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14/10/2019 11h:08 CET | Actualisé 14/10/2019 13h:47 CET

Elections présidentielles : Le déni ne mène nulle part!

L’euphorie excessive des supporters des Kais Saied ne fait qu’augmenter le plafond des attentes chez ses électeurs et la déception provoquerait une réaction anarchique qui engendrerait, à son tour, un risque majeur sur la stabilité de l’Etat.

Anadolu Agency via Getty Images

Le 13/10/2019, dernier jour du processus électoral d’une année historique en Tunisie.

L’électorat tunisien était devant un choix exclusif entre deux candidats aux présidentielles non-issus du paysage politique du dernier quinquennat, du moins les partis politiques traditionnels qui incarnent un système sanctionné par le scrutin de l’année 2019.

Le premier candidat s’érige comme l’ultime recours face au risque des intégristes et des islamistes. Pour cela, il essayait de mobiliser l’électorat de la famille progressiste constituée essentiellement des femmes, dont le vote était décisif en 2014, en faveur du premier président démocratiquement élu. Son fonds de commerce était les préoccupations de cet électorat par rapport au model sociétal, sans pour autant présenter un projet alternatif en phase avec les attentes des classes marginalisées ou des besoins des jeunes qui se sentent exclus de la sphère politique et civique.

Nabil Karoui et son parti Qalb Tounes étaient le fruit d’un travail saisonnier, en vue de conquérir le pouvoir, en faisant appel aux valeurs de Nidaa Tounes en 2014. Une dynamique qui s’est forgée sur des intérêts particuliers pour instaurer un faux équilibre politique infondé sans une éventuelle continuité ni une vision future, en s’autoproclamant l’alternative qui pourrait assembler la famille démocrate qui s’est dispersée. Par ailleurs, la formule s’est échappée de Nabil Karoui, lui qui était au cœur de la campagne de Beji Caid Essebsi, paix à son âme.

L’électorat de Karoui, quant à lui, avait peur de perdre ses illusions de ne pas être représentée lors du scrutin, il s’est identifiée à l’image de l’homme d’affaires aisé, branché dont le rôle de sa femme était déterminant au cours de la campagne électorale atypique, en faisant abstraction de ses pratiques suspectes. Les aspects d’identification ne représentaient en aucun cas un projet républicain garant de progressisme ou de lutte pour le modèle sociétale tunisien.

Le candidat était plutôt dans une optique obsessionnelle pour la conquête de la magistrature suprême. Par ailleurs, le clivage identitaire dont Nabil Karoui avait essayé de bénéficier est hors du contexte historique actuel. Tous ceux qui ont essayé d’associer l’image de Kais Saied à celle des intégristes et même du logo du parti islamiste “Ennahdha” sur l’une des chaines télés, ont perdu un degré de crédibilité, parce qu’il s’avère que le corps électoral de ce candidat n’est pas facilement manipulable et qu’il représente une nouvelle donne à méditer. Cet électorat redistribue les cartes avec une force de pouvoir qui réussit à rassembler les idéologies et laisser l’adversaire sans une identité électorale, avec un candidat qui est lui-même qualifié d’ovni politique, avec qui le devenir commun semble inconnu.

Ceci dit, la symbolique des festivités en pleine avenue de Bourguiba, le soir du jour électoral qu’est le 13 octobre2019, est extrêmement expressive. C’est même historique que l’expression de la volonté populaire s’érige en une sorte de révolution à travers le scrutin, et soit appuyée par une mobilisation spontanée, loin de la supercherie partisane. Ceci nourrit la légitimité de l’élu, certes, mais serait éventuellement un facteur d’inclusion des différentes composantes du corps électoral qui peuvent désormais s’identifier en un Chef d’Etat qui provient d’au plus profond de leur réalité. Une large représentativité de citoyens, traduite par un taux de participation qui s’élève à 60% du corps électoral dont 30% n’étaient pas concernés par les élections législatives. On parle aussi d’un taux de participation dans la circonscription d’El Kasserine qui s’élève à 58% ce qui est extrêmement sensé. Ceci pourrait non seulement favoriser le sentiment d’appartenance chez l’électeur, dont son expression a été explicitement transmise, mais aussi diminuer la rancœur et la tension entre les différentes classes sociales qui a commencé à s’installer, suite aux difficultés socio-économiques auxquelles le pays a été confronté pendant le dernier quinquennat.

Comme quoi, le grand le peuple s’est approprié le pays contre la mafia, la corruption et essentiellement contre la classe politique sévèrement sanctionnée. Dans cette optique, tout acharnement contre la volonté du peuple serait, quant à lui, insensé et il ne serait pas judicieux de ridiculiser un peuple qui avait tranché, en toute civilisation: la volonté du peuple est au cœur du processus démocratique, et c’est à lui seul de l’assumer par la suite.

En revanche, l’euphorie excessive des supporters des Kais Saied ne fait qu’augmenter le plafond des attentes chez ses électeurs et la déception provoquerait une réaction anarchique qui engendrerait, à son tour, un risque majeur sur la stabilité de l’Etat.

Le triomphe de la volonté du peuple devra se couronner par un engagement excessif dans la vie politique et civile et un intérêt brillant à la chose publique pour superviser le devenir des promesses électorales. Ceux qui s’inquiètent pour le combat des libertés individuelles et l’égalité en héritage n’ont qu’à reprendre le long processus de réforme, et ceux qui pleurent le devenir de la famille démocrate, n’ont qu’à construire quelque chose de solide qui demeurera debout à jamais.

Mise à jour: Le titre de la contribution a été changé sur demande de l’auteur

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