MAROC
08/02/2016 13h:52 CET | Actualisé 08/02/2016 14h:30 CET

Mohammad Naciri, directeur régional de l'ONU Femmes: "L'éducation soutient toujours des schémas stéréotypés sur le rôle de la femme dans la société arabe" (INTERVIEW)

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Où se situe le Maroc en matière de parité? (INTERVIEW)

PARITÉ - Les 9 et 10 février prochains à Rabat, Le réseau des femmes arabes parlementaires pour l'égalité, Ra'edat (Pionnières), soutenue par l'ONU Femmes, organise un forum pour la parité en politique dans les pays arabes. Plus de 150 parlementaires, décideurs, organisations régionales et internationales issus d'une vingtaine de pays vont se réunir à cette occasion afin de "promouvoir les politiques favorisant l'égalité des genres dans la région".

Quels sont les obstacles que rencontre encore la femme arabe sur la scène politique? Quels mécanismes à adopter afin de lui assurer une meilleure représentativité? Où se situe le Maroc par rapport à ses voisins? Eléments de réponse avec Mohammad Naciri, directeur régional de l'ONU Femmes dans la région du monde arabe.

HuffPost Maroc: Quels sont les défis majeurs de cette manifestation?

Mohammad Naciri: Les challenges que rencontre la femme arabe pour garantir sa représentativité sur la scène politique ainsi que dans d'autres domaines sont toujours les mêmes. La participation de la femme reste, relativement, en deçà des espérances dans le milieu politique malheureusement. A tel point que la région du monde arabe se situe en bas de l'échelle des zones qui accordent le moins de place aux femmes dans les parlements et les gouvernements. A travers cet événement, en partenariat avec le Réseau des femmes arabes parlementaires pour l'égalité, Ra'edat (Pionnières, ndlr), nous souhaitons parvenir à un plan unifié pour une politique qui favorisé la parité.

Quels sont les mécanismes à mettre en place afin s'assurer à la femme une place de choix dans la scène politique?

Cela passe par plusieurs dispositifs. Nous souhaitons discuter avec les législateurs, les parlements ainsi que les leaders arabes à l'échelle nationale et régionale, afin de mettre en place des lois qui visent à appuyer le rôle de la femme dans le monde politique. Il faut également entamer des campagnes de sensibilisation des citoyens arabes à travers l'éducation et les médias. Malheureusement, les méthodes employées dans le secteur de l'éducation soutiennent toujours des schémas stéréotypés sur les rôles de la femme et l'homme au sein de la société. Nous aspirons également à collaborer avec les ministères de l'Education de ces pays afin de dépasser cette culture des clichés.

Vous êtes directeur régional de l'ONU Femmes dans la région depuis janvier 2015. D'après vos constats, est-ce que les gouvernements arabes sont prêts à franchir le cap de la parité?

Nous avons une bonne base sur laquelle nous pouvons fonder nos espoirs. Lorsque nous étudions l'expérience du Maroc qui a mis des quotas de représentativité des femmes dans les conseils communaux, nous considérons que c'est un pas remarquable. En Algérie et en Tunisie, les femmes représentent plus de 30% des membres du Parlement. En Egypte, la Constitution a fixé à 25% la présence minimum des femmes dans les Conseils locaux. Et même en Arabie saoudite, où une dizaine de femmes ont été élues lors des dernières élections municipales, la parité s'impose de plus en plus comme une évidence. Il y a, certes, une volonté de changer la situation actuelle, mais le chemin est encore long. Il le sera davantage pour les pays en situation de conflit, comme la Syrie, l'Iraq et le Yemen.

Où se situe le Maroc parmi les pays arabes en matière de parité?

Le Maroc est parmi les précurseurs de l'égalité des sexes. Le rôle du Maroc ne date pas d'aujourd'hui, mais date des années 1960 où des femmes investissaient le champ politique en tant que militantes. Dans ce sens, le royaume donne l'exemple à l'échelle régionale en fournissant des preuves concrètes de son implication dans ce processus du changement.

Pourquoi avoir choisi le Maroc comme terre d'accueil de cette manifestation?

Pour plusieurs raisons. D'abord pour le positionnement du pays en tant que leader en la matière, mais également parce que le Maroc jouit toujours d'un climat de stabilité et de paix qui nous permet d'accueillir plusieurs invités à la fois en toute sécurité. Enfin, les relations du Maroc et son engagement auprès des Nations unies et l'Union européenne, qui soutient cet événement, y sont également pour quelque chose.

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