MAROC
15/03/2018 16h:01 CET

Du Maroc au Cambodge, Mohammed Bennis capture et dévoile ses "464 regards"

Prises aux quatre coins du monde, des photos en noir et blanc où jaillit par endroit la couleur.

Mohammed Bennis

PHOTOGRAPHIE - Dans une série de photos qui seront exposées du 15 au 29 mars à la galerie Nadar à Casablanca, le photographe marocain Mohammed Bennis nous fait voyager quelques instants, à travers 464 regards. Des regards tendres, rieurs, inquisiteurs, drôles, charmeurs, tristes... Autant de miroirs reflétant des émotions capturées ici et ailleurs, des rues de Marrakech aux villages du Vietnam en passant par le Cambodge et le Niger.

S’il fait de la photo depuis une dizaine d’années, ce n’est que récemment qu’il a osé franchir le pas et montrer ses photos au grand public. “J’ai vraiment montré mon travail cette année, après avoir été contacté par la galerie Nadar qui m’a proposé de publier ma série de photos que je n’avais en aucun cas prévu d’exposer”, explique-t-il au HuffPost Maroc. De ses voyages, il est revenu avec des portraits empreints de spontanéité et d’une sincérité touchante. Aux quatre coins du monde, les visages sont différents mais les émotions capturées se ressemblent, les regards délivrent un message, semblent exprimer quelque chose qui aurait pour lien commun notre humanité.

“Mes photos s’apparentent apparemment à de la photo sociale, orientée vers les gens et leur vécu. Je m’attarde bien plus dessus que sur le côté technique ou artistique d’après les retours que j’ai reçus”, précise le photographe. Il affirme d’ailleurs qu’il n’y a aucune mise en scène derrière ces photos, se contentant de manière discrète de saisir le réel et l’instant présent, derrière son appareil photo. “Je n’ai pas briefé les personnes prises en photos, tout s’est fait de manière totalement improvisée”, dit Mohammed Bennis.

“Toutes les photos ont suivi le même processus: ce sont des photos de rue, j’ai essayé de prendre les gens dans leur quotidien, en essayant d’être le plus discret possible”, assure-t-il. Et c’est ce naturel qui rend cette série particulièrement fascinante. Les quelques détails en couleur apportent de la chaleur et contrastent avec le noir et blanc qui vient sublimer ces différents regards. “Un choix purement esthétique”, justifie Mohammed Bennis. “J’aime le rendu de ces couleurs vives sur le noir et blanc, des couleurs absolument pas retouchées, elles sont présentes sur les photos initiales et mettent en valeur les personnes photographiées”.

Aucun titre, aucun intitulé n’accompagne chaque portrait. “Les photos parlent d’elles-mêmes, j’ai préféré ne pas mettre de titre ou d’explications afin de ne pas orienter les gens et les laisser se forger eux-mêmes leurs propres avis”, explique Mohammed Bennis. S’il préfère laisser au public le choix d’interpréter les photos, il a en revanche accepter pour certaines d’entre elles de confier au HuffPost Maroc les coulisses de ces portraits et quelques anecdotes cachées.

 

MARRAKECH

Mohammed Bennis

“L’idée était de mettre en avant ces femmes, très couvertes et vêtues alors qu’il faisait très chaud à Marrakech ce jour-là. Elles étaient habillées de noir avec des regards indifférents et fermés, qui contrastent avec les paniers très colorés derrière elles. J’ai trouvé ça saisissant”. 

NIGER

Mohammed Bennis

“Sur cette photo, prise à Niamey, c’est incroyable car il y a des regards tellement différents. Je n’ai absolument rien demandé à ces enfants. Le plus frappant c’est toutes ces émotions qu’ils dégagent, qu’ils expriment librement, une confiance s’est instaurée. Il y a de la tristesse, de la joie dans ces regards. C’est troublant car ils sont très jeunes et pourtant, on sent dans leurs yeux qu’ils ont beaucoup de vécu. Le Niger est le deuxième pays le plus pauvre au monde et pourtant, ils avaient une énergie incroyable et étaient malgré tout très positifs”. 

VIETNAM

Mohammed Bennis

“Ces deux petites filles ont été prises en photo dans le village de Sapa, réputé pour ses rizières. Les week-ends, elles s’habillent en vêtements traditionnels et se baladent dans l’espoir de rencontrer quelques étrangers et touristes pour leur vendre des petites bricoles, des bracelets. Ces petits bouts de femmes ont énormément de courage, elles marchent une vingtaine voire une trentaine de kilomètres par jour, pour rejoindre leur village et ramener quelques pièces à la maison. Une des filles a décidé de cacher son visage sans pour autant refuser de se faire prendre en photo. Elle était surement intimidée au premier abord, mais elle montre ensuite son visage dans d’autres photos”. 

CAMBODGE

Mohammed Bennis

“Ce monsieur dans son tuk-tuk avait un sourire incroyable. Les gens au Cambodge sont d’ailleurs incroyables. Ce voyage a été mon coup de coeur, c’est probablement le pays où les gens sont les plus accueillants. Ils ont une culture un peu à la marocaine. Tout le monde garde la pêche, tout le monde essaye de se débrouiller avec quelques sous en faisant des petits boulots par-ci, par là. Ils sont aussi très accueillants avec les Marocains, ils les apprécient beaucoup. Pour la petite anecdote, on raconte qu’à l’époque de la guerre d’Indochine, la France avait envoyé une troupe de Marocains combattre là-bas, et que les Marocains ont changé de camp et décidé de défendre les populations locales. Il y a même à côté, au Vietnam, un petit village où résident énormément de Marocains mariés à des Vietnamiennes. Les gens y étaient spécialement accueillants avec nous”.  

Des rues du Caire à celles de Paris, de Casablanca, ou de Taipei où il a vécu, Mohammed s’interroge sur l’autre, son vécu et son parcours. De nature sociable, il s’arme de son appareil et capture des instants de vie qui nous rapprochent des gens et confirment que peu importe le coin du monde dans lequel on vit, les émotions sont un langage universel.

Le reste de ses photos promet de jolies surprises pour les yeux et d’autres anecdotes que l’auteur se fera un plaisir d’expliquer lors de l’exposition. Il se dit d’ailleurs très flatté de pouvoir montrer pour la première fois ces photos, en attendant de peut-être les exposer ailleurs.