MAROC
08/01/2019 15h:24 CET

Drame de la maternité des Orangers: Les infirmiers observeront une marche samedi

Cet incident marquera la profession à jamais.

ABDELHAK SENNA via Getty Images

JUSTICE - “J’assiste toujours au procès, mais j’évite de les regarder en face. J’ai trop mal, pour elles. Elles ne sont pas responsables de ce qui s’est passé à la maternité des Orangers”. Au HuffPost Maroc, le président de l’Association marocaine des sciences infirmières et techniques sanitaires (AMSITS), Habib Karoum, confie son amertume à suivre le procès des deux infirmières détenues suite à une erreur médicale qui a coûté la vie à un nourrisson le 17 décembre et provoqué la détérioration de la santé de cinq autres.

Mais il insiste en tant qu’infirmier d’abord et militant associatif sur l’importance de sa présence, ainsi que celle de ses collègues, notamment ceux exerçant à la maternité des Orangers, au procès dont une nouvelle audience s’est tenue hier au tribunal de première instance de Rabat.

“Nous sommes venus nombreux pour les soutenir et clamer leur innocence. Pour nous, c’est l’acquittement qu’elles méritent”, estime-t-il. Un espoir que les collègues des deux infirmières bercent au fur et à mesure du déroulement du procès qui entamera lundi prochain, le 14 janvier, sa cinquième audience, alors que les deux infirmières sont maintenues en détention depuis le 20 décembre. La liberté provisoire ne leur a pas été accordée, malgré la demande systématique de leurs avocats à chaque audience.

Alors, pour exprimer leur soutien à leurs deux collègues, les infirmiers se préparent à organiser une marche samedi prochain, 12 janvier. C’est le Mouvement des infirmiers et techniciens de la santé au Maroc (MITSAM) qui a initié cette démarche de protestation en vue, non seulement d’appeler à la libération des deux infirmières, mais aussi pour dénoncer “les dysfonctionnements du système de santé publique”. La marche devra débuter à 9h au point de rassemblement qui est prévu devant le ministère de la Santé. Ensuite, elle devra faire escale devant la maternité des Orangers et le siège du Parlement.

Le MITSAM a décrété cette démarche ainsi que d’autres suite à sa réunion nationale tenue le 5 janvier. Objectif: appeler les infirmiers à se mobiliser estimant qu’il est temps, pour cette catégorie professionnelle, de dénoncer “les conditions de travail catastrophiques” qui leur coûtent en plus “l’enfer des poursuites judiciaires et administratives dans l’Etat de droit et des libertés”. 

Dans son communiqué, le mouvement regrette que les infirmiers “soient marginalisés par le ministère de la Santé qui tarde à mettre en oeuvre les textes législatifs et réglementaires définissant leurs tâches avec précision”. Et de rappeler que “le projet de créer un Ordre national des infirmiers et techniciens de la santé reste en suspens” au moment où “ces deux infirmières et bien avant, des dizaines d’autres ont fait l’objet de poursuites judiciaires”. 

Contre une situation décrite comme “intolérable”, ce mouvement légitime, par le même biais, l’adoption de différentes démarches de protestation qui commenceront cette semaine. “Les infirmiers n’accompliront désormais que ce qui est décrété légalement par la loi, les décisions du ministre et les circulaires”, précise le MITSAM, annonçant également un arrêt de travail dès le début du mois de février. Selon ce communiqué, une grève de 48h sera observée les 5 et 6 février au niveau national à l’exception des services d’urgences et de réanimation. Une grève qui sera accompagnée d’un sit-in le 5 février à 10h devant le ministère de tutelle.

La tension s’empare des infirmiers pour qui le dénouement du procès des deux infirmières de la maternité des Orangers poursuivies pour négligence et meurtre non prémédité ne sera pas sans impact. “J’en suis convaincu. Ce sera une phase marquante et surtout une transition vers un meilleur exercice de la profession, car ce qui s’est passé aux Orangers ne sera jamais oublié”, affirme le président de l’AMSITS. Cette dernière a publié une série de communiqués depuis le début de l’affaire du décès du nourrisson et continue de le faire. Objectif: rappeler que ces infirmières ne sont pas “les vraies responsables”.

“La direction du CHU Ibn Sina et le ministère de la Santé ont des comptes à rendre. Au procès, seul leurs avocats sont présents, mais aucun représentant des deux n’assiste”, constate Habib Karoum, précisant que les avocats des deux infirmières ont, chacun, pris la parole hier pour souligner à la cour qu’il “ne peut y avoir de lien de causalité entre le décès du nourrisson et l’injection qui lui a été faite ce jour-là à la maternité”. 

Ces avocats ont également soulevé la question de l’inexistence d’un service de réanimation au sein de la maternité ayant retardé une prise en charge urgente et nécessaire au moment des faits, rapporte le militant associatif pour qui ces deux infirmières restent de simples “boucs-émissaires” d’un drame. Raison pour laquelle l’AMSITS a appelé les syndicats à faire plus pour amener la direction du CHU Ibn Sina à intervenir en faveur des deux infirmières. 

Et il n’y a pas que lui qui attend une réaction du CHU. Le père du nourrisson décédé, Mohamed Ennassiri, nous confie aussi de son côté que la direction du CHU tarde à lui apporter son aide. “Alors que le procès touche à sa fin, je n’ai toujours aucune nouvelle de la direction du CHU Ibn Sina. J’attendais qu’elle assure une prise en charge pour ma petite fille”, regrette Ennassiri.

Ce papa, qui avait eu le 15 décembre des jumeaux, une fille, Rinade, et un garçon, Ryad, a malheureusement perdu ce dernier suite à l’injection d’un produit anesthésiant à la place du vaccin le 17 décembre. Sa petite fille, elle, avait été admise avec quatre autres nourrissons à la réanimation de la maternité Souissi. “J’ai besoin de m’assurer que ma fille va bien, mais face à ce mutisme, je me sens abandonné à mon sort. Ma femme, elle, ne s’est pas remise de la douleur de cette grande perte que nous avons subie. Je vais devoir trouver un psychologue à présent pour l’aider à s’en sortir”, se résigne-t-il.