TUNISIE
12/09/2019 12h:18 CET

Élection présidentielle - Abir Moussi: "Je n’ai jamais eu de programme dictatorial, d’oppression ou d’atteinte aux libertés"

La candidate du Parti Destourien Libre a présenté son programme sur Shems Fm.

La candidate à l’élection présidentielle anticipée du 15 septembre prochain, Abir Moussi, était l’invitée jeudi de la radio Shems Fm pour présenter son programme.

Un changement radical

“J’appelle les Tunisiens à voter pour moi parce que je porte un programme de sauvetage national complet, qui propose un changement radical par rapport à ce qu’il y a aujourd’hui” affirme Abir Moussi expliquant que les Tunisiens ont besoin d’espoir, de nouveau souffle, de nouveaux horizons.

“J’estime que cela se concrétise dans mon programme et dans ma façon de faire de la politique qui se base sur la transparence, le courage de présenter des idées et de les exécuter”.

Pas besoin d’une majorité parlementaire 

“Une grande partie de mon programme nécessité une volonté politique et non une majorité parlementaire” estime la candidate du Parti Destourien Libre.

“Le président de la République a des prérogatives que sont la sécurité nationale, la défense et les relations étrangères et où il fixe les politiques générales. Et quand on parle de sécurité nationale au sens large, cela touche à différents secteurs vitaux comme la sécurité économique, la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, la sécurité éducative, la sécurité sanitaire, la sécurité culturelle” dit-elle affirmant que le déficit de la balance commerciale ou le déséquilibre budgétaire sont des menaces aussi importantes pour l’Etat que la menace sécuritaire.

“Le président de la République met en place les politiques générales dans ces domaines et le gouvernement et l’ARP ne doivent pas en sortir” affirme Moussi ayant une idée précise du rôle du chef du gouvernement: “Le chef du gouvernement a des prérogatives précises: celles d’exécuter. Il ne peut donc pas exécuter une politique autre que la politique générale fixée par le président de la République. La constitution permet aussi au président de présider le Conseil des ministres (...) Dans ce cas, il peut être très proche du gouvernement et orienter par son pouvoir moral, son rang prestigieux”.

“Si en plus de cela, le président a un bloc parlementaire qui représente ses orientations, ce qui sera peut-être mon cas (...) et qui appuie ses initiatives législatives, il y aura alors un retour de la part du gouvernement et du reste de l’ARP”.

Révéler la vérité sur les islamistes

“Quand je serai présidente de la République, je révélerai les dossiers brûlants dans lesquels sont impliqués les islamistes: J’ouvrirai le dossier des jeunes envoyés dans les zones de conflits, celui sur les relations entre eux et les personnalités et organisations terroristes, celui sur les assassinats politiques, celui sur l’appareil secret (...) Et là le peuple tunisien saura qui est responsable de la prolifération du terrorisme” explique Abir Moussi, affirmant que ce sera parmi ses priorités à son arrivée à Carthage.

Quelle politique étrangère?

“Le président n’est pas une image au Palais de Carthage (...) il doit rendre l’espoir aux gens en utilisant sa politique étrangère au profit de l’économie. Que manque-t-il aux Tunisien? La création d’emplois, la création de richesses, les investissements” analyse-t-elle.

“Il y a des investissements étrangers qui n’arrivent plus, il y a de grands projets qui sont à l’arrêt, il y a du lobbying à l’étranger pour enlever la Tunisie des listes noires qui n’est pas fait (...) En enlevant ces points négatifs et en mettant une stratégie sécuritaire pour faire de la lutte contre le terrorisme, l’image de la Tunisie sera meilleure à l’internationale. Et avec une meilleure image (...) on peut négocier dans une meilleure position les accords économiques, ramener les grands projets et les investissements, ce qui se répercutera sur le quotidien des Tunisiens”.

Une personnalité clivante aux déclarations chocs

Interrogée sur ses déclarations chocs contre certains pays à l’instar du Qatar ou de la Turquie, Abir Moussi estime qu’elles ont été faites “dans le cadre du respect de la politique étrangère tunisienne et qui se base sur le respect de la légalité internationale et la non ingérence dans les affaires étrangères des Etats”.

“La Tunisie est aujourd’hui entré dans la guerre des clans, dans des dossiers qui ne la concernent pas, dans les affaires intérieures de certains pays (...) notamment dans le dossier syrien. La politique étrangère que je propose permettra de rendre la Tunisie ‘amie du monde’ à travers une politique étrangère équilibrée, qui ne rentre pas dans les affaires intérieures des autres pays, et qui à travers cela développera ses relations économiques, culturelles, politiques et sécuritaires dans l’intérêt du pays et pas en mettant le pays dans des situations que nous aurions dû éviter” poursuit-elle.

Pour la candidate du Parti Destourien Libre, “il y a aujourd’hui en Tunisie, une organisation politique qui ne répond pas aux critères fixés par la loi sur les partis politiques et qui ne répond pas aux critères de l’Etat civil qui met en place la séparation entre le politique et le religieux” dit-elle en référence au parti Ennahdha.

“Cette organisation a obtenu son visa dans des conditions où l’Etat était en déliquescence, début mars 2011. Elle ne s’est pas remise en cause, elle n’a pas encore annoncé sa séparation du mouvement international des Frères musulmans et ses relations sont encore, à ce jour, bonnes avec Youssef El Qaradhawi. Celui-ci n’a pu avoir de bureau en Tunisie depuis lequel il a appelé à tuer et égorger les civils que sous leur règne” a déploré la candidate affirmant qu’elle appliquera la loi contre “ceux qui ont planifié, appliqué, participé, facilité les assassinats politiques, les différentes attaques”.

