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14/12/2018 15h:57 CET | Actualisé 14/12/2018 15h:57 CET

Djerba: Une pensée à Yakoub Bchiri, icône de la musique judéo-tunisienne

Qui se souvient encore de Feu Yakoub Bchiri? Né le 12 novembre 1912, ses chants ont beaucoup apporté à la musique tunisienne.

Alia Belkaïd
Yakoub Bchiri chez lui en mars 1998

Les juifs de Tunisie, c’est l’histoire d’un peuple ancestral installé depuis des siècles. L’histoire raconte qu’après la destruction du premier Temple de Salomon par l’empereur Nabuchodonosor en 586 avant J. C, des prêtres auraient choisi l’exil vers l’île de Djerba, où trône la plus ancienne synagogue d’Afrique qui contiendrait des restes de ce temple: La Ghriba. Au 15ème siècle, des juifs chassés d’Espagne se réfugièrent en Afrique du Nord. Une autre émigration des juifs originaires de Livourne (Les Granas) eut lieu 17ème siècle. 

Ces vagues successives se mêlent aux cultures autochtones, aux traditions, à la gastronomie, aux coutumes et au savoir faire, pour faire aujourd’hui la richesse du répertoire Tunisien à travers des générations.

C’est ainsi que la Tunisie se pare de délicieux chants hébraïques prononcés en langue arabe (quelques-uns traduits en arabe dialectal) dits “Bayout” (prononciation hébraïque, Piyout, pluriel piyoutim, chants avec texte religieux dans les synagogues et pendant les fêtes), qui rythment amoureusement certaines fêtes de mariage, de barmitsva et de circoncision, qui restent ancrés dans la mémoire des tunisiens.

 

Parmi cette élite, mine de bonheur et de joie, un autodidacte de son temps, descendant d’une famille de musiciens, incontournable pour toutes les festivités. Une personne qu’on ne pourrait oublier et qui, en jouant et chantant, a réjoui l’assistance à Djerba partout où il passait.

Qui se souvient encore de Feu Yakoub (Yacov, prononciation hébraïque) Bchiri? Né le 12 novembre 1912, ses chants ont beaucoup apporté à la musique tunisienne. Yakoub avait joué au luth et au piano et avait toutes les qualités de la sagesse, de la bonté et du grand cœur. Un vrai militant comme son cousin violoniste Gaston Bchiri, assassiné par les allemands.

Yakoub Bchiri, animait et mettait le feu aux mariages, aux fêtes et au pèlerinage de la Ghriba par le biais des chansons comme la “Taâlila”.

Parmi ses chansons, “Akra Weldi w Taâlem”, “Ma Nhabech Naârres”, “Baba Baba Jawezni” et bien d’autres.

Il avait surtout repris le répertoire tunisien comme celui d’Ali Daghbagi, Doukha, Raoul Journo, ou des chansons populaires telles que “Ya Ghriba Ma Tkhalli Bia”, “Ana Ghriba” ou encore “Meskin Yalli Martou Kbiha” de Chikh El Afrit.

Jamil Denguir
La chanson à gauche fut inspirée d'une histoire citée dans la bible

Yakoub avait côtoyé le leader Habib Bourguiba lors de son exil à Tataouine. Selon certains dires, ce dernier ému par sa générosité et ses qualités, lui avait proposé de rejoindre l’institut Rachidia de la musique tunisienne.

Si cela avait été le cas, il aurait pu avoir un rayonnement plus étendu sur la scène tunisienne et arabe. Cela n’empêche que Yakoub avait figuré dans la presse internationale mais surtout avait assisté et joué avec la grande vedette Raoul Journo lors d’une soirée à Paris.

Mehdi Louati
Yakoub Bchiri et Raoul Journo à Paris

 

Chanteur oui, mais acteur aussi. Bchiri avait joué dans le film “L’homme de cendres” (Rih Essed) de Nouri Bouzid en 1986 et avait composé l’un des morceaux du film intitulé “Habbit ntol alikom”. Outre, Yakoub avait réalisé un long entretien en 2004, avec le fin connaisseur du patrimoine musical Ali Saidane et le professeur de philosophie Feu Fatah Thabet, un entretien qui n’a d’ailleurs pas encore été diffusé mais qui le sera bientôt.

 

Son fils Youda tient aujourd’hui sa mythique boutique “Robinson” au cœur de Houmet souk, lieu de souvenirs de l’idole Yakoub Bchiri, qui se dote également aujourd’hui d’un pavillon au musée de Guellala.

En hommage à sa mémoire, le maestro Anis Melliti et le chanteur Mohamed Beskri, avaient fait renaitre le temps d’une soirée, Yakoub Bchiri par un passage inspiré de l’ambiance de la Ghriba au spectacle musical “Djerba Hkeya”.

La phonothèque tunisienne retiendra cette grande figure de la musique parti le 3 décembre 2008, dont on ne retrouve qu’une seule cassette et un seul CD de lui. Ce mois-ci Djerba vit le 10ème anniversaire de sa mort.

Mehdi Louati
Yakoub chez lui avec sa femme Khamsana ainsi que son pavillon au musée de Guellala

Les juifs de Tunisie, toute une époque et un passé glorieux

Dr Gabriel Kabla, Fondateur de l’Amicale des juifs de Djerba à Paris, nous raconte cette belle période avec beaucoup d’émotions et d’éloges. Le parcours de nombreux juifs ayant amoureusement servi leur pays. On a parlé d’histoire, politique, de cinéma, de médecine, de sport et de gastronomie, tout autour de la culture judéo-tunisienne.

Il va sans dire que la scène musicale avait connu des voix titanesques auxquelles nous sommes redevables. Et comment ne pas connaitre les plus grands chanteurs à l’image d’Isserène Israel Rozio devenu Chikh El Afrit, Elie Touitou dit Kahlaoui Tounsi, Nathan Cohen, Doukha ou encore Youssef Hagege alias José de Suza. Sans oublier Raoul Journo et sa savoureuse “Taâlilat Laâroussa”, ainsi que le producteur Michel Lévy et le musicologue Hervé Roten et le compositeur Jacques Krief…

Les voix féminines avaient aussi marqué leur époque à l’instar de Fritna Darmon, Louisa Ettounsia né Saâdoun, Leila Sfez ou encore la Diva Hbiba Msika, née Margueritte. Peu connues aussi, les sœurs, Kammûna, Mannana, Bibiya et Bahla Chemmam, des chanteuses juives tunisiennes à la tête de la troupe musicale nommée “Aouada”.

De nos jours, une nouvelle génération de chanteurs fait honneur à cet héritage musical comme Ilane Bitane, Samuel Berdah, Benjamin Cohen, Bezalel Raviv, Gabi Sabbagh,… et tous ces juifs à la voix divine qui reprennent les plus belles chansons tunisiennes et orientales.

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