TUNISIE
26/03/2018 14h:41 CET | Actualisé 26/03/2018 14h:44 CET

Les écoles coraniques, de plus en plus nombreuses: "L’État ne peut pas à lui seul combattre ce fléau" prévient Neziha Labidi

"Il est de la responsabilité de chacun de lutter contre les écoles coraniques anarchiques," souligne la ministre Neziha Labidi.

Facebook/Neziha Labidi

Ils sont près de 47 mille enfants, âgés entre 4 et 5 ans, à être scolarisés dans des écoles coraniques publiques en Tunisie dont le nombre s’élève à 1664. Pourtant la “notion d’école coranique n’existe même pas dans la loi tunisienne”, a fait savoir la ministre de la Femme, de la famille et de l’enfance, Neziha Labidi.

Dans une interview accordée dimanche à Radio Med, la ministre a pointé du doigt ce fléau qui ronge la société tunisienne. Elle a noté que ce phénomène ne cesse de se répandre en appelant les parents à plus de vigilance et à alerter les autorités en cas de doute. 

Labidi a, toutefois, souligné la nécessité de différencier entre les écoles coraniques anarchiques et les Koteb, une institution réglementée par la loi et dépend du ministère des Affaires religieuses.

Contrairement aux écoles coraniques anarchiques, les Kotebs bénéficient d’un programme spécifique et précis et les enseignants sont formés à la pédagogie et à la psychologie.

C’est, peut-être, la méconnaissance des institutions, des différents statuts et la dépendance à différents ministère qui laisse l’éradication des écoles coraniques anarchiques compliquée.

Pour les écoles privées c’est le ministère de l’Éducation qui doit agir, pour les Koteb le ministère des Affaires Religieuses et pour les jardins d’enfants coraniques ouverts par des associations, c’est le Secrétaire d’État au Premier Ministère, ou toute personne ayant intérêt à agir, qui peut avertir de la situation, révèle Nawaat.

En effet, cerner les responsabilités et détecter les dépassements s’avèrent être une mission fragile. Les différents ministères se rejettent la faute. “L’État ne peut pas à lui seul combattre ce fléau” a martelé Neziha Labidi en soulignant le rôle prépondérant des parents et de la société civile dans la lutte contre les écoles anarchiques. “Ces derniers doivent jouer leur rôle de garde-fou face à ce fléau”, a-t-elle poursuivi en indiquant que “des écoles anarchiques se ferment quotidiennement”.  

Le combat contre les écoles coraniques anarchiques ne date pas d’aujourd’hui. Ce dossier brûlant a été, notamment, évoqué par l’ancienne ministre de la Femme, de la famille et de l’enfance, Samira Merai. Cette dernière a annoncé l’existence de jardins d’enfants anarchiques “qui se présentent comme étant des espaces coraniques alors qu’ils n’ont aucun lien avec l’islam”. 

Selon elle, ces espaces ne visent pas à inculquer les vraies valeurs de l’islam mais, “contribuent à ternir son image, en enracinant chez les enfants le sentiment de la peur et de l’angoisse à travers l’enseignement du châtiment de la tombe et en personnifiant les ténèbres de l’enfer au lieu d’apprendre aux petits l’amour de Dieu”.

De son côté, la chercheuse Hakima Aloui a appelé, lors d’une conférence nationale sur l’éducation préscolaire tenue en septembre dernier, à se mobiliser afin de protéger les enfants des risques de l’intégrisme et du terrorisme, en veillant, notamment, à leur inculquer une bonne éducation et une prise en charge adéquate.

La Directrice des affaires juridiques au ministère des Affaires Religieuses, Mahjouba Chartaoui a, pour sa part, dénoncé le phénomène des écoles coraniques anarchique qui se dissimulent derrière des associations.

Leur nombre a connu une augmentation considérable depuis la révolution”, a-t-elle ajouté, appelant à la nécessité de régulariser la situation de certaines associations et d’encadrer leurs activités.

Le ministère, a-t-elle dit, se penche actuellement sur l’élaboration d’une loi dont l’objectif est d’organiser ce secteur et d’imposer des sanctions disciplinaires et pénales à tous ceux qui créent des écoles coraniques anarchiques.

Selon les spécialistes, la personnalité de l’enfant se forge dès les premières années de son existence. Les six premières années de la vie d’un enfant sont déterminantes pour son développement et de son avenir, ce qui, requiert une vigilance accrue des parents, lorsqu’ils sont appelés à inscrire leurs enfants dans les jardins d’enfants.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.