MAROC
01/03/2019 16h:06 CET

En Argentine, une césarienne pratiquée sur une enfant de 11 ans violée relance le débat sur l'avortement

Les médecins ont retardé la procédure d'IVG en invoquant l'objection de conscience.

NurPhoto via Getty Images

IVG -  Vive polémique au pays du pape François. Violée par le mari de sa grand-mère, Lucia, une jeune argentine de 11 ans, a subi une césarienne à cinq mois de grossesse alors qu’elle avait formulé une demande d’IVG auprès de la justice. Son cas a relancé le débat sur l’avortement, six mois après le rejet de sa légalisation par le sénat, sous pression de l’Église. 

“Je veux que vous m’enleviez ce que le vieux m’a mis dans le ventre”, avait réclamé la fillette, dans sa plainte auprès de la justice de la province de Tucuman, selon l’AFP. Après le viol subi par le mari de sa grand-mère, la fillette et sa mère avaient alors formulé une demande d’avortement dès la 16e semaine de grossesse, dans un pays où il est très compliqué d’obtenir une IVG. 

Invoquant l’objection de conscience, une clause qui autorise le corps médical à refuser de pratiquer un avortement, les médecins ont fait tarder la procédure de sept semaines. Une pratique courante en Argentine où les autorités font traîner les dossiers jusqu’à l’avancement dans la grossesse afin que l’avortement soit impossible, précise la même source. 

Arrivée à un stade avancé de sa grossesse, soit 23 semaines, les médecins ont décrété que la fille était en danger et qu’il fallait pratiquer non pas un avortement mais une césarienne. “La volonté de l’enfant aurait dû être prise en compte. Il y avait deux raisons [pour autoriser] l’avortement”, a regretté l’avocate de la famille, Cecilia De Bono auprès de l’AFP. En Argentine, la loi permet l’interruption d’une grossesse seulement dans des circonstances extraordinaires de viol ou de péril pour la mère.

“Par voie basse, ce n’était pas possible. Son corps n’est pas suffisamment développé pour [supporter] une grossesse de 23 semaines, et s’il l’avait été, les conditions psychologiques n’étaient pas réunies, du fait des nombreux abus qu’elle a subis”, selon la gynécologue, Cecilia Ousset, qui a participé à l’intervention médicale durant laquelle le foetus de cinq mois a été extrait vivant du ventre de sa mère. Ses chances de survie sont quasi-nulles, ont estimé les médecins. 

Le gouvernement porté responsable 

Pour l’organisation féministe #NiUnaMenos, qui milite pour le droit à l’avortement “l’Etat est responsable de la torture de Lucia”. Une faute que rejette formellement le ministère de la Santé argentin. “Je tiens à vous informer que le système de santé n’a jamais entravé ni retardé l’avortement”, a déclaré la ministre de la santé, Rossana Chahla à la presse locale. 

D’après les responsables de la santé, la mère de Lucia aurait formulé bien trop tard la demande d’IVG. Ils auraient même demandé à la famille de demander immédiatement l’avortement auprès de la justice. “La jeune fille est en contact avec le système de santé depuis deux mois et le protocole de l’IVG n’a pas été appliqué à temps, le système de santé provincial (Siprosa) en est directement responsable”, a expliqué une autre avocate, Fernanda Marchese, au média argentin TN. 

Le gouvernement de la province de Tucuman, dont dépend la juridiction qui n’a pas autorisé l’avortement, a affirmé, pour sa défense, avoir mis en oeuvre “les procédures nécessaires pour sauver les deux vies”.

En 2018, un projet de loi octroyant le droit à l’avortement jusqu’à la 14e semaine a été adopté à la chambre des députés, mais a été rejeté par le sénat après des pressions de l’Eglise catholique. Le cas de la jeune Lucia a relancé un vif débat dans l’opinion publique divisée en deux camps fortement mobilisés pour et contre l’avortement. En juillet dernier, plusieurs activistes féministes ont manifesté devant le Congrès à Buenos Aires, en Argentine, pour demander la légalisation de l’avortement.