TUNISIE
21/01/2019 18h:40 CET

Elle cartonne à l’étranger: L’artiste tunisienne Amel Bennys expose à New York

Elle est la seule participante du monde arabe à cette exposition.

Amel Bennys. Photo: Cecile Vaccaro, Courtesy Silas Von Morisse Galery

Après Tunis et Paris,  Amel Bennys, artiste peintre et sculptrice tunisienne, pose ses valises en 2013 à New York.  

Ses oeuvres ont traversé l’Atlantique pour le plus grand bonheur des passionnés d’art abstrait. Et pas des moindres, puisque c’est dans la prestigieuse galerie Silas Von Morisse qu’elle a fait sa première exposition personnelle en juin dernier.

Aujourd’hui, c’est en plein coeur de New York, au Lehman College Gallery que deux de ses oeuvres seront exposées du 31 janvier au 30 mars 2019.

Sous le thème “Medium of Exchange”, cette exposition collective qui regroupe des artistes contemporains cosmopolites et essentiellement basés à New York, s’impose comme un espace de liberté et de créativité.

Tous, à travers leur art, vont nous faire découvrir leur perception de l’argent.

“Plus de 30 artistes ont utilisé la monnaie comme matériau dans leur travail ou adopté une approche conceptuelle du système économique mondial” explique Bartholomew Bland, directeur de la Galerie/Musée du Lehman College, dans une interview accordée au HuffPost Tunisie. 

Explorant les formes et les utilisations en constante évolution de la monnaie, ils adoptent des approches sociologiques, psychologiques et économiques qui soulèvent de nouvelles questions sur le rôle de la monnaie dans les sociétés mondiales d’aujourd’hui. “Cette exposition met également en relief cette obsession de richesse qui s’impose ici aux États-Unis” explique -t-il. 

Une peinture d’Andy Warhol, prêt du MOMA sera également sur les cimaises de l’expo.

Pour Warhol, argent et pouvoir étaient un moteur essentiel dans sa démarche artistique.

Ici, à la Lehman Gallery, les artistes se sont penchés sur la monnaie elle-même, son évolution et ses différents aspects. “Medium of Exchange” qui se divise en deux parties, met en évidence les questions financières pressantes d’aujourd’hui à savoir les vols d’identité, suspicion des banques et voir même l’illusion du rêve américain...

Pour Amel Bennys, la seule participante du monde arabe à cette exposition, son travail lui donne la possibilité de relever un défi artistique important autant dans les images que dans l’expression des émotions. Ses deux oeuvres qui portent le nom en anglais de “Fucking tired to be broke”, se traduit également en arabe par  ”مَلِّيتْ  مِن المِيزِيرْيَا”, en français par “Putain ras le bol d’être fauché,” et en espagnol par “jodidamente cansado de estar en quiebra”, les quatre langues de son quotidien .

Bennys, à l’aide de craies, pigments, crayons et de stylos acryliques, façonne à sa façon un billet de banque, le fameux dollar américain!

“En peignant cette pièce, j’ai pensé au vert doux de l’argent américain. J’ai dessiné les lignes de proportion du long rectangle du billet d’un dollar, mais je voulais qu’elles soient dessinées à la main - pas de lignes droites parfaites. Je n’ai pas délibérément tendu la toile sur châssis, je voulais évoquer la fragilité du papier-monnaie. Que l’œuvre ait l’air d’un rapide croquis, comme si ce Dollar Bill n’avait jamais été abouti”.

“J’aime aussi l’idée du motif qui se répète, comme de l’argent qui sort d’une presse à imprimer. Au lieu du classique portrait du président, généralement au centre du dollar, je voulais - une négation - là où précisément réside habituellement ce symbole du pouvoir que représente le président des États-Unis d’Amérique”, souligne-t-elle.

Derrière ses toiles et ses différentes formes d’art, toute une philosophie qui se manifeste. “Je travaille de plus en plus sur le non fini - en chemin- Souvent je trouve les esquisses plus intéressantes que l’œuvre finie. C’est sur ce :‘in process’ que je travaille depuis déjà quelques années” dit-elle. “Mais comme je travaille lentement, ce ‘in process’ devient un choix de vie...”.

Pour elle, en suivant les mots même de Constantin Cavafy, dans son poème Ulysse, le voyage est toujours plus important, voire déterminant que la destination, “The port to reach...”, “le port à atteindre”.

Le manque d’argent peut parfois être stimulateur. “Cela vous oblige à des interactions dans le quotidien. Le fait de ne pas avoir d’argent vous mène parfois à aller voir des personnes que vous ne voudriez peut-être pas rencontrer -des gens dont vous avez un apriori contre , un non intérêt à rencontrer, peur d’un vide et ou d’un superficiel abyssal! Mais au final, je suis souvent heureusement surprise! Et suis ravie de toutes ces nouvelles rencontres” explique-t-elle au HuffPost Tunisie.

Les titres sont pour elle toujours une sorte de, “journal intime”... “Thanks for the visite”, “Madison street”, “I will always love you...”, comme si son art et ses expériences personnelles étaient intimement liées.

“Je suis heureuse que mes oeuvres soient exposées dans une université” déclare-t-elle. “C’est un grand College New yorkais, le public est différent de celui des galeries, c’est en quelque sorte plus diversifié”. 

Ses toiles seront dévoilées à un public curieux et intéressé d’étudiants, de chercheurs et d’artistes aussi. Simple et dénudé de toute intention commerciale, son message en sera d’autant plus percutant.

Amel Bennys, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, poursuit ainsi son impressionnant parcours jalonné de prix internationaux.

Après avoir été invitée en résidence à la Fondation Joseph et Anni Albers, voilà que récemment, elle vient de recevoir le fameux prix de la Pollock- Krasner Foundation. “Je suis extrêmement sensible d’avoir reçu cet encouragement d’une telle fondation. Il y a plus d’un an quand j’ai envoyé mon dossier, j’avais un peu l’impression d’envoyer une bouteille à la mer ! Sans trop d’espoir de retour”, rigole-t-elle. 

Interrogée sur une éventuelle exposition à Tunis, l’artiste a précisé que rien n’était encore vraiment prévu pour le moment.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.