TUNISIE
16/01/2019 09h:39 CET | Actualisé 16/01/2019 09h:40 CET

Échec des négociations entre l'UGTT et le gouvernement: La grève générale de la fonction publique aura bien lieu

Le pays sera en partie paralysé jeudi.

NurPhoto via Getty Images

Les négociations entre l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et le gouvernement sur l’augmentation des salaires des fonctionnaires ont échoué mardi, la centrale syndicale maintenant la grève générale fixée au jeudi 17 janvier, ont déclaré mardi soir plusieurs représentants de la centrale syndicale. 

“La réunion, qui s’est poursuivie mardi de 11 heures à 19 heures, a vu l’UGTT faire une concession en acceptant les deux tiers de ce qu’avait été accordé aux employés du secteur public, soit une renonciation des augmentations d’un an, comme il accepté de renoncer au versement des augmentations à partir de mai 2018 et d’accepter la date d’octobre 2018”, a déclaré le secrétaire général adjoint Hafedh Hefaidh.

Les augmentations proposées étaient comprises entre 136 dinars pour le corps de l’exécution et 180 dinars pour le corps des cadres.

Il a estimé que “le gouvernemental est celui qui a voulu que les négociations aboutissent à un échec”, indiquant que le gouvernement a offert de payer l’augmentation en deux tranches, la première de 70 dinars à compter de décembre 2018 et la seconde de 110 dinars à partir de janvier 2020.

Le gouvernement a également proposé que l’augmentation ne soit pas versée de la masse salariale mais comptabilisée comme privilège fiscal, ce qui a été fermement rejeté par la délégation de l’UGTT, selon Hefaidh. 

“L’adoption de l’augmentation selon cette méthode pénaliserait des milliers de retraités et nous refusons d’accorder des acquis pour une catégorie au détriment d’une autre”, a-t-il souligné. 

Le dirigeant de la centrale syndicale a ajouté que le gouvernement “n’est pas maître de sa décision et son recours pour un versement des augmentations comme privilège fiscal au lieu de les verser de la masse salariale n’est qu’un engagement pour les conditions imposées par le FMI”. 

“Le gouvernement a montré qu’il était plus réceptif (aux dictats du Fonds Monétaire) que les gouvernements de Ben Ali et devait recouvrer sa décision souveraine”, a déclaré Hefaidh.

 

De son côté, Sami Tahri, également secrétaire général adjoint de l’UGTT a indiqué sur les ondes d’Express FM qu’il était très difficile -voire impossible- qu’un accord soit trouvé à moins de 24 heures du début de la grève: “Dans la pratique (...), un accord est impossible à trouvé en moins de 24 heures. Il nous sera très difficile de réunir notre commission administrative, et cela pourrait mener des dérapages ce que nous voulons éviter”.

La grève générale touchera donc toutes les administrations centrales, régionales et locales, tous les établissements couverts par la loi régissant la fonction publique. mais aussi les entreprises et sociétés publiques.

“Tous les établissements éducatifs, de santé, la STEG, la SONEDE, le transport maritime, aérien et terrestre, les ministères, les délégations, les gouvernorats, les municipalités...tous seront en grève” a-t-il affirmé expliquant qu’un “service minimum sera tout de même assuré pour les activités vitales”.

“Quand le gouvernement s’est engagé envers le FMI, il n’a rien demandé aux Tunisiens, il n’a pas pris en considération l’avis des Tunisiens. Tous les gouvernements depuis 1956 ont négocié avec le FMI mais il y a toujours eu une prise en considération de la situation spécifique du pays. L’intérêt du pays passait avant tout. Là, aujourd’hui, ils négocient en acceptant à la base les ordres. On ne parle plus de négociations, mais d’ordres. On est arrivé à un point où ce sont des fonctionnaires qui font plaisir à leurs patrons. Ce n’est plus des négociations entre des parties” a fustigé Sami Tahri affirmant que le gouvernement tunisien ne présente aucune stratégie au FMI lors des négociations et se contente d’accepter les conditions imposées par celle-ci.

Indépendamment des griefs contre le FMI, le secrétaire général adjoint indique que c’est le rôle de l’UGTT de protéger les fonctionnaires: “Nous avons 677.000 fonctionnaires qui ont perdu 40% de leur pouvoir d’achat. Leurs salaires sont les plus faibles en Tunisie et au niveau international”.

Alors que certaines personnes critiquent l’UGTT pour cette décision et regrettent qu’elle paralyse le pays, Sami Tahri analyse: “Le pays n’est-il pas déjà paralysé? La corruption a augmenté, la contrebande est devenu plus forte, pourquoi cela ne dérange pas? Pourquoi est-ce que ça ne dérange pas quand on voit aujourd’hui le dinar à son plus bas niveau, que l’inflation augmente à 7,4%, que tous les indicateurs passent au rouge? Les gens doivent avoir une vision globale de la situation et pas se focaliser sur les 677.000 fonctionnaires qui vivent dans l’injustice. Pourquoi? Ne sont-ils pas tunisiens?” 

Interrogé sur le fait que les caisses du pays sont vides et que les augmentations demandées pourraient mettre plus à mal l’économie du pays, Sami Tahri dément: “Les caisses de l’État ne sont pas vides. Quand aujourd’hui, on a 15.000 milliards d’impôts qui ne rentrent pas au trésor public, quand il y a de l’évasion fiscale, quand des contrebandiers détiennent plus de 60% de la monnaie qui circule dans le pays...c’est que celui-ci n’est pas en faillite. Quand les billets de 50 dinars sont entassées dans des sachets dans des maisons de contrebandiers, quand le gouvernement paye des salaires pour 40 ministres plus les secrétaires d’État et les conseillers, on ne peut pas dire que le pays est en faillite” s’emporte-t-il appelant à arrêter ces clichés qui tendent à montrer que l’État n’a plus d’argent.

Au terme de sa réunion du 24 novembre 2018, la commission administrative nationale de l’UGTT avait lancé un mot d’ordre de grève générale dans la fonction publique et les établissements publics pour le 17 janvier 2019, en cas d’échec des négociations sur l’augmentation des salaires des fonctionnaires.

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