TUNISIE
08/08/2019 18h:52 CET

Élection présidentielle: Mounir Baatour, premier candidat ouvertement homosexuel, dépose sa candidature

Le président de l'association Shams pour la dépénalisation de l'homosexualité a déposé sa candidature à l'ISIE.

Annoncée depuis plusieurs semaines, Mounir Baatour, co-fondateur de l’association Shams pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie, a déposé, jeudi, sa candidature à l’élection présidentielle anticipée du 15 septembre prochain au siège de l’ISIE.

Avocat de métier, il est le premier candidat ouvertement homosexuel à se présenter à une élection présidentielle dans le monde arabe. 

À la tête du Parti Libéral Tunisien, il assure avoir récolté près de 20.000 parrainages citoyens, nécessaires pour pouvoir se présenter.

 

Son intention de se présenter à l’élection présidentielle avait suscité la curiosité des médias internationaux. Depuis plusieurs semaines, le quarantenaire a droit à des portraits sur le New-York Times, Euronews, Têtu, Reuters...

Affirmant être le candidat qui défendra les libertés individuelles et l’égalité entre les sexes et qui dépénalisera l’homosexualité, il a indiqué à Slate.fr vouloir “mettre chaque candidat devant ses responsabilités sur ces sujets de société”.

Condamné à de la prison en 2013 sur la base de l’article 230 du code pénal, qui criminalise la sodomie, et face à la vague d’arrestation contre les personnes homosexuelles en Tunisie, il décida avec d’autres militants de lancer l’association Shams pour la dépénalisation de l’homosexualité.

Depuis, il est l’une des figure médiatique du combat pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie, montant au créneau pour la défendre la cause LGBT.

Être considéré comme un politicien normal

Dans une interview Passport Magazine, Mounir Baatour a affirmé vouloir être considéré comme un politicien normal, peu importe son orientation sexuelle: “Quand j’ai décidé de me présenter à l’élection présidentielle, je l’ai fait en tant président du Parti Libéral Tunisien, donc en tant qu’homme politique (...) Mais plusieurs articles ont utilisé mon orientation sexuelle pour faire le buzz (...) Ils ont axé sur ma vie personnelle plus que sur mes compétences de politicien. Pour eux, je suis juste un homosexuel qui est candidat à la présidentielle, pas un homme politique” déplore-t-il.

“Si cela avait été n’importe quel autre candidat hétérosexuel, cela n’aurait pas de controverse. Je veux juste que les tunisiens me voient comme un politicien” avait-il poursuivi.

Dans cette interview, Mounir Baatour revient longuement sur son programme en tant que candidat à la présidentielle.

En plus de l’abrogation de l’article 230 du code pénal et de la réforme des lois liberticides, il mise sur la libéralisation de l’économie, la facilitation des procédures administratives pour les investisseurs, l’abrogation de la loi obligeant les étrangers à obtenir l’autorisation du gouverneur pour acquérir un bien immobilier en Tunisie, ou encore le changement de la monnaie actuellement en circulation.

“Cela obligera l’économie informelle à entrer dans le circuit formel. On parle de 50% de l’économie tunisienne” affirme-t-il avant d’ajouter: “L’argent récolté permettra d’augmenter les aides sociales, les pensions aux familles nécessiteuses, les retraites, la pension d’invalidité, les salaires minimums d’au moins 20% et les bourses aux étudiants de 150 dinars”.

“Je ne suis pas candidat à la présidentielle pour appliquer seulement le programme de l’association Shems” dit-il.

Une candidature, loin de faire l’unanimité

La candidature de Mounir Baatour à l’élection présidentielle ne fait cependant pas l’unanimité chez la communauté LGBTQI+. 

En effet, plusieurs associations à l’instar de Mawjoudin, Chouf ou encore Mouja, ont annoncé qu’ils ne soutiendraient pas le candidat à l’élection présidentielle 2019.

“Mr. Baatour ne représente en aucun cas la communauté LGBTQI+ ni notre mouvement en Tunisie. Nous considérons que Mr. Baatour représente, non seulement une menace, mais aussi un énorme danger pour notre communauté” ont indiqué ces associations dans une pétition mise en ligne.

“Nous mesurons l’importance pour notre cause de présenter une candidature d’une personne faisant partie de la communauté LGBTQI+ aux élections présidentielles d’un pays ou l’homosexualité demeure criminalisée. Néanmoins, nous ne soutiendrons jamais une personne sur la base de son orientation sexuelle, son identité où son expression de genre sans se soucier de ses pratiques” dénoncent-ils faisant référence à des plaintes reçues par ces associations sur des comportements inappropriés du président de Shams, dont notamment des abus sexuels sur des personnes “vulnérables”.

Ces accusations jugées diffamatoires ont été démenties par le candidat à la présidentielle, qui affirme qu’aucune plainte n’a été déposée contre lui.

 

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