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11/08/2019 14h:42 CET | Actualisé 11/08/2019 14h:42 CET

Élections présidentielles : Impressions "à chaud"

Nous attendons une campagne électorale digne, avec programmes à l’appui, et non un combat de coqs et des luttes intestines où toutes les bassesses sont permises.

Rawf8 via Getty Images

Et voilà ! La fameuse semaine vient de se clore. Suffocante de chaleur et de candidats : quarante-cinq degrés à l’ombre, près d’une centaine de noms sur la liste de l’ISIE.

Le dernier chiffre, annoncé vendredi 9 août, après dix-huit heures, atteignait quatre-vingt-dix-huit

Ce chiffre en lui-même, sans autres commentaires, constitue un marqueur d’immaturité : bien des candidats s’imaginent que l’élection, avec le dépôt de dossier qu’elle suppose, et la médiatisation qui l’accompagne, constitue une fin en soi, et qu’elle ne comporte ni un avant, ni un après.

Pas de trajectoire politique antérieure, pas de projet politique pour l’avenir du pays. Il leur suffit de se présenter aux élections. Sans compter que si leur dossier est retenu, ils bénéficieront d’une enveloppe de 100.000 dt, leur permettant de mener leur campagne électorale, si campagne il y a.... À charge pour eux de rembourser la dite somme en cas d’échec, mais cela est une autre histoire...

En tout cas, ils sont venus, ils sont tous là. Tous les noms que vous pouvez imaginer et même ceux que vous n’imaginiez pas ! Sans polariser sur untel ou unetelle, le chiffre atteint nous révèle que dans l’imaginaire du citoyen, se présenter aux élections présidentielles est un droit qui n’engage que par le dossier qu’il s’agit de remplir.

Aucune  compréhension de la gravité et du poids de la fonction briguée ne semble présente à l’esprit du plus grand nombre de candidats. Il y a un long chemin à faire pour que seuls les vrais “concernés” figurent sur la liste et que les autres s’abstiennent. Immaturité sociale indéniable, l’éducation politique du tunisien reste à faire !

Autre impression première : la dispersion du camp dit “moderniste, ou progressiste, ou laique”, selon les appellations des uns et des autres. Tous ceux, ou presque, qui appartenaient à la famille de Nidaa Tounes et l’ont quittée pour former de petits partis encore balbutiants, tous ceux-là partagent une même sensibilité politique, la plupart ont côtoyé le président défunt, Béji Caied Essebsi.

Toutes ces personnes, appartiennent quasiment à la même génération et auraient pu s’unir sous le fanion d’un seul d’entre eux. Hélas, nul n’est disposé à céder la place. Malgré l’expérience politique de certains, le niveau culturel  dont d’autres sont pourvus, les egos ont pris le dessus : chacun se considère maître du jeu, titulaire de tous les atouts.

Il y a là un aveuglement politique infiniment regrettable dont les répercussions se solderont par un émiettement des voix entre ces petits partis. Ceci convient parfaitement à des mouvements, telle Ennahdha qui; malgré sa faiblesse actuelle et ses dissensions internes, va battre le rappel de ses fidèles, rapportant un pourcentage, sans doute inférieur à celui de 2014, mais tout de même confortable...

Nos politiciens chevronnés partageraient-ils la même immaturité que l’honnête citoyen lambda, venu déposer son dossier, comme on participe à une tombola ? Tous, en leur for intérieur, doivent savoir qu’en se présentant aux élections avec une pareille dispersion, ils ne peuvent qu’amoindrir leurs chances. Mais, là aussi, la vision de ces messieurs-dames devient curieusement opaque, lorsqu’il s’agit de se mettre ensemble, de céder la première place. À titre d’exemple, même l’alliance concoctée entre les partis “Machrou Tounes” et “El Badil », n’a pas empêché les présidents de ces deux partis de se présenter chacun tout seul aux élections...

Il est indéniable que la conscience de l’homme politique tunisien reste pétrie par l’image du chef.  Chacun rêve de “devenir calife à la place du calife”. Et ce ne sont pas quatre années d’un régime parlementaire bancal et avorté qui y auront changé quelque chose.

Les politiciens de 40 ou 50 ans, qui se présentent aux élections gardent en eux vivace la symbolique Bourguibienne du père protecteur, du sauveur au-dessus de la mêlée, affiches géantes à l’appui, symbolique largement répercutée (et exploitée) par Béji Caied Essebsi.

Tout cela demeure agissant dans l’inconscient collectif, ainsi que dans les “rêves secrets” de nos politiciens. En vérité, ils sont pareils à une famille où frères et sœurs se disputent l’héritage d’un patriarche disparu, considérant que chacun y a droit plus que tous les autres.

Il  leur faudra sans doute, bien du  temps, pour “tuer le père”... C’est à ce prix que le réalisme politique l’emportera sur les egos et qu’ils accepteront, face à un enjeu aussi important, d’effacer leurs individualités  pour  soutenir une cause commune.

Mais, au sein de cette cacophonie, des éléments positifs émergent : le premier est la machine à réguler de l’ISIE qui, en vingt-quatre heures, a mis hors jeu 66 dossiers, tandis que 20 étaient jugés incomplets. Ne restait dans la cagnotte qu’un nombre très raisonnable : 11 candidats retenus. Il ne s’agit là que de premières estimations, mais elles illustrent toute l’importance de cette instance des élections dans la maîtrise de l’emballement citoyen.

Autre instance qui semble désormais décidée à en découdre avec les jeux de certains : la HAICA, qui a désormais les mains libres pour obtenir de la banque centrale les transactions financières opérées par radios et télévisions privées, avec ce que pareille “intrusion” suppose comme éclaircissements et justifications, à fournir de la part des messieurs les propriétaires de ces médias.

Voilà qui prouve que la mise en place d’instances indépendantes suffit pour freiner le sentiment d’impunité que certaines chaines privées affichent sans vergogne, se croyant au-dessus des lois et à l’abri des règlements de comptes. Même si certains “bien-pensants” considèrent que la HAICA a dépassé sa date légale d’exercice, l’autorisation qu’elle vient d’obtenir implique qu’elle demeure agissante.

 Nul doute que les prochaines semaines seront riches en rebondissements et en surprises ! Espérons en tout cas que les joutes verbales des candidats, tout comme leurs agissements d’ici le 15 septembre, se maintiendront à un seuil minimum de civisme et ne verseront pas dans la trivialité ou les luttes mafieuses.

Les Tunisiens les observent et désormais, les réseaux sociaux surveillent chacun et chacune et transmettent avec une netteté inégalable les propos officiels ou fuités que ces messieurs-dames échangent en aparté.

Nous attendons une campagne électorale digne, avec programmes à l’appui, et non un combat de coqs et des luttes intestines où toutes les bassesses sont permises.

Il est particulièrement difficile de succéder à une personnalité, tel le défunt Béji Caied Essebsi ! Il faudrait que les candidats gardent cela présent à l’esprit, car le peuple tunisien, lui, s’en souviendra...

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