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26/07/2018 09h:37 CET | Actualisé 26/07/2018 09h:37 CET

Emir Kusturica offre une tournée générale d'eau-de-vie au public de Hammamet

En assistant à des spectacles comme ceux d’Emir Kusturica (...) on peut puiser des forces pour résister à la dépression.

Samedi 21 juillet : arrivés quelques instants à peine avant le début du spectacle, on a à peine eu le temps de trouver une place parmi le public impatient du théâtre de plein air de Hammamet. Dès les premières notes de la musique vibrante du groupe No smoking Orchestra, dirigé par Emir Kusturica, le soixantenaire énergétique, polyvalent, et surtout charismatique, on oublie les tracas, le stress et les inévitables embouteillages.

Une fois sur scène, Kusturica, guitare électrique en main, et ses 8 musiciens au look tzigane ont embarqué le public dans une ambiance de folie entre rock music et folklore balkanique, une fusion capable de transmettre une joie contagieuse.

De son dernier album “Corps diplomatique” fraîchement sorti, il a chanté “Scared of dental drills”,“Cerveza”, “From Chicago to Milano” et “Comandante”.

Musicien mais aussi cinéaste, Kusturica à repris les chansons cultes de ses films. Au menu dont il nous a régalés: “Underground”, “Unza Unza time”, “La vie est un miracle”, “Chat noir chat blanc” et “On the milky road”, qui est aussi le titre de son dernier film avec Monica Belluci projeté à Hammamet en sa présence la veille du spectacle.

Une légende sur la scène de Hammamet

Sa polyvalence et son parcours diversifié font de Kusturica une légende vivante.

Avec 12 longs métrages et une longue carrière de musicien - il joue de la guitare et du banjo et compose sa musique, le No Smoking Orchestra n’est que le tout dernier des groupes qu’il a animé -, il a été acteur dans plus d’une vingtaine de films, a reçu 2 palmes d’or, a fait partie des jurys dans les festivals les plus renommés. 

Comme l’originalité et l’authenticité sont toujours enfants de fusion et de mélanges, Kusturica est le produit d’un mélange ethnique et culturel...De son identité il a parlé dans une interview au New York Times: “Je suis un exemple vivant du mélange et de la conversion des Serbes en Bosnie. Mes grands-parents vivaient dans l’Est de l’Herzégovine. Ils étaient très pauvres. Les Turcs sont venus et ont apporté l’Islam. Il y avait trois frères au sein de la famille. L’un était chrétien orthodoxe. Les deux autres se sont convertis à l’islam pour survivre”.  

Facebook/Festival international de Hammamet

 

La musique, thérapie et outil de résistance

Ce n’était pas la première fois que Kusturica et sa bande jouaient à Hammamet, où il était venu en 2009, lorsque l’ancien régime était en phase terminale. À cette époque, lorsque l’accès à sa musique était réservé aux élites “intellectuelles”, son nom était chuchoté par des intellectuels qui entouraient le régime, lequel faisait feu de tout de bois pour se légitimer, en particulier de la culture.

9 ans plus tard, dans Le temps des jeunes en crise, Kusturica est revenu dans un contexte totalement différent dont lui-même n’était peut-être n’est pas conscient, et sa mission cette fois n’était pas du tout la même. 

Une tournée de Slivovitza

La Slivovitza est aux ex-Yougoslaves ce que la tequila est aux Mexicains, le raki aux Turcs et la boukha aux Tunisiens. Cette eau-de-vie de prune est un des liens qui continuent à relier un peuple brutalisé par l’histoire et morcelé en États-nations précaires. Le No Smoking Orchestra, avec sa musique endiablée, a ainsi offert une tournée générale de Slivovitza au public majoritairement jeune.

Le groupe, et particulièrement Kusturica, avec son énergie scénique et sa la joie de vivre, a réussi à créer un état d’euphorie chez des spectateurs victimes de l’état de déprime généralisée, conséquence de la crise “tout-terrain” que nous subissons.

En assistant à des spectacles comme ceux d’Emir Kusturica, Goran Bregovic, du Taraf de Haidouks ou du Kocani Orkestar, en dansant sur cette musique joyeuse et vivante, en vivant cet état d’euphorie et de transe collective, on peut puiser des forces pour résister à la dépression.

Vous reprendrez bien un petit coup de Slivovitza?

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