LES BLOGS
21/09/2019 13h:14 CET | Actualisé 21/09/2019 13h:14 CET

En Algérie, le système de cooptation a généré des “créatures politiques” très “spécifiques”

ASSOCIATED PRESS
An electoral worker waits for voters to cast their ballots at a polling station in Algiers as part of the presidential elections, Thursday, April 17, 2014. Algerians trickled into voting booths on a sunshine-drenched Thursday to elect the president of this oil-rich North African nation in an election dominated by the ailing incumbent running for a fourth term. (AP Photo/Sidali djarboub)

La nation algérienne a réussi en son 31eme vendredi à encercler l’encerclement imposé à la capitale à la suite d’instructions dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas légaux et qu’ils sont contraires à la lettre, à l’esprit et au préambule de la Constitution. 

L’Algérie nouvelle s’est exprimée dans toutes les wilayas pour dire sa volonté de rompre définitivement avec le système de l’exclusion, de la violence et de la militarisation imposée à la suite du coup d’Etat contre le GPRA. 

Ce chemin de la militarisation a produit le modèle de cooptation des présidents par les clans et les réseaux. Il a imposé les présidents de Ben Bella à  Bouteflika. Et il continue à vouloir s’imposer le 12 décembre avec les politiciens de la cooptation en Algérie. 

Il faut dire que ces politiciens sont des créatures uniques en leur genre. Ils  nécessiteraient des recherches en psychologie et en anthropologie politiques. Les chercheurs pourraient découvrir des détails importants pour comprendre le processus de leur production et reproduction depuis 57 ans. 

 

De toutes les idéologies

Dans leur écrasante majorité, ce sont des gens qui sont arrivés à la politique après un passage par des appareils administratifs, beaucoup d’entre-eux adorent la nomination par décret et détestent l’idée de l’élection. On ne connaît pour la majorité d’entre eux aucun militantisme politique ou associatif, ils sont des spécialistes de la fraude électorale et c’est d’ailleurs leur plus grande compétence. 

Les politiciens de la cooptation parlent indifféremment le langage du nationalisme, du panarabisme, de l’islam, de la laïcité  et de la modernité. Ce qui les lie, leur dénominateur commun, est leur défense du modèle de la cooptation. Ils sont prêts à tout pour satisfaire ce qui détiennent la chambre des opérations de la fabrication des présidents, des ministres, des walis, des chefs de daïras et même des directeurs et doyens des facultés. 

Les politiciens de la cooptation acceptent toutes les missions qui leur sont confiées car ils n’admettent pas que la politique est une dynamique sociale. Et aussi parce que la plupart d’entre eux ne connaissent pas la société et la méprisent. Aussi, leur souci est d’oeuvrer à avoir l’opportunité d’être nommés par ceux qui détiennent le pouvoir de coopter les politiciens. Ils ont accepté d’être désignés au CNT (conseil national de transition - parlement désigné ) après l’arrêt du processus démocratique en janvier 92, décidé après le refus du choix des électeurs le 26 décembre 1991. 

Ils  se sont  alignés et s’alignent toujours derrière tout président que les décideurs cooptent au palais d’El Mouradia, à travers des élections formelles que le système de propagande médiatique qualifie de “fête électorale”. Et c’est une nouvelle fois ce qui veut être imposé le 12 décembre prochain. 

 

“Adorateurs de la force”

La révolution des Algériens entamée le 22 février veut enterrer le système de cooptation et rompre avec les politiciens nommés qui ne croient pas en la nation et en son intelligence; ils la considèrent comme “mineure” ne sachant pas, faire les “bons choix”. Ces politiciens continuent d’espérer que le modèle de la cooptation les impose à la nation dans un scrutin administratif en dépit d’un contexte marqué par les arrestations et les intimidations contre lequel la nation a exprimé, une nouvelle fois ce vendredi, son rejet. 

L’un de ceux-là a choisi de retirer les formulaires le jour même où un activiste a été jeté en prison. Le plus remarquable est que ce candidat qui rêve du palais d’El Mouradia n’a même pas eu le scrupule moral de tenir compte de la relation qui le liait à cet activiste emprisonné qui était, en 2004, parmi ceux qui le soutenaient contre Bouteflika. Un candidat qui ne respecte pas ceux qui l’ont soutenus et qui ne publie ni déclaration de sympathie, ni de condamnation contre son arrestation pourra-t-il respecter le peuple s’il est imposé comme président de la République?

Les politiciens de la cooptation ne connaissent pas la morale politique et ne comprennent pas ce qu’est la citoyenneté ou l’Etat de droit. Ils ne connaissent pas la politique, ni la force de la politique, car ils sont des adorateurs de la force et la  considèrent comme la meilleure manière d’arriver au pouvoir. Ils méconnaissent le sens de la Nation et la révolution de la Nation. 

Ces créatures politiques finiront pas disparaître d’une nation décidée de faire la rupture, et sans retour, avec le système de cooptation qui a produit de la médiocrité, de la corruption et de l’oppression.  Que vive la nation des citoyens en marche sur la voie de la libération et l’émancipation pour construire la société et l’État des institutions.

 

Traduit de l’arabe par le Huffpost Algérie - Article original