MAROC
15/05/2018 21h:28 CET | Actualisé 16/05/2018 11h:04 CET

El Othmani peu convaincant face aux critiques des conseillers

Formulées majoritairement par l'opposition, les critiques émanaient aussi du PJD.

FADEL SENNA via Getty Images

PARLEMENT - Il n’a pas été épargné. À la Chambre des conseillers, le chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani a essuyé des critiques parfois acerbes, émanant en majorité des partis de l’opposition, lors de la séance mensuelle consacrée à la politique publique, ce mardi 15 mai. Le sujet de la protection du consommateur a remis la campagne du boycott de certains produits au centre du débat et soulevé une tempête autour des réactions contestées des ministres.

Le groupe du parti de l’Istiqlal n’a pas hésité à revendiquer “la démission du gouvernement”, estimant que ce dernier ne réagit pas à la hausse des prix des produits de consommation donnant l’impression d’être dans “un sommeil profond”. “Nous ne voulons pas d’un gouvernement de pompiers”, a lancé le président du groupe Abdeslam Lebbar.    

“Les étourdis, ce sont vous, membres du gouvernement!”, a fustigé, de son côté, le conseiller du groupe PAM Ahmed Ahmidi, faisant allusion à l’expression utilisée par le ministre des Finances, Mohamed Boussaid ayant qualifié d’”étourdis” les personnes ayant adhérant à la campagne de boycott. Le PAM a également accusé le gouvernement de mutisme face à une libéralisation des prix du carburant qui ne bénéficie pas aux consommateurs. 

Un avis partagé par Abdelilah Hallouti, président du groupe PJD, pourtant parti du chef du gouvernement. Abdelilah Hallouti s’est insurgé contre “le monopole” qu’exercent les sociétés sur le prix du carburant. “Les différences entre elles sont à peine de 20 centimes, comme si elles s’accordaient sur cela et cette situation est dangereuse à l’égard des droits du consommateur”, a-t-il affirmé, précisant que le citoyen face à la logique de l’offre et de la demande a bien le droit de dire son mot. 

Quant à la présidente du groupe de la Confédération démocratique du travail (CDT), Touria Lahrech, le gouvernement El Othmani souffre d’une “schizophrénie” et n’arrive toujours pas à situer son rôle vis-à-vis des citoyens. “Vous pratiquez la libéralisation sauvage”, a-t-elle lancé estimant que le gouvernement ne ménage pas les citoyens “en les insultant”. 

“Qu’est-ce que je vais dire?”, s’interroge à haute voix le chef du gouvernement, appelé à réagir à ces critiques. Pour lui, le gouvernement a toujours été présent pour et par les citoyens. “En ce mois de Ramadan, nous voulons être miséricordieux les uns envers les autres!”, s’est-il exclamé comme pour apaiser la tension qui s’est emparée des esprits. 

El Othmani a souligné que les critiques des citoyens sont entendues et qu’elles ne laissent pas le gouvernement insensible. Une prise de conscience qu’il a tenu à défendre en présentant aux conseillers des preuves concrètes. “Nous savons que le pouvoir d’achat nécessite un appui. Nous l’avons prévu”, a-t-il annoncé, rappelant les efforts de son équipe notamment l’augmentation les salaires de 1% et les allocations familiales à 100 dirhams. “Nous avons aussi baissé les prix de 200 médicaments, cette année”, a-t-il tenu à préciser. 

Le chef du gouvernement a par ailleurs annoncé avoir constitué un groupe de travail qui devra se pencher sur les prix des produits de grande consommation. Une étude devra aussi concerner les prix du carburant. El Othmani reconnaît que “la libéralisation des prix des hydrocarbures, il y a trois ans, a soulevé des problèmes”. Et pour résoudre ceux-ci, le gouvernement sera appelé à trouver des équations en faveur du consommateur et dans le respect des engagements pris vis-à-vis des sociétés d’hydrocarbure. Il pourrait notamment s’agir d’un plafond. 

Quant aux personnes les plus nécessiteuses, El Othmani réitère la promesse de son gouvernement de leur octroyer une aide. Mais pour cela, il faudra d’abord procéder à la réforme du régime d’assistance social en entier et mettre en place le registre social unifié qui permettra de cibler les bénéficiaires.