TUNISIE
29/10/2018 13h:33 CET | Actualisé 29/10/2018 13h:35 CET

Elle était intervenue pour faire sortir du territoire un homme fiché S17: Yamina Zoghlami s'explique

"Je suis élue du peuple, mon pouvoir est plus important que celui du chef du gouvernement"

En pleine tempête médiatique après la diffusion d’une vidéo la montrant intervenir en faveur d’un jeune homme fiché S17 à l’aéroport Tunis-Carthage, la députée d’Ennahdha Yamina Zoghlami s’est justifiée, lundi, sur les ondes de la radio Shems Fm.

Revenant sur l’histoire de ce jeune homme, la députée affirme que celui-ci a reçu une offre de travail en France et qu’il s’était déjà vu refuser une première fois de prendre l’avion par les autorités tunisiennes: “Sa mère m’a contacté pour intervenir en sa faveur” a avoué Yamina Zoghlami expliquant avoir effectué la procédure pour lui auprès des services du ministère de l’Intérieur.

“J’ai demandé une autorisation au ministère de l’Intérieur pour que ce jeune homme puisse voyager. On m’a dit d’aller une heure avant le départ et de voir ça à l’aéroport et c’est ce qu’on a fait” a-t-elle affirmé.

Sauf qu’à l’aéroport les choses ne se passent pas comme prévu, les services de la sécurité des frontières mettant trop de temps pour accorder l’autorisation au jeune homme, qui “risquait de perdre un deuxième billet d’avion”.

Expliquant son comportement, la députée affirme que cela à permis de rendre plus rapide la procédure et d’avoir une réponse des services du ministère de l’Intérieur” explique-t-elle ajoutant ne pas avoir été mise au courant qu’elle était filmée par la sœur du jeune homme qui a diffusé la vidéo.

Alors que dans la vidéo en question, Yamina Zoghlami a affirmé qu’elle allait appeler le chef du gouvernement, celle-ci dément l’avoir fait: “Je n’ai jamais appelé le chef du gouvernement (...) Je suis élue du peuple, mon pouvoir est plus important que celui du chef du gouvernement et que tous les autres ministres”.

Pour elle, cette histoire représente bien plus que la seule histoire du jeune qu’elle a défendu: “J’ai mis le doigt sur une procédure problématique aujourd’hui en Tunisie: la procédure S17” a-t-elle fait remarquer appelant à suivre les recommandations d’Amnesty international et de Human Rights Watch en la matière: “Faisons un projet de loi pour gérer cette procédure” pour que la justice accorde l’autorisation de voyager ou non et pas le ministère de l’Intérieur a-t-elle appelé.

Vendredi, une vidéo montrant la députée intervenir  pour faire sortir du territoire tunisien un jeune homme fiché S17, avait fait couler beaucoup d’encre.

Dans cette vidéo, on y voyait Yamina Zoghlami, s’en prendre à des agents qui ont refusé qu’un jeune tunisien, ayant obtenu un visa pour la France, quitte le territoire, car il est fiché S17.

Utilisant sa position, la députée affirmait appeler la présidence du gouvernement afin que cette personne puisse voyager, ce qui a été démenti par le porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Le S17 est une procédure imposée par le ministère tunisien de l’Intérieur contre des personnes jugées suspectes. Celle-ci oblige ces personnes à informer l’administration des frontières de leurs voyages à l’étranger mais également à informer les autorités de leurs mouvements à l’intérieur du pays, avec la possibilité pour les autorités de leur interdire tout déplacement.

Cette procédure n’est couverte par aucun texte juridique avait déploré Amna Guellali, directrice du bureau tunisien de Human Rights Watch, déplorant l’impossibilité de s’y opposer.

Selon Amnesty International, 30 mille personnes ont été soumises à ces mesures et au moins 60 personnes n’ont pu voyager à l’étranger ou ont été bloquées en Tunisie entre 2014 et 2018 a alerté l’ONG jugeant cette mesure contraire l’article 24 de la Constitution tunisienne garantissant la liberté de circulation et l’article 12 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par la Tunisie. 

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