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11/04/2018 12h:52 CET | Actualisé 11/04/2018 12h:52 CET

Égypte: L'élection présidentielle et la consolidation du pouvoir de Sissi

Il est indéniable que l’élection a renforcé la confiance de Sissi et semble marquer la consolidation de son pouvoir personnel

ALEXANDER ZEMLIANICHENKO via Getty Images

Les évènements qui se sont déroulés en Égypte, pendant la campagne présidentielle, révèlent la fragilité du régime de Abdel Fatah al-Sissi. Tout d’abord, les candidats de l’opposition n’ont pas eu l’autorisation de participer aux élections et, quelques semaines avant le vote, Sissi a remanié le personnel qui été à la tête de l’appareil sécuritaire et de l’armée. Le gouvernement a été, en plus, contraint d’utiliser la carotte ou le bâton pour pousser les égyptiens à voter et, par la suite, à bourrer les urnes. Mais en dépit de cela, la participation a été nettement en deçà de celle enregistrée en 2014.

Cependant, ces faits ne doivent pas voiler le résultat le plus important des élections, c’est-à-dire la consolidation du pouvoir du Président Sissi. Cette consolidation lui a permis d’affirmer qu’il écrasera toute dissidence; et cela est aussi évident par le fait d’avoir remplacé l’ancien chef des renseignements par Abbas Kamal, un de ses proches. En outre, la consolidation du pouvoir a aussi démontré qu’à travers l’État profond, le régime peut faire appel à la bureaucratie afin de “chasser” les votants et de dissuader les gens d’une apparente campagne de boycott. Enfin, ces élections, loin d’être libres et justes, n’ont pas ému outre mesure à l’international, comme le démontre le fait que les leaders internationaux comme Trump, Poutine, Merkel, Macron ou May, aient félicité Sissi lors de sa réélection.

En outre, à la suite des élections, la consolidation du pouvoir a été confirmée aussi par des initiatives politiques. Des ballons d’essais ont été lancés pour préparer l’Égypte du passage d’un “Sissi Président” à un “Sissi dictateur à vie”. Cela se traduit par exemple par la suppression de limites au nombre de mandats présidentiels, la création d’un parti unique sous la leadership du Président, et un amendement constitutionnel qui permettrait au Président, et non plus à l’armée, de nommer le ministre de la Défense.

Ces ballons d’essais ont été accompagnés par de gains réels du pouvoir présidentiel, géré généralement par les services d’intelligence militaire. Ainsi, par exemple, la “Falcon Security”, une compagnie privée crée sous la tutelle des services secrets afin de prolonger le contrôle direct militaire et présidentiel des universités et dans d’autre lieux sensibles, a institué la “Tawasul pour les relations publiques” qui, à son tour, a pris le contrôle des médias privées les plus influents du pays. Quelques jours après la proclamation du résultat de l’élection, le régime a annoncé que la gestion des stations de télévision et de radio appartenant au gouvernement serait révisée, suggérant une ultérieure intrusion des militaires dans ce domaine civil.

De plus, la glorification de Sissi, qui a commencé pendant la campagne présidentielle avec une emphase sur le rôle indispensable du régime dans l’opération contre le terrorisme “Sinai 2018” et la reprise économique, a continué. Le nombre de terroristes arrêtés devrait continuer à augmenter, tandis que des indicateurs économiques positifs, allant des réserves de devises étrangères aux taux d’inflation et de chômage, sont offerts pour attester de la sagesse de la direction de Sissi et que les sacrifices qu’il a demandé à la nation sont en train de donner leurs fruits.

Les succès en matière de politique étrangère sont également proclamés et témoignent également de l’émergence d’un nouveau Président, encore plus puissant et enraciné. La relation vitale, voire parfois instable, avec l’Arabie Saoudite a été décrite comme plus forte que jamais par la conclusion d’un accord avec le prince héritier Muhammad bin Salman selon lequel la nouvelle mégapole saoudienne, NEOM, inclurait 10 milliards de dollars d’investissements en Égypte. La montée du statut et du pouvoir de l’armée nationale libyenne de Khalifa Heftar, fortement soutenue par Sissi, combinée par l’affaiblissement apparent du gouvernement éthiopien, dont “le grand barrage de la Renaissance éthiopienne” menace la part de l’Égypte dans les eaux du Nil, est également interprétée par Le Caire comme une preuve de la capacité politique de Sissi dans la région. Le fait que, l’an dernier, l’Égypte ait été le troisième plus grand acheteur d’armes sur les marchés internationaux est présenté comme une évidence, non pas de la débauche économique, mais de l’approbation globale de Sissi et de l’Égypte.

Une grande partie de l’éloge domestique post-électorale de Sissi est excessive et peut-être même contre-productive avec l’opinion publique. Néanmoins, il est indéniable que l’élection a renforcé la confiance de Sissi et semble marquer la consolidation de son pouvoir personnel, bien qu’il soit dictatoriale plutôt que véritablement électorale.

Article rédigé par Robert Springborg pour Menara - Middle East and North Africa Regional Architecture: Mapping geopolitical shifts, regional order and domestic transformations vise à éclaircir les dynamiques historiques, politiques, économiques et sociales qui sont entrain d’affecter le Moyen Orient et l’Afrique du Nord. En outre, le projet trace les scénarios potentiels, reliés aux transformations régionales, dans le moyen (2025) et le long (2050) terme, et identifie les élements de continuité et de rupture avec le passé. Pour avoir plus d’informations sur MENARA: http://www.menaraproject.eu

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