TUNISIE
20/07/2019 14h:07 CET

En 2069, aura-t-on enfin trouvé une vie extraterrestre (et laquelle)?

En 50 ans, malgré la découverte d'exoplanètes et l'exploration poussée du système solaire, nous n'avons trouvé aucune preuve d'une vie ailleurs que sur Terre. Les choses peuvent-elles changer?

ESO

SCIENCE - Le 21 juillet 1969, l’être humain posait le pied pour la première fois sur la Lune. Malheureusement et comme on s’y attendait, nous n’y avons pas découvert de monolithe extraterrestre à la “2001: l’Odyssée de l’espace”.

Si elle est moins médiatique que la course à l’espace, la recherche d’une vie biologique extraterrestre passionnait déjà les scientifiques il y a des décennies. À tel point que 10 ans plus tôt, en 1959, un article dans Nature se demandait même par quel moyen pourrions-nous établir un contact avec d’hypothétiques civilisations intelligentes, hors du système solaire.

C’était le début du SETI, un programme de recherche d’extraterrestres encore actif aujourd’hui, mais qui n’a toujours rien trouvé. Pourtant, vu la taille et l’âge de l’univers, il est hautement improbable que nous soyons la seule espèce intelligente sur tant de milliards de mondes. Et encore moins la seule vie biologique tout court. Mais dans ce cas, pourquoi ne voyons-nous rien?

À l’occasion des 50 ans des premiers pas de l’Homme sur la Lune, Le HuffPost a choisi de ne pas regarder dans le rétroviseur, mais plutôt de s’interroger sur l’avenir de l’humanité en dehors de l’atmosphère terrestre. Alors que la “course à l’espace” semble redémarrer entre les nations et que les sociétés rentrent dans la danse, à quoi pourrait bien ressembler notre rapport aux cieux en 2069? Une série d’articles à retrouver du 16 au 21 juillet, du lancement d’Apollo 11 jusqu’aux premiers pas sur la Lune.

À cette question, le fameux paradoxe de Fermi, nous n’avons toujours aucune réponse. Et nous n’avons pas non plus trouvé de traces d’une vie, ne serait-ce que microbienne, dans notre exploration du système solaire. Pourtant, les choses pourraient changer dans les 50 années à venir. Notre connaissance de l’espace n’a jamais été aussi poussée et des missions, à plus ou moins long terme, sont en préparation.

 Objectif Mars, Saturne et Jupiter

Nous n’aurons peut-être pas à attendre 2069 pour trouver une vie hors de la Terre. “On a de bonnes chances de trouver des traces de vie sur Mars en 2021, grâce à ExoMars 2020”, affirme au HuffPost François Raulin, chercheur au CNRS spécialiste en exobiologie. Le programme d’exploration de l’Agence spatiale européenne (ESA) vise à envoyer un rover sur Mars équipé d’une foreuse, en collaboration avec l’agence spatiale russe.

À bord, notamment, un outil scientifique, sur lequel travaille le chercheur, capable d’analyser des molécules pour essayer de trouver des traces de vie. “Mars a toujours été une cible pleine de surprise, mais aussi une source de fausses joies, comme les sondes vikings, les météorites martiennes ou les fameux canaux martiens”, rappelle pour autant François Raulin.

Et si l’on trouve quelque chose sur Mars, bien que l’on ne puisse exclure la présence d’une vie actuelle, ce sera plus probablement des traces de vie passée. Pour avoir de meilleures chances de déceler une vie biologique active, il faut aller un peu plus loin, aux abords de Jupiter et de Saturne. Ou plus exactement sur leurs lunes.

“Europe et Encelade sont deux cibles de choix. Les océans seraient, selon les modèles, remplis d’eau salée et de matière organique”, explique François Raulin. “Sur Encelade, l’océan interne est proche de la surface et crache des geysers. En traversant ces panaches avec une sonde, on a accès à de la matière qui vient de l’océan”.

