MAROC
17/05/2019 11h:40 CET | Actualisé 17/05/2019 11h:48 CET

Cannes 2019 : Fadela Mecheri recycle le tapis rouge pour monter les marches

La blogueuse a défilé dans une robe conçue par la jeune marque de tailleurs féminins 17h10 Paris à partir de chutes du tapis rouge de l'an dernier.

MODE - Existe-t-il un meilleur moyen de faire parler de soi que sous les projecteurs du Festival de Cannes? Il y a peu de chance. Cette 72e édition ne va pas dire le contraire, comme en témoigne la robe tout à fait singulière avec laquelle l’influenceuse Fadela Mecheri a gravi les marches du Palais des congrès, ce jeudi 16 mai.

En visite sur la Croisette à l’occasion de la projection du long-métrage inspiré de la vie d’Elton John “Rocketman”, la blogueuse originaire de Lyon a fait mouche pour sa tenue. Elle est dénudée dans le dos et dispose d’un décolleté très chic. Mais surtout, elle est rouge. Rouge comme quoi? Comme le tapis que la jeune femme a foulé de ses pieds.

PIERRE MOUTON

Rien de très étonnant, certes. D’autres célébrités avant elle ont déjà opté pour cette couleur. Sauf qu’à la différence de celles-ci, le rouge de la robe de Fadela Mecheri provient du même tissu, de cette même carpette. Ou plutôt, de celle de l’an dernier.

17H10 PARIS

Ses créatrices, deux anciennes publicitaires à la tête de la jeune marque de tailleurs féminins 17h10 Paris, ont eu cette idée originale après avoir récupéré des chutes de plusieurs mètres du fameux tapis dans une benne à ordure de la ville au cours l’édition précédente du festival.

Une logique d’upcycling

Pour les deux amatrices d’upcycling [un courant dans la mode qui vise à réutiliser un tissu ou un matériau déjà produit, NDLR], c’est une aubaine. Ni une, ni deux, elles foncent et se lancent dans la conception d’un vêtement, en l’occurrence une robe événementielle.

Et ça n’a pas été une mince affaire, comme l’explique l’une des instigatrices interrogée par Le HuffPost, Caroline Rey. Soucieuses de travailler de manière responsable, les deux jeunes femmes ont d’abord dû réfléchir à un moyen pour transporter l’énorme quantité de tissus sans émettre davantage d’émissions polluantes. Présent à Cannes, un transporteur, censé rapatrier des œuvres d’art jusqu’à la capitale, accepte d’emporter avec lui leur trouvaille.

Après avoir élaboré le prototype avec la spécialiste en robes de mariée Bénédicte Vernier, il a fallu le mettre à la machine à plusieurs reprises. Pas tant pour le nettoyer mais plutôt pour l’assouplir “car il était très rigide”, renseigne Caroline Rey qui précise qu’elles aussi ont rencontré maintes difficultés pour le coudre.

Après plusieurs mois d’élaboration, puis d’essais et d’essayages, ladite robe est née. Elle est de retour là où tout a commencé, à Cannes. Un lieu symbolique pour les deux créatrices. “C’est un événement unique dans la mode où toutes les tenues sont décryptées”, observe la créatrice.

Éveiller les consciences

Pour cette dernière, c’est surtout une opportunité pour alerter les grandes marques de l’industrie du luxe sur cette nouvelle façon de penser le vêtement. “C’est important de montrer qu’il existe des solutions alternatives plus soucieuses de l’environnement pour produire”, renseigne la jeune femme bien décidée à éveiller les consciences en matière de recyclage.

Alors que les organisateurs se chargent de changer trois fois par jour le tapis rouge pour le garder intact tout au long du festival, la démarche de Caroline Rey ne vise pas à les critiquer, même si elle trouve ça un peu “too much”. “On peut faire attention, admet celle-ci. Ce n’est pas parce qu’un gâteau est emballé dans un sac recyclé qu’il ne sera pas bon. C’est la qualité qui compte.”

À l’heure qu’il est, la robe qu’elle et sa collaboratrice ont mis au point n’est pas à vendre. Elles souhaitent la conserver comme pièce de collection. Ce n’est pas le cas des quelques mètres de tissus qu’il leur reste. “Pourquoi ne pas en faire des pochettes, se demande la pro du recyclage. Les gens peuvent s’imaginer que le tapis a sans doute été foulé par des célébrités, c’est amusant.”

Cet article a initialement été publié par Le HuffPost France.