TUNISIE
05/02/2019 12h:46 CET

"École" coranique de Regueb: Ces établissements ne répondent à aucune loi affirme la ministre de la Femme, de la Famille, de l'Enfance et des Personnes âgées

"La seule chose qui existe dans la loi, et qui est régie par un cahier des charges, c’est les kotebs rattachés au ministère des Affaires religieuses” a indiqué la ministre.

La ministre de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées, Naziha Laabidi est revenu, mardi, sur l’affaire de l’ ”école” coranique de Regueb affirmant que ces établissements ne répondent à aucune loi, et sont par conséquent dans l’illégalité.

“Dans la loi régissant le ministère de l’Éducation, l’appellation ‘école coranique’ n’existe pas. Ce terme n’existe pas dans la loi. Idem pour les jardins d’enfants coraniques. La seule chose qui existe dans la loi, et qui est régie par un cahier des charges, c’est les kotebs rattachés au ministère des Affaires religieuses” a-t-elle indiqué sur Jawhara FM, réaffirmant que “ces établissements ne répondent donc à aucune loi”.

Revenant sur l’affaire en question, la ministre a indique que cet établissement a fait l’objet d’une décision de fermeture une première fois en 2015 puis une deuxième fois le 26 novembre 2018 à l’initiative de la Présidence du gouvernement: “Cette décision a été appliquée conformément à la loi mais le directeur de cet établissement (...) l’a réouvert d’une façon clandestine” affirme-t-elle expliquant que cette ”école” se trouve loin de toute zone résidentielle et du centre-ville de Regueb.

“Cependant, cela n’a pas échappé aux citoyens qui ont alerté et travaillé avec le délégué régional de l’enfance. Quand on nous informe, nous devons travailler de façon légale. Quand la justice nous donne l’autorisation d’intervenir nous intervenons, sans compter le fait qu’il faut préparer l’accueil de ces enfants” a-t-elle expliqué, justifiant le temps pris par l’État pour intervenir.

Interrogée sur la réaction des parents, qui ont manifesté leur colère face à cette décision, Naziha Laabidi indique que “le code de protection de l’enfance indique clairement qu’il est du rôle de l’État de protéger les enfants” lorsque de tels faits sont avérés ajoutant que l’État a tout mis en oeuvre pour que ces enfants ne manquent de rien.

“Nous avons accueilli les enfants dans ce centre d’accueil pour les héberger. Cela veut dire que nous les prenons en charge à tous les niveaux. Le ministère de la Santé est intervenu parce que certains enfants ont la gale, sont anémiques, cardiaques ou ont des difficultés respiratoires (...)” déplore la ministre avant de continuer:“Les psychologues sont présents (...) nous les avons laissés dans leur élément selon leur volonté. Nous ne leur imposons rien”.

“Avant de rendre ces enfants à leurs familles, il faut recadrer les parents, s’en occuper psychologiquement, socialement pour que l’enfant, à son retour, trouve un cadre familial équilibré qui lui permette de profiter de son enfance” a-t-elle expliqué.

Victime d’une campagne contre sa personne sur les réseaux sociaux après cette affaire, Naziha Laabidi affirme ne pas y prêter attention:“Quand j’ai accepté ce poste, je savais que j’allais être exposée à des critiques et je m’attends même à bien plus que ça de la part de ces campagnes à mon encontre, peu importe d’où elles émanent. J’estime que j’ai un message que je dois faire passer en toute confiance, par patriotisme et en toute conscience”.

L’affaire de l’ ”école” de Regueb a éclaté après la diffusion par la chaine El Hiwar Ettounsi d’un reportage sur ”école” coranique anarchique ouverte dans la délégation de Regueb enseignant, en toute illégalité les préceptes religieux à  42 enfants âgés entre 10 et 18 ans et 27 adultes âgés entre 18 et 35 ans partageant le même internat sans les moindres conditions de sécurité et d’hygiène. 

 

Ces derniers sont victimes de maltraitance et d’exploitation dans des travaux agricoles et de bâtiment, déplore un communiqué du ministère de l’Intérieur. 

Ils seraient, également, endoctrinés puisqu’on y inculque des idées et des pratiques extrémistes.

D’après le communiqué, les élèves souffrent par ailleurs d’asthme, de la gale et de poux.

 

Par ailleurs, ces enfants auraient été victimes d’agressions sexuelles.

“Le rapport du médecin légiste de l’hôpital Charles Nicolle a confirmé les suspicions de graves agressions sexuelles subies par les enfants de l’école coranique de Regueb” révèle Mosaïque Fm. 

Le média précise que les tests anaux ont permis de confirmer la thèse du viol, citant une source judiciaire.

Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, la section de Sidi Bouzid de la LTDH a indiqué avoir alerté plusieurs fois les autorités sur le cas de cette ”école”, qualifiée de “lieu de création de terrorisme”. Malgré une décision de fermeture de l’école, celle-ci est restée ouverte grâce ”à l’implication claire des autorités locales et régionales”.

À la suite de cette affaire, dans la soirée du lundi, le chef du gouvernement a décidé de limoger le gouverneur de Sidi Bouzid ainsi que le délégué de Regueb.

 

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