Une question d’escargots et d’escaliers

C’est justement ce qu’a fait la sonde Cassini, y détectant un terrain favorable à la vie. Une hypothèse confirmée en laboratoire. Mais pour en avoir le cœur net, il faudrait renvoyer un vaisseau équipé de technologies plus précises. Ça tombe bien, un projet de ce type est actuellement imaginé par une fondation privée et la Nasa. On ne sait pas grand-chose sur cette possible sonde, mais si elle veut découvrir de la vie sur Encelade, elle devra chercher des “biomarqueurs”, des caractéristiques démontrant que de la vie se cache sous l’océan.

“Il n’y a pas de biomarqueur parfait, mais ce qui s’en rapproche le plus, c’est l’homochiralité”, détaille François Raulin. C’est également cette caractéristique que va rechercher l’un des équipements scientifiques d’ExoMars. Si le mot peut sembler barbare, le concept est en réalité assez simple.

La chiralité, c’est le fait qu’un objet ne soit pas superposable à son image dans un miroir. “Vos deux mains sont l’image de l’autre dans un miroir, mais si vous essayez de les superposer, ce n’est pas possible”, précise François Raulin. De la même manière, un tire-bouchon, un escalier ou la coquille d’un escargot sont chiraux.

Dit autrement, cela signifie qu’un même objet ayant cette propriété peut exister dans deux formes: une “gauche” et une “droite”, comme les mains. Eh bien au niveau moléculaire, c’est la même chose. “Mais la vie n’utilise alors qu’une des deux formes moléculaires, comme les protéines faites d’acides aminés de forme gauche, c’est cela, l’homochiralité”, explique l’exobiologiste.

Pour trouver une forme de vie biologique, il suffirait donc d’analyser les molécules pour savoir si elles sont de droite ou de gauche. Si elles sont toutes du même sens, cela veut dire qu’il y a “un indice extrêmement fort lié à la vie”.

Des exoplanètes colorées

NASA

Et si les tentatives pour trouver de la vie dans le système solaire sont un échec d’ici 2069? Pas de panique, nous aurons peut-être trouvé le Graal ailleurs. La piste principale? Les milliers d’exoplanètes déjà découvertes et les dizaines de milliers que nous allons observer dans les années à venir.

Déjà, exobiologistes et astrophysiciens cherchent à comprendre, via des modèles théoriques, lesquelles pourraient abriter une vie biologique. Distance par rapport au Soleil, exposition aux rayons gamma, rotation et orbite, autant de paramètres à prendre en compte pour que de l’eau liquide puisse être présente à la surface (la fameuse “zone habitable”) et que les éléments de base nécessaires à la vie puissent exister.

Mais comment s’en assurer? Encore une fois, en trouvant des signatures, des biomarqueurs. “Pour l’instant, le sujet évolue peu, on discute toujours de la pertinence de la détection d’oxygène et de méthane comme signature d’une activité microbienne à la surface”, rappelle au HuffPost Jean Schneider, astronome français spécialiste de la question.

“Au moins aussi prometteuse est la recherche de couleurs de la surface d’une planète qui ne sont attribuables à aucun spectre minéral répertorié, donc candidats pour une ‘végétation’”, précise-t-il. “Je suis sûr que nous aurons des soupçons de ce genre d’ici 2069”.

De telles analyses devraient être possibles sur les exoplanètes les plus proches de nous dans le futur, grâce aux télescopes spatiaux en préparation, à l’instar du James Webb, le remplaçant d’Hubble.

Autre possibilité: se déplacer jusqu’à des exoplanètes pour les observer, avec des vaisseaux d’un nouveau type encore à inventer. Par exemple avec une propulsion fonctionnant grâce à une voile solaire, alimentée en énergie par d’énormes rayons lasers dirigés depuis la Terre.

