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14/08/2019 12h:27 CET | Actualisé 14/08/2019 13h:48 CET

Embouteillage vers Carthage: Entre ambitions mesurées et excès de zèle démesurés!

Mesdames et messieurs faîtes vos jeux, mais il ne tiendra qu’aux urnes de trancher après l’écrémage que réalisera l’ISIE.

Anadolu Agency via Getty Images

Ça se bouscule au siège de l’Instance Supérieure Indépendante pour les élections pour le poste tant convoité de l’investiture suprême de l’État.

À six semaines des élections présidentielles, le grand rush des inscriptions vient tout juste de prendre fin. Près d’une centaine de candidats, 98 précisément ont massivement exprimé le souhait de devenir le ou la prochain(e) président(e) de la République Tunisienne.

Un florilège de candidatures qui se succèdent mais qui ne se ressemblent pas.

D’abord Il y a les candidats au fort ego, plus ou moins crédibles et  présidentiables: Les  chefs de partis, ceux qui sont entrés réellement dans la politique après la révolution de 2011 comme Mohsen Marzouk 54 ans pour le parti Machrouu Tounes et Hamma Hammami 57 ans à la tête du Front Populaire. Deux autres prétendants se présentent au nom de la gauche; Mongi Rahoui 55 ans et Abid Briki 62 ans, candidat d’une coalition de 5 partis de gauche. Slim RIahi se veut être aussi dans la course. Agé de 47 ans, l’homme d’affaires et chef du parti de l’Union Patriotique Libre vivant actuellement en France, a déposé sa candidature par le biais de son avocat, et bien d’autres encore…                                                                                                 

Ensuite, Il y a Nabil Karoui, 56 ans, le candidat redoutable qui s’est auto-proclamé “sauveur de la nation”. Celui qui, suite à un drame familial  arbore une cause charitable envers les plus déshérités et envers les oubliés d’un gouvernement qui semble ne se soucier guère de leurs misères! Un engagement patriotique à l’apparence louable bien souvent jugé par ses rivaux comme étant démagogue et populiste mais oh combien porteur d’espoir pour ces opprimés de la nation! Karoui mise tout son programme sur l’éradication de la pauvreté et la diminution de la misère.

Puis il y a Abir Moussi avocate de 44 ans, femme libre qui représente dans l’inconscient collectif l’ancien régime. La destourienne qui appelle à un discours rassembleur des nostalgiques du règne de Ben Ali. Envers et contre tous, elle est l’une des rares femmes à se battre contre vents et marées dans cette course majoritairement virile pour accéder à l’investiture suprême et espérant ainsi pouvoir réinstaurer le régime présidentiel. Elle revendique haut et fort son programme politique aux idées qu’elle caractérise de “simples, claires et réalisables”. Une vraie lionne qui milite bec et ongles contre les islamistes et que certains ont surnommé la femme de fer à l’instar de Margaret Thatcher.

Une liste à laquelle vient s’ajouter le nom du chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui a été pendant plusieurs années sous la tutelle du Président Béji Caied Essebsi et qui, bien que toujours en exercice, a crée son propre parti Tayha Tounes. Du haut de ses 43 ans , il revendique sa jeunesse et son expérience en tant que chef de gouvernement tout en prétendant être l’homme de la situation! Son programme se fonde essentiellement sur les droits de la femme tunisienne, espérant par là obtenir le maximum de voix féminines comme c’était le cas pour l’ancien président défunt Béji Caied Essebssi en 2014.

D’anciens chefs de gouvernement comme Hamadi Jbeli 70 ans, le binational Mehdi Jomaa 57 ans qui se dit prêt à faire des concessions allant même jusqu’à renoncer à sa double nationalité pour espérer briguer la Présidence. Ajoutons également les noms d’anciens ministres qui ont occupé des ministères prestigieux dont Said Aidi 58 ans à la Santé, Elyess Fakhfakh, 47 ans aux Finances, Salma Elloumi Rekik  63 ans au Tourisme, Neji Jalloul 61 ans à l’Education. Des candidatures potentiellement sérieuses qui viennent s’ajouter à cette interminable liste! Tous ont labouré le terrain en martelant un discours progressiste ou non, pour une Tunisie sous de meilleures auspices ou pour une Tunisie qui nous replonge à l’âge de pierre!

