TUNISIE
06/11/2018 17h:59 CET

Pour les économistes Houssine Dimassi et Ridha Chkoundali, le remaniement ne tombe pas au bon moment

Des noms certes, mais pas de programme de réformes.

Anadolu Agency via Getty Images

Le Chef du gouvernement, Youssef Chahed, aurait dû présenter un nouveau programme de réformes avant de remanier le gouvernement, a souligné l’économiste et universitaire Ridha Chkoundali, alors que l’ex-ministre des Finances et économiste, Houssine Dimassi, qualifie ce remaniement ministériel d’“inefficient”. 

Chahed a annoncé, lundi, un remaniement ministériel touchant 13 portefeuilles ministériels et cinq secrétaires d’État, un remaniement contesté par le président de la République Béji Caid Essebsi, qu’il a qualifié de précipité et de mise devant le fait accompli, selon la déclaration de la porte-parole de la présidence de la République, Saïda Garrache.

Les portefeuilles ministériels à caractère économique se taillent la part du lion dans ce remaniement (10 ministres et secrétaires d’État). Ils concernent les secteurs de l’Environnement et des Affaires locales, les Domaines de l’État, le Tourisme, le Transport, l’Équipement, l’Industrie et le Commerce, auxquels vient s’ajouter un nouveau ministère pour l’Économie sociale et solidaire. 

Les deux experts sollicités pour donner leurs avis à propos de ce remaniement, ont considéré que le changement de ministres, quelques jours avant le démarrage des discussions sur les projets du budget de l’État et de la loi des Finances pour l’exercice 2019, pourrait engendrer certaines perturbations étant donné que les ministres limogés ont supervisé l’élaboration de ces budgets.

Chkoundali a estimé que le gouvernement de Chahed, composé lundi, pourrait rencontrer plusieurs difficultés dont le grand poids de l’UGTT qui n’a pas participé aux négociations pour sa formation. Cette théorie est appuyée par Dimassi qui a souligné que Chahed a lancé des “promesses imaginaires” relatives aux augmentations des salaires de la fonction publique, surtout en l’absence quasi totale de commentaires officiels de l’UTICA et de l’UGTT sur ce remaniement.

Un gouvernement de stabilité et non de réformes

Ridha Chkoundali a indiqué que le chef du gouvernement Youssef Chahed devrait présenter un nouveau programme pour le gouvernement comportant plusieurs points relatifs à la réduction de la détérioration du dinar, l’aggravation du déficit de la balance commerciale ainsi que la prise de mesures permettant de limiter la hausse des prix et la réduction de l’endettement.

“On a des noms mais pas des programmes, ni de réformes pour trouver des solutions à la situation actuelle du pays”, a ajouté l’expert. 

Il a ajouté que Chahed aurait dû annoncer l’attachement du gouvernement au 63 points figurant dans l’accord de Carthage 2, qui est un engagement de la part de plusieurs partis et organisations professionnelles.

En contrepartie, il a considéré que le Chef du gouvernement a lancé un message positif aux investisseurs étrangers, mettant fin aux tiraillements politiques, en aboutissant à la stabilité, dont ont besoin les investisseurs.

Selon lui, le message retenu est que ce remaniement ne permettra pas de réaliser des réformes, mais contribuera à l’instauration de la de la stabilité jusqu’à l’organisation des élections présidentielles et législatives prévues à la fin de l’année prochaine. 

Le remaniement ministériel est une opération inefficace

L’ex-ministre des finances Houssine Dimassi a qualifié le remaniement annoncé lundi d’“inefficient”, d’autant plus qu’il a concerné “des noms et non des fonctions ou des stratégies”. 

Il s’agit d’une mauvaise image aux plans intérieur et extérieur, a-t-il ajouté, précisant que le timing de changement des ministères, au moment où l’ARP discute le budget de l’État de 2019 et le projet de loi des Finances au titre de l’exercice 2019 va créer une perturbation, d’autant plus que les ministres ayant pris part à l’élaboration de ces budgets ne font plus partie, aujourd’hui, du gouvernement. 

Il a relevé que la succession des gouvernements et la pluralité des opérations de remaniement ont un effet pervers sur l’image de la Tunisie auprès des investisseurs étrangers qui suivent de près la situation en Tunisie.

Et de poursuivre que les augmentations salariales, d’une valeur de 1600 millions de dinars promises au secteur de la fonction publique, sont des promesses imaginaires. 

Le chef du gouvernement Youssef Chahed a annoncé, lundi, un remaniement ministériel touchant dix huit portefeuilles: Treize ministres et cinq secrétaires d’État.

Chahed a déclaré qu’il a opéré ce remaniement conformément à ses attributions dans le cadre de la Constitution pour “conférer davantage d’efficience à l’action du gouvernement”.

La démarche suivie pour opérer ce remaniement depuis le premier gouvernement annoncé le 20 août 2016, a-t-il dit, est basée sur l’adéquation entre les exigences de la compétence et de l’aptitude à être au service des citoyens. Cela outre, a-t-il ajouté, le dialogue établi avec les acteurs politiques pour la constitution d’une équipe gouvernementale solidaire, cohérente et responsable œuvrant à mettre fin à la crise politique actuelle, à la réalisation de la stabilité du pays et au règlement des dossiers en suspens. Des dossiers qui concernent les volets économiques et sociaux, a-t-il précisé.

Les concertations “nécessaires” ont été engagées avant de procéder au remaniement, a assuré le Chef du gouvernement, estimant qu’il est de nature ”à préparer le pays aux prochaines échéances importantes en garantissant un climat sain et une feuille de route claire”.

Youssef Chahed devra présenter la nouvelle composition du gouvernement à l’ARP pour le vote de confiance.

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