MAROC
13/12/2018 13h:04 CET

Écoles sans eau ni électricité, abandon scolaire... Le rapport accablant de la Cour des comptes

Plus de 6.400 établissements sont sans réseaux d’assainissement.

Soltan Frédéric via Getty Images

RAPPORT - Efforts insuffisants. Le constat que dresse la Cour des comptes à la suite de son évaluation du Plan d’urgence (PU) de l’éducation nationale au titre des années 2009-2012 n’est pas positif. 

Dans son rapport publié hier sur son site web, l’institution relève des dysfonctionnements à différents niveaux, estimant que seul le quantitatif a enregistré “une progression significative”. Et celle-ci se chiffre au nombre d’élèves scolarisés, passés de 5,6 millions en 2009 à un peu plus de 6 millions en 2017, et à celui des établissements scolaires, ayant augmenté de 9.397 à 10.756 pendant la même période.

Un manque d’établissements et d’internats

Mais, face à cette augmentation, le rapport affirme que la capacité d’accueil ne suit pas, “dans la mesure où les réalisations relatives à l’extension de l’offre scolaire demeurent insuffisantes”. Et de préciser que les objectifs fixés par le PU n’ont pas été atteints. Sur les 1164 établissements scolaires prévus par le PU, les réalisations n’ont concerné que 286 établissements, soit 24,6%, indique la Cour des comptes. L’extension prévue des établissements existants de 7052 nouvelles salles n’a pas non plus été atteinte, puisque seules 4062 salles, soit 57,6% de l’objectif, ont été réalisées.

Et ce n’est pas tout. Le rapport pointe du doigt également le problème de couverture de l’ensemble des communes rurales par des collèges dotés d’internats. L’objectif fixé par la Commission nationale de l’éducation et de la formation (CNEF) et repris dans le PU n’a pas été atteint non plus. De 52,8% en 2008/2009, le nombre de ces établissements n’est passé qu’à 66,5% en 2016/2017.

Des réseaux d’assainissement qui laissent à désirer

Pire, les élèves sont amenés à suivre leur scolarité dans des écoles sans assainissement. En effet, sur le plan qualité des établissements scolaires, le rapport évoque l’état de dégradation dont certains souffrent. “Malgré les moyens dédiés à la réhabilitation et à l’aménagement des établissements scolaires, le système éducatif continue à exploiter, au titre de l’année scolaire 2016/2017, 6.437 établissements sans réseaux d’assainissement”, constate le rapport. A ces établissements s’ajoutent 3.192 autres non raccordés au
réseau d’eau potable et 681 non branchés au réseau d’électricité, ainsi
que 9.365 salles délabrées.

Quant à la généralisation de l’enseignement préscolaire devant concerner les écoles à 80% en 2012, et la totalité en 2015, le PU est loin du compte. D’après le rapport, au titre de l’année scolaire 2016/2017, sur les 7.667 écoles primaires, seulement 24% dispensent l’enseignement préscolaire. 

Abandon scolaire

Au volet de l’accès à l’enseignement obligatoire et la rétention des élèves à
l’école, le constat reste le même. Malgré les mesures d’appui social destiné aux élèves issus de milieux défavorisés, notamment la mise en place de cantines, d’internats, de transport scolaire ou encore de programmes comme Tayssir, elles n’ont “pas produit l’impact souhaité”. Et pour cause, la Cour des comptes estime que “la défaillance de la planification” en est l’origine ainsi que “l’absence d’une stratégie intégrée en matière d’appui social ciblant les élèves issus des familles démunies”. Le système de ciblage des bénéficiaires et  l’insuffisance des moyens alloués figurent également sur la listes des causes.

Le défi face à la lutte contre l’abandon scolaire reste ainsi entier. “Certes, le
taux d’abandon scolaire a nettement diminué entre 2008 et 2012 mais il a de nouveau enregistré une augmentation en 2017 pour dépasser les 279.000 élèves”, constate dans son rapport la Cour des comptes qui “considère que le programme d’urgence n’a pas réalisé tous ses objectifs”.

Manque de formation des enseignants

C’est un défaut de stratégie claire basée sur une évaluation préalable qui est soulevé. La Cour des comptes estime que “le ministère concerné n’a pas pris suffisamment en compte certaines règles fondamentales du cycle de toute politique publique lors de la planification, la programmation, l’exécution et la gouvernance”. Il devait agir mieux et plus et pas seulement sur le volet quantitatif mais aussi qualitatif.

Sur ce point précisément, le recours à des enseignants contractuels n’a pas échappé aux auditeurs de la Cour des comptes. Selon ces derniers, les recrutements effectifs des enseignants durant la période du PU ont dépassé les besoins initiaux arrêtés par les services du ministère. 54.927 enseignants ont été recrutés par voie de contrat, durant la période 2016-2018. Mais, problème, “leur affectation directement aux classes d’enseignement, sans formation pédagogique requise remet en question la qualité des enseignements dispensés”.

Un budget mal géré

Quant aux ressources financières mobilisées en faveur du PU, le calcul du coût réel de ce dernier reste estimatif. Il a été appréhendé, indique le rapport, ”à partir des crédits de paiement ouverts par les lois de finances et les budgets des Académies régionales de l’enseignement et formation (AREF), pour les années 2009-2012, totalisant une enveloppe globale, hors masse salariale, de 43,12 milliards de dirhams sur laquelle les engagements ont été de 35,05 milliards de dirhams et les paiements effectifs n’ont été que de 25,15 milliards de DH, soit un taux de paiement de 58%, largement inférieur au taux d’exécution des budgets sectoriels constatés au niveau du budget général de l’Etat durant la même période”.

Pour ce dernier, l’Etat a consenti un effort budgétaire en faveur du secteur
de l’éducation durant la période du PU, précisant que le volume des crédits a enregistré une augmentation de 230% par rapport aux crédits ouverts au cours des quatre années précédentes. Un effort qui n’a pas récolté non plus les fruits escomptés. La Cour des comptes estime que les performances sont faibles, au niveau de l’engagement et du paiement et pointe du doigt “en grande partie les capacités de gestion insuffisantes”.