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13/11/2018 11h:34 CET | Actualisé 13/11/2018 15h:53 CET

ÉDITO- L'utilisation de cette photo et de ce mot vous ont choqués, voici pourquoi nous les avons choisis

"Lorsque l’horreur est là sous nos yeux, deux choix s’offrent à nous: s’épargner un moment douloureux, ou affronter la réalité pour mieux la dénoncer".

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Notre article intitulé “Le pédophile présumé d’Inzeguane a été arrêté à Essaouira” et publié hier a été très lu et commenté. Deux points en particulier ont soulevé des questions parmi nos lecteurs: l’emploi du mot présumé d’abord, et l’utilisation de la photo illustrant l’article ensuite. 

Concernant l’emploi du mot présumé: un homme a été arrêté, une enquête est en cours pour déterminer si c’est bien lui qui apparaît sur cette vidéo et ces photos de la honte. Il ne sera plus présumé pédophile que lorsqu’une autorité judiciaire ou policière l’aura déclaré coupable. Rappelons-le puisqu’il le faut: médias et réseaux sociaux ne sauraient se substituer à la justice. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons choisi de ne pas décliner l’identité, présumée là encore, de l’homme figurant sur la photo.

Concernant l’illustration de l’article, nous avons choisi de ne partager qu’une seule photo, de manière recadrée et frappée d’un bandeau noir afin de protéger l’identité de l’enfant qui y apparaît. Un choix difficile mais qui, après débat au sein de notre rédaction, s’est imposé à nous car cette photo est le visage laid de la pédophilie. Un fait de société pas complètement tabou tant les affaires de ce genre se multiplient, mais qui à force d’être régulièrement abordé, porte parfois le sceau de la banalité alors même que l’innocence est frappée en plein coeur.

Lorsque l’horreur est là sous nos yeux, deux choix s’offrent à nous: faire l’autruche pour s’épargner un moment douloureux, ou affronter la réalité pour mieux la dénoncer. Après débat, nous avons opté in fine pour la seconde option, soit diffuser cette information et cette photo retouchée non pas pour encourager la pédophilie ou en faire l’apologie, comme l’ont regretté certains lecteurs, mais au contraire pour continuer d’en parler de la façon la plus juste possible, encore et toujours, car un acte pédophile est tout sauf banal. Il est criminel. En choisissant cette fois-ci de ne pas utiliser une photo-prétexte puisée dans une banque d’images, nous avons à coeur de ne pas travestir la réalité et de défendre la cause et le salut des enfants de ce pays qui, pour différentes raisons, se retrouvent exposés avant de devenir pour certains les proies voire les victimes des pédophiles. Si heurter la sensibilité de nos lecteurs (et la nôtre, au demeurant) équivaut à agiter un peu plus les consciences, le jeu en vaut la chandelle. Car ce traumatisme qui consiste à faire face à une réalité hideuse sera toujours plus supportable que celui que vivent ces enfants.

À nous de relayer des infos et des faits, qu’ils soient présumés ou avérés selon l’état d’avancement d’une enquête et les informations à la disposition des acteurs de la société civile dévoués, en l’occurrence, à la cause des enfants. Et à la justice de prendre le relais pour condamner comme il se doit ce type d’agissements. Nous vous invitons à ce titre à re(lire) l’article dans lequel Najia Adib, fondatrice de l’association “Touche pas à mes enfants”, soulignait avec regret, dans des propos accordés en avril dernier au HuffPost Maroc, que les peines prononcées à l’encontre des pédophiles soient encore trop peu lourdes au regard de la gravité des faits. En 2016 pourtant, la Cour de cassation, plus haute juridiction du royaume, avait rendu une décision qui laissait espérer un durcissement des peines prononcées à l’encontre des criminels rendus coupables de pédophilie.