Latifa Bouchoua.

En réaction au nouvel accident survenu, ce mardi, dans le quartier d’Anza à Agadir ayant fait au moins 2 morts et 26 blessés, dont 4 grièvement, selon un bilan provisoire, la militante annonce à notre rédaction qu’en collaboration avec un réseau d’associations sur place, un communiqué commun sera publié incessamment pour exprimer “une indignation générale” mais aussi pour lancer “un appel”.

“Nous revendiquons du gouvernement, à travers ses départements ministériels concernés, notamment ceux du Travail, de la Famille et de l’Agriculture et Pêche maritime à intervenir dans ce genre d’accident”, lance-t-elle estimant que le gouvernement brille “par son absence du terrain”. “Dans d’autres pays, les ministres se déplacent pour être sur le terrain, mais ce n’est pas le cas au Maroc pour ces accidents”, s’indigne-t-elle. 

Une indignation qu’elle dit avoir exprimée maintes fois. “Suite à l’accident survenu à Moulay Bouselham, nous avions mis en garde contre la qualité et surtout l’absence de sécurité des moyens de transport de ces ouvrières, précisant qu’elles couraient un grand risque. Mais la multiplicité des accidents de ce genre montre que rien n’est fait”, constate-t-elle. Et d’estimer que ces femmes sont transportées “comme une marchandise” dans “des conditions inhumaines”. Pour la militante, le gouvernement plaide pour la protection sociale à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc alors que “des accidents meurtriers continuent de prouver le contraire”. “En principe, dans ces cas, des rapports sont dressés par des syndicats et l’inspection du travail sur les conditions de travail de ces ouvrières, que ce soit dans le secteur agricole ou pour des sociétés d’export”, soutient-elle. 

Dans l’optique de la FLDF, le rôle de l’inspection du travail s’avère primordial dans ce cas précis.“Celle-ci doit être active à travers un mécanisme de veille permanent instauré par le ministère du Travail devant amener les employeurs à assurer les moyens élémentaires de travail pour ces ouvrières, dont le transport”, recommande l’association. 

Même son de cloche du côté de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). “A la veille de la célébration de la Fête du travail, nous déplorons les victimes d’une bouchée de pain”, regrette le président de l’AMDH, Aziz Rhali, estimant que le “1er mai sera fêté dans le deuil au Maroc”.

Qualifiant le mois d’avril de “terrible pour les ouvriers et ouvrières”, Rhali impute ces accidents à quatre facteurs. Pour lui, le premier se situe auprès de ce qu’il appelle “les courtiers illégaux”, des intermédiaires entre employeurs et employés. Le second porte sur “les conditions de transport dans des minibus dont la capacité est dépassée”. Quant aux deux derniers, ils concernent l’état des routes surtout dans le milieu rural où surviennent ces accidents et le manque de contrôle routier par les agents. “Il ne faut pas laisser ces transporteurs libres de mouvement. Il faut les arrêter!”, fustige le président de l’AMDH. 

Pour ce militant, la liste des défaillances ne s’arrête pas là. Il pointe du doigt également la prise en charge médicale des victimes de ces accidents. “A Kénitra, il a fallu attendre de 40 à 50 mn l’arrivée de l’ambulance et ensuite les blessées ont été transportées vers l’hôpital de Kénitra où il n’y presque rien, avant d’être re-transférées vers le CHU de Rabat”, s’indigne-t-il. Et de souligner que “la responsabilité est bien engagée”, mettant en garde contre l’ampleur que commence à connaitre “la féminisation de la pauvreté”.