TUNISIE
08/03/2019 17h:48 CET | Actualisé 08/03/2019 17h:49 CET

Égalité dans l'héritage: Yosra Frawes évoque l'obstacle de "l'alliance sacrée de l'argent, de la religion et de la politique"

La militante accuse Ennahdha de porter les dogmes des Frères musulmans sur le sol tunisien.

Facebook/atfd

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, fêtée le 8 mars, l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD), en partenariat avec la Coalition nationale pour l’égalité en héritage, a choisi de célébrer la femme en appelant à garantir son droit à l’égalité dans l’héritage. 

Dans ce cadre, un tribunal fictif a été mis en place pour donner la parole aux femmes victimes de discriminations. Des militantes venues du Sénégal, du Mali, du Maroc ou encore de la Palestine ont été appelées à la barre pour témoigner, elles aussi, de ce qu’elles endurent comme exclusion et inégalités. 

Portée par l’élan du féminisme universaliste, la présidente de l’ATFD a commencé son discours en saluant le combat de toutes les femmes du monde  dans les luttes politiques et économiques de leur pays.

Ces luttes font face à “la mondialisation de la pauvreté, de la discrimination et de la violence” et elles tendent à briser “l’alliance sacrée entre l’argent, la religion et la politique”, dit-elle. 

Yosra Frawes vante “la solidarité féminine universelle contre l’idéologie patriarcale”. 

En évoquant le cas spécifique de la Tunisie, la présidente de l’ATFD a souligné que l’égalité dans l’héritage est une revendication féministe qui date de plus de 20 ans. “L’égalité, avant qu’elle soit une obligation politique et constitutionnelle, est un droit pour les femmes”, lance-t-elle, en rappelant le combat mené depuis la publication du rapport de la Commission pour les libertés individuelles et l’égalité (COLIBE) pour la concrétiser dans les textes de loi. 

En effet, la Colibe a émis deux propositions concernant l’égalité dans l’héritage. La première proposition recommande clairement de mettre fin à l’inégalité dans l’héritage, la deuxième instaure l’égalité par défaut, tout en permettant à ceux qui sont attachés à l’inégalité de faire exception à la règle. 

Actuellement, le projet de loi porté par la présidence de la République sur l’égalité dans l’héritage retenant la deuxième proposition de la Colibe, est en cours d’examen en commission à l’ARP. 

Yosra Frawes évoque les oppositions à ce projet de loi venant du pouvoir en place mais aussi de l’opposition en accusant ces derniers de surfer sur les croyances rétrogrades et figées d’une partie de la population pour des raisons purement électorales à l’approche des élections.

Les opposants à l’égalité dans l’héritage s’abritent derrière des considérations identitaires en omettant le calvaire des femmes, dénonce Frawes, en expliquant que 85% des travailleurs agricoles sont des femmes, 16% seulement d’entre elles possèdent des terres.  

La présidente de l’ATFD a ciblé le mouvement Ennahdha et son dirigeant Ali Laaraydh qui a agité la menace terroriste en cas de l’adoption de l’égalité dans l’héritage. Frawes rétorque en soulignant que la véritable menace islamiste vient des écoles d’endoctrinement religieux comme celles de Regueb. La militante a également accusé Ennahdha de porter les dogmes des Frères musulmans sur le sol tunisien. 

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