MAROC
11/10/2018 16h:38 CET

Le gouvernement et les syndicats veulent écrire une nouvelle page du dialogue social

El Othmani promet aux syndicats un renouveau de ce dialogue.

AIC Press

DIALOGUE SOCIAL - “Nous tenons à la réussite du dialogue social”. C’est le chef du gouvernement qui le clame haut et fort lors d’une réunion tenue, hier, avec les représentants syndicaux et de la CGEM. À ces derniers, Saad-Eddine El Othmani a présenté, les grandes lignes du projet de loi de finance 2019 et exprimé la volonté de son gouvernement de “poursuivre le dialogue de façon continue et régulière avec l’ensemble des parties concernées”.   

Les partenaires sociaux devaient donc être rassurés sur l’implication concrète du gouvernement. El Othmani leur a affirmé, précise un communiqué de la primature que “le dialogue social est un choix stratégique” auquel tient le gouvernement, soulignant que ce dernier ne ménagera aucun effort pour faire aboutir le chantier. 

“C’est ce que nous espérons”, déclare au HuffPost Maroc Allal Belarbi, membre du bureau exécutif de la CDT. Le retard pris pour relancer effectivement le dialogue social avait fini par remettre en doute l’engagement du gouvernement au point où El Othmani a dû intervenir de la sorte. “Nous lui avons demandé de fixer une date pour la reprise des négociations en lui précisant qu’un programme de travail doit être défini au préalable par les trois parties (syndicats, patronat, gouvernement) ”, indique ce responsable syndical, estimant qu’il est temps de “fixer des objectifs clairs et des délais”. “Nous devrions à notre prochaine rencontre travailler sur ce programme ensemble”, ajoute Allal Belarbi, précisant que le chef du gouvernement leur a promis de fixer une date “dans deux ou trois jours”. 

Il est question, à en croire ce responsable syndical, de “tourner la page” pour ré-entamer le dialogue social. “Les propositions du gouvernement pour conclure un accord qui avait été prévu avant la fête du travail n’ont pas été satisfaisants. Les syndicats l’avaient refusé parce qu’elles étaient trop minces par rapport à ce que nous nous attendions. Elles étaient irrecevables!”, estime-t-il.  

Ministere du Travail et de lInsertion professionnelle

Les centrales syndicales se disent, elles aussi, prêtes à aller de l’avant. “Il y va de l’intérêt de tous! Il est temps que le dialogue social puisse jouer pleinement son rôle dans le traitement des maux sociaux et économiques, quelles qu’en soient les dimensions”, souligne Allal Belarbi, qualifiant le dialogue social de “besoin national”. Il est question, en effet, d’apaiser la tension sociale qui sévit en ce moment. 

Une tension, il y en avait également une au sein des composantes du dialogue social. La CDT, justement, avait farouchement contesté la méthodologie de dialogue tripartite par commissions, estimant qu’elle “avait été testé mais qu’elles n’avait pas abouti aux objectifs escomptés”. Le chef du gouvernement avait proposé, en mars dernier, aux partenaires sociaux, d’organiser les travaux du dialogue social en trois commissions thématiques. Celles-ci portent sur l’amélioration des revenus, sur le secteur privé dans son aspect législation du travail et libertés syndicales, ainsi que sur le secteur public visant à examiner les questions liées à l’administration publique. La CDT, de son côté, avait estimé préférable une négociation tripartite alliant patronat/employeurs, gouvernement et syndicats autour des différentes questions qui touchent de près le salarié en une seule commission.

“Nous avions boycotté le dialogue social après avoir tenté à plusieurs reprises de le relancer”, affirme Allal Belarbi. Et de préciser que le compromis des syndicats n’est pas un obstacle à l’élaboration d’un accord avec le gouvernement.” Les centrales syndicales (UGTM, UNTM, CDT, CDT) avaient présenté un mémorandum à l’époque du gouvernement Benkirane. Il englobait toutes nos revendications et priorités, mais le gouvernement n’a pas donné de suite. Pourtant, au cours des anciens gouvernements, alors que nous (syndicats) n’étions pas d’accord, nous étions arrivés quand même à des accords”, affirme ce responsable syndical. Et de préciser que les syndicats aujourd’hui se partagent les mêmes principes: la protection sociale, l’augmentation des salaires, les allocations...

Les syndicats maintiennent toujours comme référence l’accord du 26 avril 2011 que devait conclure l’ancien chef du gouvernement mais qui n’a pas été mis en oeuvre. Pour eux, il faudra plus qu’un discours pour faire réussir le dialogue social. “Il faut une réelle volonté politique”, rappelle ce responsable syndical.