MAROC
04/02/2019 14h:01 CET

En Arabie saoudite, une application contrôle les déplacements des femmes

Notamment pour les empêcher de quitter le pays.

arabianEye via Getty Images

FEMMES - C’est l’application qui fait polémique au royaume des Saoud. Le site saoudien “Absher” (“prédicateur” en arabe, ndlr) mis en place par le gouvernement et qui permet aux citoyens de régler diverses démarches administratives, permet également aux hommes, via une fonction, de suivre et contrôler les déplacements des femmes. 

Dans ce pays où les femmes sont tributaires de la volonté des hommes, nombreuses sont celles qui cherchent à fuir malgré les annonces du gouvernement indiquant la volonté de moderniser leur statut. Mais une application en partenariat avec le gouvernement, qui existe depuis plusieurs années, et qui a récemment fait l’objet d’une mise à jour, leur complique la tâche et indique aux hommes le moindre de leur déplacement.

Inconnue en Occident, cette application, pourtant instaurée en 2012, comprend un système de messagerie géré par le ministère de l’Intérieur qui avertit immédiatement les hommes par sms lorsqu’une femme utilise son passeport pour quitter le pays ou lorsqu’elle se présente à un poste-frontière. Via cette application, les tuteurs, à savoir le père, le mari ou le frère, peuvent spécifier depuis quels aéroports et quand les Saoudiennes peuvent voyager. Toute tentative de sortie est alors bloquée lors du contrôle du passeport. Si des saoudiennes parviennent à sortir, une piste numérique permettra de les retrouver facilement, explique Business Insider.

Le média américain a par ailleurs a obtenu plusieurs captures d’écran de ces messages. Ainsi, un mari dont la femme voyage recevra un texto du genre “SALA, numéro ***7698, a quitté l’aéroport King Abdulaziz le 12-11-2012”, indique la capture d’écran. 

Les messages proviennent d’un destinataire affiché à l’écran sous le nom de “MOIJawazat”: MOI signifie ministère de l’intérieur, tandis que Jawazat est le nom du bureau des passeports et des visas saoudien.  

“Ce message envoyé à Hassan al-Hashemi à propos de son épouse Muna, indique: “Muna a quitté l’aéroport du roi Abdul Aziz le 14-11-2012. Numéro **** 3551.” peut-on lire sur ce tweet publié en 2012. En réponse aux critiques publiées sur les médias sociaux, le gouvernement a rendu les alertes SMS facultatives en 2014. Plus tard dans l’année, des responsables ont affirmé les avoir suspendues, mais les Saoudiennes affirment qu’il est toujours en place, poursuit le média.

Avant “Absher”, les Saoudiennes devaient remplir un formulaire de consentement sur papier appelé “bordereau jaune”, qui devait impérativement porter la signature du tuteur pour passer la douane. 

Depuis quelques années, les plus braves tentent de contourner ce système en développant des astuces pour éviter de se faire prendre lors de déplacements. Certaines volent le téléphone de leur tuteur pour changer les mots de passe et s’autoriser ainsi à voyager, d’autres changent le numéro de téléphone d’alerte afin que les sms de traques soient envoyés sur leurs téléphones, précise Slate. Dans de nombreux cas, même si le champ d’action de l’application s’arrête au royaume saoudien, la fuite s’avère impossible car les familles parviennent en général à retrouver les fugitives. Celles qui parviennent à quitter le pays pour des vacances à l’étranger en profitent pour ne plus jamais revenir. 

C’est le cas de la jeune Rahaf Mohammed Al-Qunun qui s’était réfugiée début janvier dernier en Thaïlande et avait refusé  de retourner en Arabie saoudite où elle était maltraitée par sa famille. La jeune fille de 18 ans s’était barricadée dans un hôtel de transit de l’aéroport de Bangkok pour éviter d’être expulsée vers l’Arabie saoudite. Elle avait demandé l’asile politique à l’Australie, avant de se voir offrir l’asile par le Canada.