MAROC
27/10/2019 13h:07 CET

En Irak, les manifestations contre le gouvernement font plus de 60 morts en 48 heures

Au Parlement, les députés du leader chiite Moqtada Sadr ont entamé un sit-in “jusqu’à ce que soient satisfaites les demandes” des manifestants.

Le HuffPost
Des manifestants face aux forces de sécurité utilisant des gaz lacrymogènes à Bagdad, en Irak, ce 26 octobre.

IRAK - Le nombre des victimes des manifestations en Irak ne cesse d’augmenter. Au moins 63 personnes ont été tuées au cours des dernières 48 heures dans le pays, dans des manifestations réclamant “la chute du régime” et des attaques contre des QG de partis, de responsables et de groupes armés.

La contestation -inédite parce que spontanée- a connu deux épisodes. Le premier, entre le 1er et le 6 octobre, s’est soldé officiellement par 157 morts, quasiment tous des manifestants. Le second, entamé jeudi soir après une interruption de 18 jours, le temps du plus important pèlerinage chiite, a fait jusqu’ici 63 morts, selon un bilan établi samedi soir par la Commission gouvernementale des droits de l’Homme.

Au total, au moins 220 personnes ont été tuées depuis le début de ce mouvement de contestation. Parmi les morts des dernières 48 heures, plus d’une vingtaine ont péri dans les incendies et attaques dans le sud.

Les députés et factions armées visés

Vendredi, les violences ont pris un tour nouveau avec l’incendie dans le sud du pays de dizaines de sièges de partis, de bureaux de députés et surtout des QG des factions armées du puissant Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par les milices chiites pro-Iran et alliée du gouvernement irakien.

“La colère populaire se dirige contre eux (...) car ils sont la vitrine évidente du ‘régime’”, explique le chercheur Harith Hasan. Ces violences sont aussi le fait des partisans du turbulent leader chiite Moqtada Sadr, assure l’expert du Carnegie Middle East Center, qui “ont vu une opportunité pour passer à l’acte face à des milices concurrentes comme Assaïb Ahl al-Haq, Badr et les brigades du Hezbollah”, les plus puissantes du Hachd. Après l’incendie par des manifestants du siège d’Assaïb Ahl al-Haq à Amara (sud), et la mort d’un de ses commandants, cette faction pro-Iran a promis de se “venger”.

La mission de l’ONU en Irak (Unami) s’est dite “très inquiète des entités armées qui cherchent à compromettre la stabilité de l’Irak”.

À Bagdad, trois protestataires ont aussi été tués samedi alors que des dizaines d’entre eux tentaient de traverser le pont al-Joumhouriya reliant l’emblématique place Tahrir à la Zone verte, où siègent le Parlement et l’ambassade des États-Unis, selon la Commission gouvernementale des droits de l’Homme. Des sources médicales ont expliqué qu’ils avaient été mortellement touchés par des grenades lacrymogènes et assourdissantes, qui ont déjà tué d’autres manifestants la veille. 

Le HuffPost
Les forces de sécurité irakiennes bloquent la route menant vers la Zone verte de Bagdad, ce 26 octobre.

Rejet des mesures sociales annoncées

Après avoir dormi la nuit à Tahrir, des centaines d’Irakiens continuent d’occuper cette place et assurent que leur mobilisation contre le pouvoir est pacifique. Dans plusieurs villes du Sud, des manifestations ont aussi eu lieu avant d’être dispersées en raison de couvre-feux imposés “jusqu’à nouvel ordre”.

Les protestataires rejettent en bloc les mesures sociales annoncées. Ils veulent, disent-ils, une nouvelle Constitution et une classe politique entièrement renouvelée dans le 12e pays le plus corrompu au monde.

Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi a plaidé pour réformer le système d’attribution des postes de fonctionnaires et abaisser l’âge des candidats aux élections dans un pays où 60% de la population à moins de 25 ans. “Ils ont dit aux jeunes: ‘rentrez chez vous, on va vous verser des pensions et vous trouver des solutions’, mais c’était un piège”, s’emporte une manifestante, venue avec son fils.

Pour les manifestants, les gouvernements successifs depuis la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003 ont prouvé l’inaptitude du système alors qu’en 16 ans, la corruption a officiellement coûté 410 milliards d’euros à l’État, soit deux fois le PIB de l’Irak, deuxième producteur de l’Opep.

 
Des députés entament un sit-in au Parlement

 

Vendredi, le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d’Irak, a appelé à la réforme et à la lutte anticorruption, tandis que Moqtada Sadr a réclamé début octobre la démission du gouvernement et de nouvelles élections.

Les députés de cet influent leader chiite, formant le premier groupe du Parlement irakien, ont entamé ce samedi soir un sit-in au Parlement, qu’ils maintiendront “jusqu’à ce que soient satisfaites les demandes” des manifestants.

La liste de coalition formée par ce député, “La marche pour les réformes”, a également “rejoint l’opposition”, a indiqué à l’AFP Raëd Fahmi, haut cadre du Parti communiste irakien, allié à Moqtada Sadr au sein de cette liste. Cette dernière avait remporté les législatives de mai 2018 avec 54 sièges et fait de Moqtada Sadr le faiseur de roi pour former la coalition gouvernementale aujourd’hui conspuée dans la rue.

 “Le groupe parlementaire ‘La marche pour les réformes’, mené par Moqtada Sadr, entame un sit-in en solidarité avec les manifestants irakiens. Sadr a largement bénéficié des événements, où des milices et leurs alliés politiques sont très actifs”

Moqtada Sadr, ex-chef de milice devenu héraut des manifestants anticorruption, a semblé endosser les revendications des manifestants depuis le début du mois et a récemment menacé de mobiliser ses combattants pour les “protéger”. Ses très nombreux partisans avaient en 2016 paralysé le pays en prenant la Zone verte de Bagdad et en occupant de nombreuses institutions de l’État irakien.