MAROC
08/10/2018 15h:53 CET

En Allemagne, les expulsions de demandeurs d'asile marocains multipliées par dix

De manière générale, les expulsions de Maghrébins ont connu une forte augmentation.

Fabrizio Bensch / Reuters
Des migrants arrivent dans un camp de réfugiés temporaire construit à Berlin, en Allemagne, le 5 octobre 2015.

IMMIGRATION - Le nombre d’expulsions de demandeurs d’asile marocains en Allemagne a connu une forte hausse ces trois dernières années. Selon un rapport publié par le quotidien allemand Bild, le nombre de demandeurs d’asile marocains expulsés est passé de 61 en 2015 à 634 en 2017, soit une multiplication par dix en deux ans. Au 31 août 2018, ils étaient déjà 476 à s’être fait expulser.

Cette augmentation du nombre d’expulsions a également touché les ressortissants algériens et tunisiens en Allemagne. 57 demandeurs d’asile algériens ont été expulsés en 2015 pour atteindre 504 en 2017, et 400 depuis le début de cette année. Pour la Tunisie, les chiffres sont passés de 17 en 2015 à 251 en 2017, et 231 pour 2018.

Depuis 2016, le ministère allemand de l’Intérieur mène des “négociations intensives” avec les trois pays du Maghreb, en collaboration avec d’autres ministères, pour améliorer la coopération en matière de retour des migrants, a déclaré un porte-parole du ministère de l’Intérieur dont les propos ont été rapportés par l’agence de presse Reuters.

“Cela a permis de faire des progrès significatifs dans l’identification des étrangers potentiellement obligés de quitter” l’Allemagne, selon la même source. L’échange de données biométriques sous forme électronique facilite en effet l’identification des ressortissants étrangers par leur pays d’origine.

Cela a déjà entraîné une forte augmentation du nombre d’identifications de personnes à qui des documents de voyage ont été délivrés “sans aucun problème et avec rapidité” à la demande des autorités allemandes, a précisé le porte-parole.

Les pays du Maghreb bientôt dans la liste des “pays sûrs”?

La publication de ces données intervient alors que le gouvernement fédéral allemand a annoncé, depuis deux ans, son intention d’inclure les trois pays nord-africains dans sa liste des pays d’origine sûrs afin d’accélérer les procédures d’asile et faciliter les expulsions. Les demandeurs d’asile de pays figurant dans cette liste voient en effet de manière quasi systématique leur demande rejetée.

Au Bundesrat, la chambre haute du parlement allemand, ce projet de loi fait néanmoins l’objet d’un débat et suscite des réserves. Une première mouture a été rejetée l’année dernière faute de majorité, en raison de l’opposition de partis de gauche comme Die Linke et Les Verts. Une nouvelle version du projet a été adoptée en juillet dernier en conseil des ministres et doit faire l’objet d’un nouveau vote parlementaire.

Sont considérés comme pays sûrs ceux dans lesquels il n’y a pas de risque de persécution politique, de torture, peines ou traitements inhumains ou dégradants, et de menace pour la vie en raison d’un conflit armé.

Les opposants au projet de loi estiment que les ressortissants des trois pays maghrébins peuvent faire l’objet de discriminations, notamment en raison de leur orientation sexuelle, et d’atteinte à leur liberté d’expression ou de torture.

En 2017, 4,1% des demandes d’asile de Marocains en Allemagne ont été acceptées et 2,1% pour les Tunisiens. Moins de 1% des demandeurs algériens ont quant à eux obtenu l’asile en Allemagne.