MAROC
23/09/2019 09h:37 CET | Actualisé 02/10/2019 12h:00 CET

Dizzy Dros: "Je veux vivre et mourir au Maroc" (INTERVIEW)

Dans une ambiance intimiste, Dizzy Dros raconte ses désillusions et son amour de la patrie.

Abdelhamid Belahmidi/L'Boulevard 19
Dizzy Dros au festival L'Boulevard à Casablanca, le 20 septembre 2019.

RAP - Omar Souhaili alias Dizzy Dros n’est plus à présenter. Le natif de Casablanca est devenu une icône dans le milieu du rap marocain. Lors de la 19ème édition du festival L’Boulevard, le 20 septembre, l’artiste âgé de 30 ans était le plus attendu par le public casablancais. Les spectateurs, venus en nombre, ont entonné en coeur ses titres les plus connus, heureux de retrouver sur scène le rappeur qui se fait de plus en plus rare sur les scènes marocaines. Le HuffPost Maroc a rencontré Dizzy Dros, qui s’est livré à coeur ouvert sur sa vie actuelle, ses rêves et ses racines. Interview.

HuffPost Maroc: Le public était en feu lors de votre prestation. Vous attendiez-vous à un tel accueil?

Dizzy Dros: Oui je m’y attendais. Le public de Casablanca a toujours été celui que je rêvais de retrouver sur une grande scène. Ça fait un moment que je n’ai pas joué de grand concert à Casa. On fait des shows, on participe à des festivals dans d’autres villes à l’étranger, mais la meilleure manière de revenir à Casablanca, c’est la scène du Boulevard. Cet été, il y a eu une sorte de boycott, puisqu’aucun festival ne nous a appelés. Je ne sais pas pourquoi.

Y aurait-il une raison qui pourrait expliquer ce boycott?

J’ai mes propres raisons qui expliquent pourquoi je n’ai pas été contacté. Je pense que c’est la même raison pourquoi L’Boulevard m’a appelé, puisque ce festival travaille différemment des autres festivals. L’Boulevard, c’est le meilleur festival au Maroc.

D’après ce que vous dites, vous avez un attachement particulier pour L’Boulevard, pourquoi?

Pour moi, L’Boulevard est le festival avec lequel on a grandi, bien avant qu’on devienne ce qu’on est. On venait voir les artistes sur scène. Ce festival est imprégné d’une culture. L’Boulevard donne de l’importance à la musique urbaine au Maroc. Ici, on sent qu’on est une famille, même avec les techniciens. Il y a certaines personnes ici que je connais depuis 2007, 2008. Du coup, ça fait plaisir de venir jouer devant la famille.

Votre dernier single “Airmax” est sorti le 19 septembre. Que vouliez-vous transmettre comme message avec ce dernier son ?

On a tourné le clip il y a un an. On a eu des problèmes contractuels avec les personnes avec qui on a filmé. On a décidé de le mettre en stand-by. Pour faire la promo du concert au L’Boulevard, on a décidé que le meilleur moyen était de sortir ce son. Ainsi, nous l’avons sorti un jour avant la date du concert, ce n’était pas un choix, puisqu’on avait peu de temps.

Ce morceau raconte ma relation avec la célébrité en général, le fait d’être célèbre au Maroc, surtout d’être un rappeur célèbre. Ce métier n’est pas du tout évident. Ici le rap a beaucoup de problèmes. Il n’y a pas de structure, ni de revenu stable. Être célèbre n’équivaut pas forcément à avoir les moyens de bien vivre. Tu deviens célèbre, et t’es coincé dans le même quartier. Ce sont des contraintes que vivent la plupart des rappeurs marocains. Il y a aussi le facteur du devil (diable) qui représente le fail (l’échec). A la fin, tu te retrouves devant ton choix, vas-tu t’en détacher, ou vas-tu le laisser contrôler ta vie?

Du coup c’est pour ces raisons que vous êtes parti vous installer aux Îles Canaries? Vous ne comptez pas revenir?

Je reviens souvent. Mon travail se trouve ici. J’ai toujours eu ce rêve d’aller à l’étranger pour vivre. Je voulais avoir the freedom (la liberté) de voyager. Je rêvais de m’installer ailleurs qu’au Maroc. Mais de toute manière, je veux vivre et mourir au Maroc. Mais, comme je l’ai dit plus haut, le fait d’être célèbre et d’être coincé au Maroc, ce n’est pas évident.

C’est quoi le déclic qui vous a donné envie de quitter le Maroc?

En 2015, j’ai vécu une période de dépression pendant un an. Je ne sortais plus de chez moi. J’en avais marre de tout. Je n’arrivais plus à sortir de là où j’étais. Par exemple, quand je devais sortir de chez moi pour acheter du pain, je devais m’habiller parce que j’allais forcément croiser des gens qui voulaient se prendre en photo avec moi. Dès que j’ai eu l’occasion de partir, je n’ai pas hésité une seconde. Mais de toute manière, je viens au Maroc deux à trois fois par mois. Je ne peux plus supporter la vie quotidienne au Maroc.