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09/10/2019 10h:49 CET | Actualisé 09/10/2019 10h:49 CET

Dialectique de la force des faibles et de l’impuissance des puissants

Ramzi Boudina / Reuters
A demonstrator shouts at police officers during a protest opposing the election that Algeria's veteran ruling cadre has set for December and demanding the freeing of opposition leaders in Algiers, Algeria October 8, 2019. REUTERS/Ramzi Boudina

1.    En règle générale, les pouvoirs, mauvais élèves à travers l’histoire et tous les continents, ne peuvent jamais comprendre à temps que la violence n’est qu’un moyen extrême dont l’usage marque leurs limites et sonne le son de leur glas.

2.    Les pouvoirs utiles à leurs peuples et à l’humanité sont capables de tisser patiemment le fil solide, longuement éprouvé, le chanvre moral, politique, idéologique, magique, d’une pensée, d’une représentation, d’un langage, d’une histoire, d’institutions, d’Etats qui permettent la solution des problèmes perpétuels qui naissent sur le chemin escarpé, et qui dessinent le parcours toujours tourmenté des peuples.

3.    Ce faisant, ils tracent des horizons, construisent des espaces où le génie des peuples s’épanouit et se déploie, et ces peuples érigent des monuments à la gloire de leur profonde humanité, ces peuples inventent des normes et des œuvres qui façonnent la vie de générations, ces peuples donnent de la valeur aux choses, des valeurs aux gens et du sens à la vie.

4.    Ces pouvoirs audacieux s’arrogent la sublime responsabilité d’incarner un idéal humain, une vision de beauté, de force et d’intelligence aventureuse, ce sont des vecteurs de civilisation.

5.    Ces pouvoirs sont rares, précaires, ils assument leur destin de chrysalide, leur fulgurance d’éclair fertile brûlant.

6.    Plus fréquemment, les pouvoirs sont des mécaniques primaires de prédation, de la fin en soi, de l’oppression, de la bêtise fondamentale, de l’illusion et de la corruption. Ils ne sont pas portés à la construction d’institutions qui les dépassent et les transcendent, au développement de l’énergie, de la force et de l’intelligence des peuples. Car, plus que tout, ils redoutent l’insondable mystère, la lumière sauvage, la puissance infinie de la liberté. 

7.    Ces pouvoirs-là sont, par essence, par nécessité, indignes, injustes, stériles et mesquins. Ils n’ont ni patience ni imagination. Ils n’ont pas de souffle ; ce souffle long, ce souffle absolu des peuples qui ont en eux l’instinct de la vie, la force de l’amour, et l’invincible puissance du temps.