MAROC
01/08/2019 17h:03 CET | Actualisé 01/08/2019 17h:10 CET

En Italie, Rayane, un jeune marocain de 11 ans, devient le symbole de la scolarisation des mineurs étrangers

Sur les réseaux sociaux, un appel aux dons a été lancé pour permettre à “Il bambino coi libri” (“l’enfant aux livres”, ndlr) de poursuivre sa scolarité.

DR
Le jeune Rayane, sortant de son immeuble avec ses quelques livres. 

SOLIDARITÉ - Sa photo a fait le tour des médias italiens. D’origine marocaine, Rayane, âgé de 11 ans, sort d’un bâtiment, où il était logé avec sa famille et d’autres centaines de migrants, ses petits bras chargés d’une pile de livres et manuels scolaires, face à des officiers de police armés, venus les expulser, le 14 juillet dernier. Après une mobilisation sur les réseaux sociaux, un appel aux dons a été lancé, et, à ce jour, près de 9000 euros ont été collectés pour permettre au jeune garçon, et aux autres enfants expulsés, de poursuivre leur scolarité et d’acheter des manuels scolaires. 

A Primavalle, au nord-ouest de Rome, l’émotion a été vive, il y a quelques jours, après l’expulsion de près de 340 personnes par les autorités accompagnées d’hélicoptères. Le bâtiment délabré était le premier de la liste des immeubles italiens occupés et devant être libérés rapidement, sur décision du ministre de l’Intérieur. Les policiers en tenue anti-émeutes et armés ont pénétré dans cette ancienne école de Via Cardinal Capranica où plusieurs familles d’Italiens, de Marocains, de Roumains, d’Ethiopiens, d’Algériens et de Tunisiens vivent depuis 2003, dont une trentaine de mineurs, afin d’expulser les occupants. Pris par surprise, ces derniers ont été contraints de quitter les lieux et de tout laisser derrière eux: vêtements, papiers, documents et quelques objets de valeurs, indique le journal italien La Repubblica.

DR

C’est sous l’oeil des policiers que Rayane s’est rapidement faufilé dans le bâtiment pour en ressortir avec une pile de manuels scolaires abîmés et jaunis par le temps. Des livres qui lui tiennent à cœur, a-t-il confié à certains journalistes sur place. Originaire d’une famille très pauvre, son père tient un stand au grand marché aux puces du dimanche, dans la ville de Porta Portese, tandis que sa mère assure quelques ménages pour arrondir les fins de mois. L’enfant était scolarisé dans un petit collège à proximité de son quartier, précise la même source, et était très assidu dans ses cours. 

DR

“Il bambino coi libri”

Plusieurs photographes ont immortalisé la scène où, escorté par la police, Rayane s’accroche aux quelques livres vieillots et visiblement en mauvais état. Les images ont rapidement fait le tour de la toile en Italie et Rayane est devenu “Il bambino coi libri” (“l’enfant aux livres”, ndlr), un symbole des enfants expulsés à la scolarité fragile et vivant dans des conditions précaires. “Il est l’un des enfants déplacés de #Primavalle. Comme vous le faites toujours lorsque vous devez quitter une maison soudainement et rapidement, vous pensez à sauver les choses les plus précieuses. Pas des jeux, pas des vêtements, mais des livres. Sous sa pile de livres, il y a une enveloppe blanche, peut-être la fiche d’un rapport ou un document important qui ne devrait pas être ruiné” écrit l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano, sur sa page Facebook.

Rapidement, un appel aux dons et au financement participatif a été lancé sur la plateforme Gofundme pour récolter de l’argent afin d’offrir à Rayane et à d’autres enfants de l’immeuble, des bourses d’études et de nouveaux manuels scolaires. “Ce qui est arrivé à cet enfant est le miroir de l’Italie d’aujourd’hui, qui déteste la culture, s’en prend aux plus faibles et détruit tout espoir d’amélioration sociale (...) Rayane, comme tous les enfants étrangers ou roms, a le droit d’étudier, un droit que l’Italie de Salvini veut annuler” peut-on lire sur la page de la plateforme. “Nous avons lancé cette campagne de soutien pour lui permettre de poursuivre ses études”.

Plusieurs milliers d’euros de dons

Et dès les premiers jours, près d’un millier d’euros a rapidement été atteint, et la cagnotte compte aujourd’hui près de 9000 euros, selon les médias locaux. Plus de 200 personnes ont accepté d’aider Rayane et ses pairs qui fréquentaient le même collège que lui pour qu’ils puissent poursuivre leur scolarité dans de bonnes conditions. “Rayane veut étudier, il a promis à son professeur de mathématiques d’obtenir son diplôme”, explique à la presse Fabrizio Tonello, professeur de de sciences politiques à l’Université de Padoue et un des initiateurs de l’action. Les dons récoltés seront gérés par l’association Famiglie Accoglienti (Famille d’accueil) à Bologne, une ONG italienne qui compte plusieurs familles volontaires pour l’accueil d’enfants migrants. “En tant que familles accueillant des jeunes migrants, nous avons lancé cette campagne de soutien pour lui permettre de poursuivre ses études immédiatement, aujourd’hui mais aussi demain au collège, au lycée, à l’université”, a déclaré à La Repubblica le professeur Tonello, également membre de l’association. 

Pour l’heure, Rayane et les autres enfants ont été dispersés dans divers logements de fortune, à plusieurs dizaines de kilomètres de leur ancien domicile. Le nouveau quartier du jeune Marocain se situe à environ 40 kilomètres de Primavalle et de l’école où il était scolarisé. “Nous allons l’inscrire dans une autre école”, annonce sa mère, Fatima, aux médias. La petite famille s’est installée, il y a quelques jours dans un studio d’une pièce sans cuisine. “Nous devons nous dépêcher, nous voulons que Rayane puisse retourner à l’école en septembre avec tous ses livres et un toit sur la tête, alerte le professeur Tonello. Quand l’État cesse de se soucier des plus faibles et oublie les droits fondamentaux, alors la société civile doit intervenir”.