ALGÉRIE
24/06/2019 15h:23 CET | Actualisé 24/06/2019 17h:58 CET

Drapeaux amazighes : solidarité citoyenne, et organisation de la défense des détenus

Sit in devant le tribunal

“On pourrait être plus nombreux. Je ne comprends pourquoi on arrive pas à mobiliser plus de monde pour un telle injustice”, peste une femme devant les journalistes présents pour couvrir le rassemblement de solidarité en faveur des 11 manifestants placés sous mandat de dépôt, dimanche 23 juin. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’effectivement l’appel lancé sur les réseaux sociaux pour un rassemblement devant le tribunal de Sidi M’hamed en solidarité avec les manifestants qui ont passé leur première nuit à la prison d’El Harrach, n’a pas mobilisé les foules. Une centaine de personnes avaient fait le déplacement, parmi elles des visages familiers que l’on croise à chaque appel à la mobilisation citoyenne. “Pourtant, face à ces arrestations politiques, il n’y a que la mobilisation citoyenne qui peut les libérer, c’est pour cela qu’il faut une mobilisation plus importante”, rappelle, Me Aouicha Bekhti, membre du collectif contre la répression et qui avec une dizaines d’autres avocats ont défendu la cause des prévenus devant les juges d’instruction.

 

Ce matin, les avocats s’étaient donnés rendez-vous pour faire appel de la décision du mandat de dépôt. “On doit récupérer les dossiers d’’instruction et les procès-verbaux établis par les policiers lors de l’arrestation des manifestants”, explique Me Samira Kadi Hanafi. Les avocats se disent scandalisés par les charges retenues contre leurs clients, essentiellement celui qui touche à “l’atteinte à l’unité nationale” et qui est passible, selon l’art 79 du code pénal, d’une peine allant de un à dix ans d’emprisonnement. “C’est un article fourre-tout qui a permis au procureur de justifier les incarcérations. Car il n’y a aucun article de loi qui interdit de porter un emblème autre que l’emblème national”,  affirme Me Saliha Imessaoudene du collectif contre la répression.

Ce matin une avocate s’est déplacée à la prison d’El Harrach pour s’enquérir de l’état de santé des manifestants et pour savoir s’ils ”étaient d’accord qu’un appel de la décision soit fait”, précise Me Kadi Hanafi.

 

Un drapeau amazigh brandi à la face des policiers

Les forces de police, plutôt discrètes depuis le début du rassemblement, demandent aux manifestants de s’installer derrière une barrière face à l’entrée du tribunal, alors qu’une dizaine de forces anti émeutes sont dépêchées pour les encercler. “On n’est pas des animaux pour être encerclés de cette manière, alors qu’on est déjà derrière une barrière”, hurle une jeune femme au visage d’un policier en civil. C’est à ce moment que les premiers slogans contre le chef d’Etat-Major et pour la libération des manifestants sont entonnés par la petite foule d’une cinquantaine de personnes. Au milieu des slogans et des cris, un drapeau Amazigh est brandi comme par enchantement par une manifestante, puis d‘autres manifestants s’en emparent et le brandissent à la barbe des policiers devenus subitement nerveux.

 

Deux fourgons cellulaires se garent devant les manifestants, alors que des policiers en civil infiltrent le regroupement pour récupérer l’emblème amazigh. “silmiya silmiya”, hurlent les manifestants, les mains en l’air. “On devrait tous brandir un drapeau amazigh devant les commissariats et les palais de justice. Il faut qu’ils comprennent que nous n’avons pas peur de la prison”, recommande une jeune manifestante à son amie.

Après concertation, le collectif d’avocats décident de différer son appel pour la libération des manifestants, le temps de coordonner les efforts. “On a trois jours pour faire appel”, rappelle une avocate.

On apprendra que trois personnes arrêtées vendredi ont été relâchées, hier par les juges instructeurs. “Il n’avaiet aucun drapeau sur eux. les magistrats ne pouvaient les mettre sous mandat de dépôt même s’ils avaient passé déjà deux nuits derrière les barreaux”, explique une avocate.