ALGÉRIE
20/09/2019 06h:37 CET | Actualisé 20/09/2019 10h:47 CET

Quand Djamila Bouhired étrillait un “régime d’usurpateurs” et appelait les jeunes Algériens à ne pas se laisser “voler leur victoire”

Associated Press
Algerian militant Djamila Bouhired waves to protesters as they demonstrate in the streets of Algiers, Algeria, to denounce President Abdelaziz Bouteflika's bid for a fifth term, Friday, March 1, 2019. Tens of thousands of protesters marched through Algeria's capital Friday against ailing President Abdelaziz Bouteflika's bid for a fifth term, surging past a barricade and defying repeated volleys of tear gas fired by police during the tense demonstration. Banner in Arabic reads "No to the fifth mandate". (AP Photo/Slimane Zohir)

Le texte de la moudjahida et icône vivante de la révolution algérienne, Djamila Bouhired, publié le 14 mars dernier dans le journal El Watan et dans lequel elle appelait  les jeunes Algériens à tenir bon et à ne pas se laisser “voler leur victoire” connait depuis, hier, jeudi, une relance virale sur les réseaux sociaux.

Dans ce texte la moudjahida et l’icône vivante de la révolution algérienne, Djamila Bouhired, appelait les jeunes Algériens à tenir bon et à ne pas se laisser “voler leur victoire”. 

La moudjahida inscrivait le combat de la jeunesse pour les libertés dans une filiation directe avec le combat des libérateurs d’hier contre le colonialisme et se livre à un procès en règle contre le régime mis en place en 1962. Une lecture dénonciatrice qui n’est pas sans rappeler les propos du moudjahid Lakhdar Bouregaa qui lui ont valu d’être emprisonné. 

“Là où ils se trouvent nos martyrs…. ont, enfin, retrouvé la paix de l’âme”

La lettre diffusée à la veille d’un 31e vendredi de manifestations populaires, marqué par un accroissement des tensions suite aux arrestations de militants est très politique. Elle  se dit fière de cette jeunesse qui a renoué avec le “fil de l’histoire interrompu en juillet 1962” et qui reprend  “ le flambeau qui va éclairer le chemin de notre beau pays vers son émancipation, dans la dignité retrouvée et dans les libertés à reconquérir”.  

Là où ils se trouvent, je suis convaincue que nos martyrs, qui avaient votre âge lorsqu’ils avaient offert leur vie pour que vive l’Algérie, ont, enfin, retrouvé la paix de l’âme” souligne avec force Djamila Bouhired.  Si les aînés ont libéré l’Algérie de la domination coloniale, les jeunes d’aujourd’hui sont “en train de rendre aux Algériens leurs libertés et leur fierté spoliées depuis l’indépendance.”

Les usurpateurs de 1962

L’icône de la révolution est sans concession avec le régime en place à l’indépendance par des “ planqués de l’extérieur”.  “Au nom d’une légitimité historique usurpée, une coalition hétéroclite formée autour du clan d’Oujda, avec l’armée des frontières encadrée par des officiers de l’armée française, et le soutien des « combattants » du 19 mars, a pris le pays en otage” souligne Djamila Bouhired qui accusent ces “usurpateurs” d’avoir traqué les survivants du combat libérateur et “pourchassé, exilé, assassiné nos héros qui avaient défié la puissance coloniale avec des moyens dérisoires, armés de leur seul courage et de leur seule détermination.”

Ce “ système politique installé par la force en 1962 tente de survivre par la ruse, pour continuer à opprimer les Algériens, détourner nos richesses, et prolonger la tutelle néocoloniale de la France pour bénéficier encore de la protection de ses dirigeants” indiquait Djamila Bouhired en relevant que nombre de responsables en “retraite ou encore en activité” (ministres, hauts-fonctionnaires, officiers supérieurs de l’armée, chefs de partis) se sont “repliés sur l’hexagone, leur patrie de rechange, le refuge du fruit de leurs rapines”.

Les jeunes Algériens par leur engagement pacifique ont “désarmé la répression”, “ressuscité l’espoir”, “réinventé le rêve” et ont permis de “ croire de nouveau à cette Algérie digne du sacrifice de ses martyrs et des aspirations étouffées de son peuple. Une Algérie libre et prospère, délivrée de l’autoritarisme et de la rapine. Une Algérie heureuse dans laquelle tous les citoyens et toutes les citoyennes auront les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes chances, et jouiront des mêmes libertés, sans discrimination aucune.”

A la “croisée des chemins”

Mais avertit, la Moudjahida, le mouvement est “à la croisée des chemins” et risque, à défaut de  vigilance de sombrer dans le catalogue des “révolutions manquées”.  “Tapis dans l’anonymat et la clandestinité, des manipulateurs déguisés en militants, des agents-provocateurs en service commandé, des serviteurs zélés du système fraîchement repentis, tentent de détourner votre combat, pour le mener vers une impasse, dans le but de donner un sursis aux usurpateurs et de maintenir le statu quo”

Bouhired évoque, sans donner de précision, l’existence de listes de personnalités “confectionnées dans des laboratoires occultes” qui circulent depuis quelques jours “pour imposer, dans votre dos et contre votre volonté, une direction fantoche à votre mouvement.”. Elle  appelle à la mobilisation de tous, étudiants, journalistes, artistes, à “résistez contre la déchéance pour imposer de l’éthique” et à “dessiner votre avenir, et de donner corps à vos rêves.” C’est à vous, ajoute-t-elle, “ de désigner vos représentants par des voies démocratiques et dans une totale transparence.

Notre génération a été trahie ; elle n’a pas su préserver son combat contre le coup de force des opportunistes, des usurpateurs et des maquisards de la 25e heure qui ont pris le pays en otage depuis 1962. Malgré la colère du peuple qui l’a rejeté, leur dernier représentant s’accroche encore au pouvoir, dans l’illégalité, le déshonneur et l’indignité. Ne laissez pas ses agents, camouflés dans des habits révolutionnaires, prendre le contrôle de votre mouvement de libération.Ne les laissez pas pervertir la noblesse de votre combat. Ne les laissez pas voler votre victoire…