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20/02/2019 17h:14 CET | Actualisé 20/02/2019 17h:14 CET

Égalité et parité? Euphémisme, si pas d'ODD!

triloks via Getty Images

La nomination de mes deux consoeurs Tunisiennes Ouided Bouchamaoui et Bochra Bel Haj Hamida au Conseil Consultatif pour l’égalité homme-femme du G7 est certes un grand hommage et une reconnaissance des progrès effectués sur la question genre dans mon pays d’origine la Tunisie et je prends la mesure du geste diplomatique qu’a voulu faire le Président Macron à l’égard des femmes du Nord mais surtout celles du Sud dont les tunisiennes qui n’ont jamais démérité dans le combat. Néanmoins je reste une blasée des discours politiques et de ces grandes réunions qui encensent bien souvent, caressent des espoirs fous, et même si de jure, l’exemple tunisien reste malheureusement unique en Afrique et dans certaines parties du Monde, les femmes peinent encore sur le terrain!

Car le politique est bien souvent loin des réalités sociales que vivent les “femmes lambdas” au quotidien. Car assurément, c’est un combat de tous les jours que de plaider pour la promotion de l’égalité des droits et des chances entre les hommes et les femmes en Afrique et dans le monde. Pourtant, c’était le thème en 2016 de la Journée: “Planète 50-50 d’ici 2030: franchissons le pas pour l’égalité des sexes”. Les Nations-Unies imaginaient un monde en 2030 où toutes les femmes disposeraient d’opportunités et de droits équivalents à ceux des hommes. Pour atteindre cet ambitieux objectif, il était demandé aux gouvernements de prendre des engagements nationaux destinés à combler les inégalités entre les sexes, notamment en prenant des mesures législatives, en élaborant des politiques ad hoc et surtout en investissant massivement.

Mais si nous devions faire un bilan, que retenir?

Les ODD (objectifs du développement durable) ne sont pas prêts d’être atteints; l’égalité des sexes n’est toujours pas mise en pratique bien que votée par de très nombreux pays. L’Agenda 2030 pour le développement durable récemment adopté aux Nations Unies était une victoire pour les défenseurs de l’égalité des sexes. Avec le Programme d’action d’Addis-Abeba (sur le financement du développement), l’Agenda 2030 positionnait l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes comme un des moteurs essentiels et incontournables du développement durable. Malheureusement, le constat est que la majorité des personnes vivant dans la pauvreté sont des femmes. Elles ont peu de ressources et, de ce fait, ne peuvent décider de leur destin. Elles sont les catégories vulnérables du nouveau millénaire comme elles l’étaient déjà hier. L’objectif est de réaliser l’égalité des sexes et d’autonomiser toutes les femmes et les filles et de surmonter les nombreux obstacles à l’inégalité persistante. Malgré quelques progrès accomplis ces dernières décennies pour promouvoir l’égalité des sexes, notamment par des accords historiques tels que la Déclaration et le Programme d’action de Beijing de 1995 et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), largement ratifiée y compris en Afrique, le constat est quelque peu décourageant.

Cassons les mentalités passéistes, l’hypocrisie sociale des politiques et la persistance des coutumes en Afrique

Les droits des femmes et leur autonomisation en Afrique sont un euphémisme dans la plupart des pays. Ces lenteurs viennent de la persistance des normes discriminatoires et des lois coutumières. Les nouvelles lois adoptées ne font aucun poids face à la pratique et la tradition l’emporte sur les changements législatifs. Rien ne change, ni les mentalités ni les volontés politiques, ni les sociétés.

L’écart de rémunération entre les sexes est universel; globalement, les femmes sont payées 24% de moins que les hommes; et elles font deux fois plus de tâches non rémunérées et de travail domestique que les hommes. De plus elles continuent d’être regroupées dans des types de travail vulnérables et informels (CDD, travail au noir…).

Un nécessaire leadership féminin doit se construire durablement en toute visibilité

Même si les femmes ont souvent contribué à des mouvements de paix et guidé le relèvement communautaire après un conflit, elles sont presque complètement absentes des négociations de paix. Entre 1990 et 2010, seulement 11% des accords de paix ont mentionné les femmes ou les questions de genre. Elles continuent d’être exclues de la prise de décision à tous les niveaux. Au rythme actuel, il faudra 50 ans avant de voir la représentation égale des femmes et des hommes en politique. À ce jour, seuls 19 pays ont des femmes à la tête de l’État ou du gouvernement, seulement 17% des ministres et 22% de tous les parlementaires nationaux sont des femmes. Pourtant, dans les pays où les femmes sont reconnues en tant que leaders politiques, une plus grande attention est accordée à des questions comme la santé, l’éducation, les infrastructures, la violence sexuelle et la qualité de vie. Dans le secteur privé, les femmes chefs d’entreprise au sein de la direction des sociétés Fortune 500 ne sont que 22 soit mois de 5%. Et pourtant les études montrent que plus de femmes dans les conseils d’administration et dans l’entreprise génèrent plus de profits.

Qu’est-ce que représentent, concrètement, les ODD pour l’égalité des genres?

Cela signifierait que les dirigeants mondiaux vont devoir réellement s’engager à inclure les catégories marginalisées c’est-à-dire les femmes et les filles. Faire de cet objectif une réalité nécessite beaucoup: des cadres politiques déterminés, la mobilisation de budgets et ressources pour traduire les politiques en acquis concrets et de solides organisations pour surveiller les politiques de droits des femmes, leur mise en œuvre et le niveau d’atteinte des résultats. Si dans les pays développés, les conditions de base essentielles à l’affirmation de l’égalité des droits ont été franchies, il n’en est pas de même en Afrique et le constat est que la condition de la femme est en contradiction évidente avec les engagements internationaux souscrits par leurs États.

Une volonté politique pas uniquement dans les textes et les réunions ultra médiatisées

Plus que des difficultés d’ordre économique, il y a surtout également un manque de volonté politique pour faire évoluer le statut et la condition de la femme sur les plans juridique, politique, socio économique et culturel. Aujourd’hui, il faut constituer un suivi normalisé et indépendant pour mesurer l’avancement. C’est uniquement ainsi, que nous pourrons faire pression et peut être atteindre les objectifs. Il faut rappeler aux gouvernants leur responsabilité.

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