16/07/2019 12h:03 CET | Actualisé 17/07/2019 11h:16 CET

Protection des données personnelles: Le RGPD, une opportunité business pour les entreprises

"Les entreprises marocaines opérant dans le secteur de l’offshoring (centres d’appels, développement de logiciels, traitement de paie…), sont particulièrement concernées par cette nouvelle réglementation et ont l’obligation de se mettre en conformité."

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Encore trop perçu comme une contrainte, le règlement général européen relatif à la protection des données personnelles (RGPD) est en réalité une bonne occasion pour les marques et les entreprises marocaines d’optimiser leur parcours client. Explication de Me Lina Fassi Fihri.

Le Maroc dispose depuis 2009 d’une loi qui encadre le traitement des données personnelles, la loi n° 09-08 et d’une autorité de contrôle, la CNDP. Depuis le mois de mai 2018, est entré en vigueur le règlement général européen relatif à la protection des données personnelles (RGPD) qui s’applique en dehors de l’UE dans certains cas et par conséquent à quelques entreprises marocaines.

Qu’est-ce que le RGPD? Qui est concerné au Maroc?

C’est une réglementation visant à harmoniser les différentes législations européennes relatives à la protection des données personnelles et qui renforce les droits des personnes physiques concernées et la responsabilité des entreprises qui traitent ces données.

Pour rappel, les données personnelles, ce sont toutes les informations qui permettent d’identifier une personne physique, aussi bien son nom que son adresse email, un matricule, son compte bancaire, son numéro de carte nationale, ses données de géolocalisation... L’objectif de la protection des données n’est pas l’interdiction de leur utilisation mais d’imposer le respect de quelques règles qui protègent les individus, c’est-à-dire les informer, demander leur consentement et sécuriser ces opérations pour que leurs données ne soient pas utilisées à mauvais escient ou détériorées.

Le RGPD s’applique en dehors de l’UE lorsque les entreprises offrent des biens ou des services à des résidents européens ou lorsqu’elles sont des sous-traitantes d’entreprises situées en UE soumises au RGPD, par un effet de ricochet.

Les entreprises marocaines opérant dans le secteur de l’offshoring (centres d’appels, développement de logiciels, traitement de paie…), sont donc particulièrement concernées par cette nouvelle réglementation et ont l’obligation de se mettre en conformité. De la même façon, les entreprises marocaines exerçant dans le secteur bancaire, du tourisme ou des télécoms sont visées par cette réglementation dès lors qu’elles proposent des biens ou des services à des résidents européens.

Optimiser les processus business

La mise en conformité demande aux entreprises de procéder à un audit préalable afin d’identifier quels types de données sont collectés. C’est un exercice utile pour l’entreprise qui connaîtra mieux sa cible et où se trouvent les données en interne. Il faut garder en tête que la donnée est un actif de l’entreprise.

Après avoir réalisé leur audit sous forme d’une cartographie des données et d’un rapport de diagnostic, les entreprises devront mettre en place des procédés afin de répondre au mieux aux exigences du RGPD. Le RGPD peut donc être vu comme l’opportunité, pour les entreprises, de faire le tri dans leurs données, de supprimer les datas obsolètes ou superflues et de réorganiser le stockage des informations pour tirer le meilleur parti de ces dernières.

Renforcer la confiance clients

Le sujet ne passionne pas encore mais c’est bien d’un sujet primordial dont il s’agit: légiférer sur la circulation et l’usage qui est fait de nos données personnelles est une priorité quand on voit à quelle vitesse les objets connectés envahissent notre vie.

Les entreprises demandent à leurs clients qu’ils partagent de plus en plus d’informations personnelles. Et dans le même temps, ces derniers mois ont été éclaboussés par des révélations autour la gestion opaque de ces données. Les consommateurs sont désormais alertés sur les conséquences que peuvent avoir la circulation de leurs informations personnelles sur leur vie privée et sont donc beaucoup plus prudents, voire méfiants, lorsqu’ils les transmettent.

Le respect des principes du RGPD offre au consommateur une meilleure maîtrise de ses données. Lors de la collecte des autorisations d’utilisation des données des personnes concernées, l’entreprise a tout intérêt à expliquer de manière claire et précise comment elle compte utiliser leurs informations personnelles.

La conformité au RGPD va permettre à l’entreprise d’établir une relation transparente avec ses clients et de ce fait, va améliorer la satisfaction client. L’entreprise qui saura communiquer efficacement sur les efforts qu’elle fait pour se conformer au RGPD, qui expliquera les mesures qu’elle met en place dans le cadre de cette nouvelle législation ou de ses standards internes créera un lien plus fort avec ses clients et aura une longueur d’avance sur ses concurrents.

Mieux comprendre ses clients

Grace à la connaissance des flux de données personnelles traitées, l’entreprise va pouvoir déterminer un profil plus affiné et plus fiable de chaque client et grâce à ces efforts marketing personnalisés, favoriser sans aucun doute leur engagement.

A l’exception des grands groupes ou des filiales de multinationales, ou encore des secteurs très réglementés tels que les banques et les assurances, peu de dirigeants d’entreprise savent de quoi il s’agit et se sont inquiétés de leur mise en conformité. Pourtant il faudrait y voir un outil capable de dynamiser son activité, une opportunité de communiquer positivement, de faire de la smart compliance, et surtout le moyen de ne pas perdre de parts de marché si ses donneurs d’ordre sont européens.

Pour rappel, les sanctions peuvent être importantes notamment s’agissant du règlement européen puisque cela peut aller jusqu’à 20 millions d’euros ou 4% du chiffre d’affaires mondial. Si les autorités de contrôle sont encore dans une phase de sensibilisation, cette phase va bientôt s’achever et les sanctions, ou en tout cas les mises en demeure, vont finir par arriver, y compris au Maroc.