TUNISIE
18/10/2018 10h:38 CET | Actualisé 18/10/2018 22h:03 CET

Émouvance: Le courant artistique africain né en Tunisie et qui veut conquérir le monde

Démocratiser l’Art, le chercher, le réveiller et par dessus tout, unir l'Afrique!

Si les politiques n’y arrivent pas, les artistes le font. ”Émouvance” unit l’Afrique à travers l’art. 

Courant artistique tout juste né, “L’émouvance des émouvants” redéfinit l’art selon les besoins de la société actuelle. 

“L’art, ou l ’artiste, n’est plus là comme une magnificence ou un luxe; mais il est est là pour remettre du vivant dans quelque chose qui s’est cassé ou qui a disparu”, explique Nacer Khémir, conteur, écrivain et réalisateur, entre autre de “Par où commencer”.

Mohamed BenKhalifa

Plus de 150 artistes, des quatre coins de l’Afrique, ont signé le manifeste: “De l’apologie du beau à l’éloge de l’émotion dans l’art du contemporain”, texte fondateur du mouvement. 

L’art émouvant, c’est celui qui s’intéresse à l’imaginaire de la population

Émouvance vient réintégrer “le beau” dans l’art. Il définit le rôle de l’art dans la société et le démocratise. L’art n’est pas fait que pour les élites. Il doit faire son entrée dans tous les foyers, dans tous les esprits. 

Oeuvre de Sadika Keskes

“Le rôle de l’art dans notre société, notre actualité, où l’obscurantisme règne, le choix de notre mouvance c’est vraiment de se rapprocher, de donner accès à la majorité”, illustre Sadika Keskes, artiste-souffleuse de verre. 

Pour elle, l’élitisme n’a plus sa place. “On ne peut pas rester dans la copie! On ne peut pas créer de civilisation ainsi. Le choix de notre mouvance, c’est vraiment de se rapprocher, de donner accès à l’Art à la majorité!”.

On parle ici “des forces libératrices de l’Art”, rebondit Mohamed BenKhalifa, politologue, avocat international et coach certifié. “L’art contemporain est fait essentiellement pour les élites. Et cela ne peut pas toucher les gens. C’est sur cela qu’on est en réflexion, c’est cela qu’on remet en question”.

 

Gabriel Depasquale

 

Le mouvement est donc né de cette “rencontre magique”, à la biennale de Dakar, entre Sadika Keskes et Mohamed BenKhalifa. C’est lui qui aura pour mission de donner vie à ce mouvement. 

“L’art est là, il suffit d’aller le réveiller”. 

Démocratiser l’Art, le chercher, le réveiller... Cela se passe en Afrique, cela part de la Tunisie, et cela va conquérir le monde.

 

Mohamed BenKhalifa

 

“Il y a une tradition dans les villages où les femmes sortent devant la porte et dessinent des signes de bénédiction. Dans ces signes de bénédiction, il y a le Tanit, il est phénicien. Certaines n’ont jamais entendu parler du mot phénicien, et pourtant elles connaissent le Tanit. Elles dessinent le poisson, qui est un signe chrétien, elles dessinent la main de Fatma et plein de choses...

Si on repère le langage du peuple, si on accepte d’aller chercher son imaginaire, là il viendra à nous”.

Un mouvement est né

Cinq artistes tunisiens, coaching de groupe et questionnements, “de fil en aiguille, ils ont découvert qu’ils voulaient créer un courant”, atteste BenKhalifa. 

Mediha Jemla

 

“En Tunisie il y a beaucoup d’artistes, dans tous les domaines, mais ils sont séparés, isolés. Il y a toujours un problème de visibilité, problème de structure autour”, souligne au HuffPost Tunisie, Faten Rouissi, artiste-plasticienne. 

C’est donc un besoin. Le besoin de regrouper les artistes pour qu’ils fassent entendre leur voix. Eux qui sont prêts à changer les choses, là où les politiques ont échoué. “Et quoi de mieux que l’Art pour contrer cet obscurantisme qui règne”, s’accordent à dire ces artistes. Ce besoin prend la forme d’un mouvement, qui part de l’Afrique et qui s’ouvre au monde!

“Ce n’est pas l’Afrique qui se ferme, c’est au contraire l’ouverture sur les continents. C’est un mouvement qui voyage à partir de montage de projets”, décrit Faten Rouissi.

L’Art pour le changement

Ce regroupement d’artistes se concrétise à travers un ensemble de trois volets: un salon, rituel hebdomadaire, où se rencontrent les artistes de tous les domaines, une résidence d’artistes et un travail sur terrain où ces derniers iront à la rencontre des individus qui ont besoin d’art! C’est à dire, tout le monde, toute la population. 

 

EMOUVANCE

“Notre révolution est inachevée. On veut passer d’une opposition à une action, et je pense que c’est le rôle des artistes de changer les choses, remettre le beau au centre de notre vie”, souligne à son tour Sadika Keskes. 

Ainsi, c’est un projet qui veut rompre avec la stagnation, le rayonnement isolé d’artistes. “Le manque de structure empêche qu’on se réunisse. Ce groupement d’artistes va heurter! Ce n’est plus une seule personne qui parle!”, estime Faten Rouissi. 

Ce courant, c’est un fleuve africain!

Après la révolution, c’est une digue qui a sauté, et tout le monde s’est lancé... Cela a fait un petit ruisseau, qui partait chacun de son côté, sans organisation, sans cadre, sans vis-à-vis! Et là, l’idée de se regrouper! Ce n’est plus des petits ruisseaux mais c’est un fleuve. Si ce fleuve est africain, on connait l’histoire des fleuves africains, ils sont puissants! Ça commence! 

(...)

Il y a une énergie propre à l’Afrique, et il est temps que cette énergie ré-enchante le monde, parce qu’il y en a marre qu’à chaque fois qu’on lève la tête, on nous l’enfonce sous l eau. L’Art est le premier geste, avant le politique, avant le social, de lever la tête et de respirer à pleins poumons!” conclut Nacer Khémir, conteur, écrivain et réalisateur, au HuffPost Tunisie.

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