Une hypothétique intelligence difficile à cerner

Une autre quête de la vie, un peu plus hasardeuse, est celle d’une espèce intelligente. C’est cela que l’on pense quand on parle d’extraterrestres. Dans ce domaine, les chercheurs sont moins nombreux et gravitent autour du SETI, un programme mondial de recherche de signaux extraterrestres qui existe depuis les années 60.

“L’avantage que l’on a par rapport aux années 60, ce sont des cibles concrètes: les exoplanètes”, explique Florence Raulin-Cerceau, historienne des sciences, spécialiste de l’exobiologie et du SETI. “L’avantage des exoplanètes dans la recherche de vie est double: il y en a des milliers et, alors qu’on sait qu’il n’y a pas de vie évoluée dans le système solaire, rien ne contredit l’hypothèse de vies évoluées sur quelques exoplanètes”, renchérit Jean Schneider.

Mais rien ne garantit, loin de là, qu’on découvre une vie extraterrestre intelligente sur ces exoplanètes. Surtout que l’on n’est pas sûr de ce que l’on cherche.

“Historiquement, la recherche s’est focalisée sur des signaux radio”, précise la chercheuse. Les scientifiques se sont tout simplement dit qu’une civilisation avancée aurait peut-être la volonté d’émettre des signaux dans l’espace afin de signaler sa présence. Ce que des astronomes humains cherchent justement à faire, en envoyant divers messages dans l’espace. Ils sont regroupés au sein du METI (le pendant actif du SETI), à l’instar de Florence Raulin-Cerceau, mais leur initiative ne fait pas l’unanimité.

Quoi qu’il en soit, la recherche, qu’elle soit passive ou active, n’a pour l’instant rien donné. Mais cela pourrait-il changer? “On essaye de diversifier les techniques d’observation, de s’intéresser aux signaux optiques, lasers, voire de détecter l’impact d’objets matériels fabriqués par des civilisations extraterrestres qui orbiteraient autour de leur étoile”, précise la chercheuse. À l’instar de l’étoile de Tabby, qui avait passionné les astronomes à cause d’une énorme masse orbitant autour d’elle... jusqu’à ce que l’on comprenne que c’est une gigantesque quantité de poussière stellaire qui affolait les télescopes.

Pêche à la ligne

“Malgré tout, cela reste compliqué, avec des méthodes très délicates sur de longues distances. On reste un peu dans le domaine de la pêche à la ligne”, pondère Florence Raulin-Cerceau. “Quant à savoir si nous aurons trouvé quelque chose dans 50 ans, il serait trop audacieux de répondre. Le SETI et le METI sont des sciences générationnelles, on pourrait avoir des réponses sur plusieurs générations.”

“Le plus intéressant, à moins avis, est la recherche de ‘technosignatures’, de signes d’activités industrielles (gaz polluants, lumières, usines...) ou ‘fuites technologiques’ non intentionnelles”, estime Jean Schneider. Car la recherche de signaux destinés à être vus “pose des problèmes d’interprétations”.

Mais... et si? Et si nous trouvions une vie ailleurs que sur Terre d’ici 50 ans, quelles seraient les implications? “Scientifiquement, cela peut avoir des conséquences extrêmement importantes. Cela devrait nous apporter beaucoup de chose sur la compréhension de la vie sur Terre”, estime François Raulin. “Il y a également une importance philosophique à trouver de la vie ailleurs. Cela nous permettrait d’avoir une vision moins anthropocentrique de la Terre”.

Car aujourd’hui, le seul modèle, c’est le nôtre. Et c’est justement l’un des principaux freins à la recherche d’une vie extraterrestre. Nous recherchons avant tout des choses qui nous ressemblent. Des émissions dans des longueurs d’onde qui nous semblent artificielles. Des protéines qui sont les mêmes que celles qui nous composent. Peut-être que la découverte d’une vie extraterrestre se fera, au contraire, par le plus grand des hasards, sans la chercher. Et dans ce cas, bien malin celui qui saura dire si une telle chose aura lieu avant 2069.

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