MAROC
16/04/2019 13h:58 CET

Dialogue social: Après le blocage, des augmentations de salaires à partir du 1er mai

Entre 400 et 500 dirhams de plus pour les fonctionnaires du secteur public.

Stringer . / Reuters

DIALOGUE SOCIAL - Il y a plus d’un an, le gouvernement marocain s’empressait d’annoncer l’imminente signature d’un accord avant le 1er mai 2018 avec les syndicats et le patronat. Ce vœu n’a pas été exaucé, et le dialogue social s’était bloqué. “Dès la constitution de ce gouvernement, nous n’avons jamais cessé de lui demander d’instaurer le dialogue social, d’engager des négociations. 5 ou 6 accords ont été scellés depuis 1996, mais à l’arrivée de ce gouvernement, ce dernier a voulu imposer un mode de gestion bien à lui de ce dossier”, déclare au HuffPost Maroc le secrétaire général de la Confédération démocratique du travail (CDT) Abdelkader Zaër, rappelant le parcours qu’a connu le dialogue social.

La CDT, qui avait boycotté les réunions avec le gouvernement, défend la légitimité de son choix. “Le gouvernement voulait faire cavalier seul en fixant l’ordre du jour et en s’accaparant les propositions. Notre rôle est complètement absent dans cette vision des choses”, fait remarquer Zaër, accusant le gouvernement d’avoir amplifié la tension sociale suscitant des manifestations de la classe ouvrière décrétées par la CDT.

Une tension sociale qui a nécessité l’intervention royale. Dans son dernier discours de la fête du Trône, le roi Mohammed VI avait appelé ”à œuvrer avec célérité à l’aboutissement du dialogue social”. “C’est cette instruction royale qui a fait bouger les choses. Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a été mandaté pour cela”. En médiateur, Laftit a joué pleinement son rôle, d’après le SG de la CDT: “Il agit en homme de raison, prêt à trouver des solutions aux problèmes”.

La médiation commence à donner ses fruits. “Nous nous sommes mis d’accord sur le volet financier (augmentation des salaires et allocations). Sur les engagements en suspens depuis l’ancien accord et d’autres liés aux libertés syndicales et conflits sociaux, nous attendons que le gouvernement donne suite à nos propositions”, explique Zaër. Et de souligner qu’une fois cette phase accomplie, il ne restera plus qu’à signer un accord en présence du chef du gouvernement et des ministres du Travail, de la Fonction publique, des Finances et du patronat. “Nous faisons en sorte que cela se fasse avant le 1er mai”, précise notre interlocuteur. 

Le processus s’accélère et le gouvernement s’en félicite. A l’issue du conseil de gouvernement tenu jeudi dernier, le porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, a annoncé qu’“un accord de principe” est désormais acquis. Le chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, lui, a affirmé, “avoir de bonnes nouvelles à annoncer très prochainement”. 

En quoi consistent ces “bonnes nouvelles”? Selon la CDT, l’offre faite par Laftit prévoit l’augmentation des salaires pour les fonctionnaires du secteur public (administrations, collectivités territoriales, organismes publics) à hauteur de 500 dirhams net. Cela concerne les échelles 6, 7, 8 et 9 et les grades de 1 à 5 de l’échelle 10 ou équivalent. Cette augmentation sera effective progressivement et consistera à verser aux salaires des fonctionnaires 200 dirhams à partir du 1er mai 2019. Le même montant sera rajouté à compter du 1er janvier 2020, tandis que 100 dirhams restant ne le sera qu’un an plus tard, c’est-à-dire, le 1er janvier 2021. Les fonctionnaires du grade 6 de l’échelle 10 et plus auront droit à une augmentation de 400 dirhams. Elle leur sera versée en trois tranches aux périodes précitées: 200 dirhams (mai 2019), 100 dirhams (janvier 2020) et 100 dirhams (janvier 2021).

Les allocations familiales seront, elles, portées à 100 dirhams pour chaque enfant à condition toutefois que le nombre se limite à trois. Quant aux fonctionnaires en bas de l’échelle, ils auront droit à une promotion par la création d’un nouveau grade, nous indique la CDT relayant cette offre du gouvernement.

Dans le secteur privé, le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et le salaire minimum agricole garanti (SMAG) connaîtront, chacun, une augmentation de 10% échelonnée sur deux ans: 5% en juillet 2019 et 5% en juillet 2020. 

Pour les syndicats, l’offre est acceptée. La CDT, qui avait demandé une augmentation de salaires de 600 dirhams, estime que cette offre reste satisfaisante dans la mesure où “elle permettra de soutenir le pouvoir d’achat”, affirme Zaër.

Il ne reste plus qu’à passer à l’acte.