“Je n’arrive pas à comprendre pourquoi que dans je dis qu’il faut appliquer la loi, tout le monde y voit une déclaration de guerre (...) C’est une bataille entre l’Etat tunisien civil, libre et indépendant et ceux qui proposent un projet Daechien dans un avenir proche. Ils ne se sont pas encore séparé de leur projet” estime-t-elle.

“Il faut dire les choses comme elles sont (...) Toute personne impliquée dans les menaces contre la sécurité nationale doit être sanctionnée par la loi dans le cadre d’un procès équitable”

La préservation de la sécurité nationale

Parmi ses priorités lors de ces premiers jours au Palais de Carthage, si elle était élue, Abir Moussi promet de “nettoyer nos montagnes des terroristes, de démanteler les organisations terroristes et de démanteler les cellules dormantes terroristes présentes dans les villes”.

Pour y arriver, elle affirme qu’elle mettra en place une stratégie de sécurité nationale et qui concernera “la façon de déployer nos forces militaires sécuritaire, la présence au niveau régional de structures pour coordonner les actions au niveau du littoral, du désert et des montagnes pour mettre en place une stratégie anticipative ainsi que la réanimation des services de renseignement”.

“Je propose dans mon programme que l’agence nationale du renseignement qui est sous la tutelle du chef du gouvernement -ce qui est une aberration puisque la sécurité nationale et la défense font partie des prérogatives du président- passe sous la tutelle de la présidence de la République et qu’on lui donne de larges prérogatives pour une plus grande efficacité” dit-elle.

“Si l’agence nationale du renseignement et le conseil de sécurité national siègent ensemble et mettent en place une stratégie tactique et technique pour lutter contre le terrorisme (...) avec l’appui de la volonté politique que je leur accorderai en leur fournissant, à travers nos accords de partenariats, une aide matérielle et logistique (...) cela sera visible et ressenti par les Tunisiens”.

Les libertés individuelles

“Mon slogan électoral est: ‘une démocratie responsable, des libertés garanties’. Cela veut dire que je ne reviendrai pas sur les libertés et ne toucherai pas aux bases du régime démocratique” déclare la candidate qui dit souhaiter enraciner le régime démocratique en Tunisie, “mais un régime démocratique responsable, c’est-à-dire, qui réalise un développement global, pas celle du chaos qui a détruit les piliers de l’Etat, l’administration, l’économie, et la vie en société”.

“Je n’ai jamais eu de programme dictatorial, d’oppression ou d’atteinte aux libertés. Au contraire, je veux que les Tunisiens soit surs de deux choses: Ils auront les libertés politique, civile, et leurs droits à la liberté d’expression, d’organisation, de la presse...mais aussi leurs droits économiques et sociaux, c’est-à-dire, qu’ils pourront se soigner, faire que leurs enfants aillent à l’école, avoir une infrastructure digne d’eux, avoir une administration efficace et rapide, et vivre dans un Etat auquel ils sont fier d’appartenir”.

Contre la légalisation de l’homosexualité

“Concernant la liberté sexuelle, tant qu’on ne touche pas à la liberté d’autrui, chacun est libre” indique la candidat.

Interrogée sur la légalisation de l’homosexualité, sa réponse est claire: “Non! (...) Nous ne changerons pas le principe de criminalisation mais en même temps nous refuserons que l’intégrité physique de ces personnes soient violées”.

“Pour moi, les tests anaux ne peuvent avoir lieu sans une autorisation judiciaire et dans le cadre d’un dossier judiciaire. Arrêter quelqu’un dans la rue et le faire passer par un test anal, cela n’existera plus. Que l’on s’attaque à la vie privée des gens en pénétrant leurs domiciles parce que l’on se doute de quelque chose, cela n’existera plus” affirme-t-elle.

Pour elle, la légalisation de l’homosexualité pourrait avoir des conséquences sur la structure familiale: “Elle aura pour conséquence de toucher à la structure familiale tunisienne, il y aura ensuite des demandes pour légaliser le mariage homosexuel (...) ce qui touchera le noyau de la famille mis en place par le code du statut personnel”. 

Le projet de loi de l’égalité dans l’héritage? “Une arnaque”

“Je ne suis pas pour le projet qui a été proposé pour l’égalité dans l’héritage (...) Je suis celle qui défend le plus les droits des femmes” estime Abir Moussi.

“On veut exploiter leur droits et obtenir des gains électoraux à travers la loi sur l’égalité dans l’héritage (...) Il faut se demander pourquoi ceux qui sont au pouvoir ne l’ont pas voté? Les partis au pouvoir ne l’ont pas fait et ils viennent maintenant me critiquer sur ça pour que les femmes ne votent pas pour moi. (...) Excepté les 68 députés des frères musulmans, tous les autres se disent modernistes, non? Alors pourquoi ne l’ont-ils pas discuté? Parce qu’il s’agit seulement d’une annonce électoraliste” a-t-elle fustigé.

“Le projet de loi en question ne contient pas l’égalité. Pourquoi c’est une arnaque? Parce qu’il laisse le choix au père d’aller à un huissier notaire pour dire qu’il ne veut pas que sa fille hérite d’une part égale que son fils. La fille ne sera pas au courant du vivant de son père, elle ne le saura qu’après sa mort. Regardez les crises familiales et sociales que cela va créer et regardez l’arnaque que vont subir les femmes” décrit-elle n’excluant pas d’ouvrir un dialogue sur cette question.

 

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