Une autre candidature qui fait cette fois-ci figure de favori! Abdelkrim Zbidi, 69 ans, ministre de la Défense Nationale et ancien ministre sous la Troika, Un candidat qui a fait l’objet d’une énorme campagne de soutien avant même qu’il ne rende sa candidature officielle. Beaucoup lui sont reconnaissants pour avoir réussi d’une main de maitre les obsèques du président défunt; un ministre compétent, réservé et pour le moins loyal et intègre puisqu’il vient tout juste de démissionner pour pouvoir déposer sa candidature! Un homme qui a servi le pays dans l’ombre, loin des projecteurs et des caméras et qui était à mille lieux de se voir un jour candidat à la présidentielle. Humble et travailleur, il fait l’espoir d’un grand nombre de Tunisiens qui espèrent trouver en lui l’Homme providentiel capable de sortir de pays de son marasme!

Parmi les prétendants à la présidentielle, il y a aussi l’ancien occupant du Palais de Carthage, Moncef Marzouki à l’égo surdimensionné et qui du haut de ses 74 ans souhaite briguer un autre mandat. Mais cette fois-ci à travers les urnes puisque son premier mandat fut gagné grâce à l’appui du parti Ennahdha lors d’un vote au sein de l’Assemblée Constituante. Le bilan de ses quelques années de règne en tant qu’ancien président (2011-2014) est loin d’avoir fait l’unanimité et qui foncièrement négatif, a vu une recrudescence de l extrémisme religieux ainsi que des assassinats politiques sanglants. Un candidat qui a récemment fait son mea culpa en avouant qu’il a commis des erreurs en recevant des prédicateurs islamistes au Palais de Carthage. Friand des plateaux télé étrangers et convaincu de réussir là où il a échoué, il souhaite reprendre le chemin de Carthage oh combien prisé et semé d’embûches.

Le parti islamiste a aussi son candidat. Apres des mois de tergiversations, le conseil de la Choura a enfin tranché en dévoilant le nom de son oiseau rare. Abdelfateh Mourou, 72 ans, l’un des principaux fondateurs du parti islamiste Ennahdha puis devenu Président du Parlement  par intérim, il se présente comme l’heureux candidat à la magistrature suprême. Ce candidat qui a toujours appelé à voter contre tous ceux qui s’opposent à la religion suscite beaucoup d’interrogations. Grand fervent de discours religieux plutôt modérés, sera t-il prêt dans la forme à troquer son turban et sa Jebba contre un costume cravate et dans le fond, à modérer l’idéologie à laquelle il appartient au profit d’un ensemble de valeurs éthiques, démocratiques et républicaines?

À cette surprenante liste, viennent s’ajouter des personnalités qui se proclament n’appartenir à aucun parti, les indépendants qui souhaitent briguer un mandat à Carthage: on compte principalement Safi Said, 65 ans journaliste et écrivain, Kais Saied 61ans, universitaire et juriste surnommé “Robocop” de par son arabe littéraire souvent tourné en dérision, Mounir Baatour 42 ans le candidat qui souhaiterait légaliser l’homosexualité, Leila Hamammi, professeur universitaire résidant en Grande Bretagne, et la liste est encore longue ..

Des vertes et des pas mûres:

Viennent enfin tous ceux qui jouent les trouble-fêtes, ceux qui dont la candidature farfelue interpelle à plus d’un titre par leur physique et par leur apparence parfois funambulesques. Qu’il soit artiste peintre à l’ambition démesurée ou universitaire, sorti tout droit de nulle part et qui de surcroît, prétend avoir contribué à l’ascension de Barack Obama, espérant ainsi berner tout un peuple.

D’autres candidats, illustres inconnus, sans étiquette et sans programme politique, à l’excès de zèle démesuré et qui cherchent plus à créer le buzz médiatique que d’appartenir réellement à cette course effrénée et sans pitié à l’instar de l’agitateur islamique Recoba... Autant de candidats qui semblent   vouloir revendiquer avec audace et assurance ce droit à la candidature que leur a permis la constitution!

Des candidatures inédites en Tunisie, pour le moins rocambolesques et dont les prétendants semblent vouloir tenter leur chance en murmurant un “et pourquoi pas moi?” et qui semblent aussi nous rappeler la célèbre chanson de Gérard Lenormand “Ah si j’étais président !”.

Un folklore de candidats ”éparpillés” faisant pour une grande majorité cavalier seul, fantaisistes et farfelus pour la plupart mais qui semblent toutes être le fruit d’une Révolution qui leur a permis ce qui était impensable avant 2011:

Oser un jour rêver de Carthage!

Des scénarios inenvisageables au temps du régime dictatorial de Ben Ali. Des candidats qui nous promettent tous monts et merveilles espérant ardemment se voir un jour briller en tête de scrutin et pourquoi pas, pousser les portes de Carthage.

Mesdames et messieurs faîtes vos jeux, mais il ne tiendra qu’aux urnes de trancher après l’écrémage que réalisera l’ISIE. 

Une chose est sûre, il n’en restera plus autant.

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