MAROC
02/11/2018 12h:28 CET

El Othmani défend "la bonne foi" de son équipe dans une émission spéciale

"Pas de gouvernement dans le gouvernement"

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INTERVIEW - Il s’est prêté au jeu, sourire aux lèvres. Invité d’une émission spéciale diffusée en direct  à partir de son domicile par Al Aoula et Medi1 TV, hier soir de 21h30 à 23h, le chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani n’avait pas de scoop à offrir aux trois journalistes venus évaluer le bilan de son gouvernement: Meriem El Oufir, de la première chaîne nationale, Youssef Belhaissi de Medi1 TV et Younes Dafkir, rédacteur en chef du quotidien arabophone Al Ahdath Al Maghribia.

Mais si les trois n’ont pas réussi à extirper une nouveauté d’un Othmani prudent et fidèle à lui même, ils l’ont amené à donner des précisions sur différentes questions d’actualité à commencer par cette récente décision du gouvernement d’adopter le GMT+ 1. “Oui, nous ne nous y sommes pas bien préparés”, avoue l’interviewé insistant toutefois sur “la nécessité vitale” de prendre cette décision. “Plusieurs parties marocaines ont critiqué le changement d’heure 4 fois par an... Nous avons agit pour garantir au citoyen l’accès à l’électricité”, souligne-t-il. 

GMT+1 = Urgence

À quelques jours du passage du Maroc au GMT, cette décision prise dans l’urgence a “pris du retard”, reconnait le chef du gouvernement pour qui “nous aurions dû agir plus tôt pour éviter cette agitation aux citoyens”. Mais cafouillage ou pas, la légitimité de cette décision se trouve, pour El Othmani, dans “l’étude approfondie” ayant démontré que “la majorité des Marocains souhaitait qu’il n’y ait plus de changement d’heure”. Une étude qu’il promet de publier sans fixer de délai et en précisant que plusieurs parties y ont contribué, surtout l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). 

Souci de garantir la sécurité énergétique, c’est avec cet argument que le chef du gouvernement a tenu à légitimer “une décision impopulaire” qui a imposé des mesures urgentes pour l’accompagner notamment au niveau de l’éducation nationale. “Nous essayons de résoudre les problèmes”, promet-il, précisant qu’un retrait de cette décision ne peut se faire “sans garantie d’approvisionnement en énergie”. Et de chercher à généraliser ce débat en précisant que “l’Europe s’y prête en ce moment”. 

Autre question d’actualité: dialogue social. Sur ce volet, le chef du gouvernement effleure le sujet sans répondre aux questions. Il se contente d’annoncer que les négociations reprennent ce vendredi et que le gouvernement espère arriver à un accord. “Là dessus, je n’ai pas de scoop!”, répond-il aux journalistes qui insistaient pour connaitre l’offre du gouvernement. “Oui, il y aura une nouvelle offre. Nous sommes six à mener ces négociations: gouvernement, CGEM et 4 centrales syndicales. C’est compliqué à gérer, mais nous espérons arriver à un compromis”, dit-il. Et de rappeler que les gouvernement précédents ont pris beaucoup plus de temps. “Nous ferons ce que nous pouvons pour faire réussir le dialogue social (...) Nous sommes de bonne foi!”, promet-t-il. 

Social = Record emploi 

“De bonne foi”, le chef du gouvernement annonce le maintien de l’augmentation des allocations familiales dès 2019 “avec ou sans syndicats”. Et d’ajouter que le dialogue social implique une législation qui rentre dans le cadre de la gestion de la question. Quant à la réforme du régime de retraite, El Othmani se contente de déclarer que son gouvernement procède à une réforme généralisée dont l’étude est confiée à une commission.

Au volet social, l’homme rappelle que le Projet de loi de finances 2019 a prévu des mesures exceptionnelles et que que son gouvernement fait une priorité de l’emploi, de la lutte contre l’abandon scolaire et de l’aide en faveur des catégories sociales vivant dans le précarité. En chiffres, il estime que son gouvernement a battu un record en créant plus de 40.000 emplois dans la fonction publique. “C’est la première fois qu’un gouvernement réussit un tel score en si peu de temps”, se félicite-t-il. Et d’affirmer que des améliorations ont été concrétisées: “Nous avons réussi à réduire la surpopulation dans les classes et à élargir le programme ‘Tayssir’ contre l’abandon scolaire désormais généralisé à toutes les zones dan le milieu urbain et rural”. 

Mais dans l’éducation, il y a aussi le point noir du corps enseignant: des contractuels en colère. “Ils ont un statut et un contrat CDI”, indique El Othmani pour qui “protester reste un droit” mais injustifié dans ce cas. “Leur stabilité, personne n’y touchera”, promet-il, précisant que les concours qui leur sont destinés relèvent des académies régionales. Quant à leur manque de formation pédagogique, El Othmani affirme n’avoir pas de choix pour combler un besoin immédiat en ressources humaines. 

Sur le débat autour de la gratuité de l’enseignement, le chef du gouvernement ne veut pas de polémique autour d’une question qui, pour lui, relève d’une garantie.

Majorité = Équilibre 

Des chantiers de réforme, le chef du gouvernement en a à tous les niveaux et annonce que l’un des premiers sera la mise en oeuvre de la décentralisation à laquelle “17 discours du roi ont appelé”. Mais pour remplir sa mission, le gouvernement doit être doté d’une majorité cohérente. Or, c’est tout le contraire qu’expriment les partis qui la forment et qui se rejettent des accusations à chaque occasion. “Il n’y a pas de gouvernement dans le gouvernement et aucun ministre ne dépasse son statut de ministre”, tient à souligner El Othmani, affirmant qu’il lui arrive d’arbitrer 15 à 20 fois par semaine pour régler des problèmes entre ministères et membres du gouvernement. “Cela n’impacte aucunement l’activité du gouvernement” dont  la majorité représente, pour lui, “une cohésion raisonnable”. En équilibriste, l’homme estime que son gouvernement a “la volonté d’aller de l’avant” et de garder “un esprit pragmatique”.