23/09/2018 12h:17 CET | Actualisé 23/09/2018 12h:31 CET

Inégalités, éducation, corruption... Les recommandations du CESE pour rétablir la confiance des citoyens

Dans un contexte où les citoyens expriment “davantage leur insatisfaction, leurs besoins et leurs attentes”

LeoPatrizi via Getty Images

CESE - Crise de confiance chez les citoyens marocains. Et les raisons ne manquent pas, à en croire le rapport annuel 2017 du Conseil économique social environnemental (CESE), rendu public ce samedi. Le Conseil présidé par Nizar Baraka pointe notamment du doigt les failles au regard de la situation sociale du royaume et une fracture sociale de moins en moins tolérée. 

Ainsi, “les mouvements sociaux enregistrés durant la période récente ont montré que la pauvreté, le chômage des jeunes, l’exclusion et les inégalités sont de plus en plus vécus comme des injustices par la population”, interpelle le CESE. “Aujourd’hui, la question des inégalités au Maroc représente plus que jamais un défi de taille eu égard aux changements majeurs observés récemment au niveau de la société. En effet, l’intolérance par rapport aux inégalités devient de plus en plus élevée”, poursuit le rapport, qui souligne que les citoyens sont “plus conscients de leurs droits” et expriment “davantage leur insatisfaction, leurs besoins et leurs attentes”.

C’est dans ce contexte marqué par une aggravation des inégalités qui “affecte la cohésion sociale du pays”, que le CESE a consacré le focus de ce rapport annuel aux “inégalités sociales et territoriales”. Le Conseil propose dans ce sens un certain nombre de pistes d’action prioritaires, et notamment de mettre l’accent sur la gouvernance. Pour “rétablir la confiance des citoyens dans la capacité des institutions et des politiques publiques d’améliorer leurs conditions de vie, de faire valoir la méritocratie et de réduire le poids des inégalités”, le CESE recommande notamment de concentrer “les efforts sur le renforcement de la lutte contre la corruption et la généralisation de la reddition des comptes, sur la sanction des pratiques anticoncurrentielles et des privilèges et sur la réduction des délais entre l’adoption des lois et la publication des textes d’application”.

De la même manière, le CESE s’inquiète des inégalités d’accès aux opportunités d’affaires et d’investissement et à certains marchés et secteurs, représentant des barrières à l’entrée pour les petites et moyennes entreprises, tout comme pour les jeunes entrepreneurs. Sur les bancs des accusés, le retard de mise en œuvre du cadre réglementaire de la concurrence, la persistance du phénomène de la corruption dans la société ou encore la faiblesse de l’efficacité de l’administration publique, aboutissant à une “persistance des rentes de situation, des positions dominantes sur le marché, des privilèges, des passe-droits et des autres aspects anticoncurrentiels qui pénalisent une large frange d’entrepreneurs et de porteurs de projets”.

“Remettre en marche l’ascenseur social à travers la réhabilitation de l’école publique assurant une éducation de qualité et accessible à tous”, est l’une des autres recommandations du Conseil. Il faut dire que ce dernier souligne dans une synthèse de ce rapport “une perte de confiance des citoyens dans la capacité à évoluer socialement à travers l’école”, indiquant que “le développement des effectifs au sein de l’enseignement privé pose la question de la mixité sociale et interpelle sur la fracture sociale que peut engendrer un système d’enseignement à plusieurs vitesses et peut constituer une menace pour la cohésion sociale”. 

La confiance des citoyens marocains n’est pas non plus au beau fixe en matière de sécurité. À ce chapitre, rappelant que 541.140 arrestations liées à des affaires criminelles ont été enregistrées et présentées devant le parquet en 2017, le CESE attire l’attention des autorités sur l’impact de ces délits “sur le sentiment de sécurité chez le citoyen souvent relayés et amplifiés par les réseaux sociaux”. Une situation qui, selon le CESE, nécessite notamment la poursuite des efforts déployés en matière de communication afin d’empêcher la propagation d’informations erronées liées à la criminalité.