ALGÉRIE
21/04/2019 17h:45 CET

Devant le palais de Justice, les algériens ont attendu longtemps Ahmed Ouyahia

Hamdi Baala pour le HuffPost Algérie

“Que se passe t-il ?”, lance à la cantonade une vielle dame intriguée par l’attroupement d’une centaine de personnes devant le tribunal de Sidi Mhamed. “On va juger Ouyahia et le mettre en prison”, lui rétorque un jeune homme, veste en jean et pot de Yaourt à la main. “Inchallah mon fils. Ils doivent tous finir à El Harrach”, lui répond-elle avant de s’éloigner.

Un peu plus loin, un homme cheveux grisonnants et petite barbe bien taillée tient un pot de yaourt dans la bouche et brandit une pancarte, alors qu’autour de lui des personnes l’imitent et brandissent des petites bouteilles de yaourts, devenu étroitement lié à la personne de l’ancien premier ministre depuis qu’il a affirmé que le “peuple n’était pas obligé de manger du yaourt” Pour rien au monde Azzeddine n’aurait voulu  rater cet évènement.  

Depuis l’annonce samedi lors du journal de 20h de la convocation de Ahmed Ouyahia et du ministre des finances, Mohamed Loukal par le tribunal de Sidi Mhamed, Azzeddine a averti ses collègues qu’il  ne voulait pas se priver du plaisir de voir l’ancien premier ministre ”être trainé devant les tribunaux”. “J’ai toujours rêvé de ce moment où cette mafia se retrouve derrière les barreaux. Il faut qu’ils payent pour ce qu’ils ont fait aux algériens”, juge-t-il. Quand on lui fait remarquer que tant que l’ancien PM n’est pas jugé coupable, il est considéré comme innocent, Azzeddine n’est pas d’accord. Pour lui l’ancien PM et patron du RND est coupable avant de passer par la case justice. “Lui et les autres sont coupables et les dossiers existent”, accuse t-il.

L’arrivé d’une voiture noire qui s’arrête devant le palais de justice, crée une pagaille indescriptible. Les forces antiémeutes tentent de contenir la foule qui fond sur le véhicule en compagnie des caméramans et des photographes qui jouent des coudes pour se rapprocher du véhicule. “C’est Ahmed Ouyahia”, hurle des personnes, alors que les vitres teintées du véhicule empêchent de voir quoi que se soit. Les forces de l’ordre tentent de contenir la foule qui se précipite et qui bloque la circulation.  Un homme parvient difficilement à s’extraire du véhicule et à s’engouffrer dans le palais de justice. “C’est pas lui”, annonce, dépitée, une jeune femme à son interlocuteur au téléphone.

Dans un coin, un homme se tient à l’écart et regarde impassible ce qui se passe, près du tribunal. Mohamed est un jeune cadre dans une entreprise privée dont les bureaux se trouvent proches du palais de justice. “Il ne viendra pas car il ne peut être entendu que par une juridiction spéciale”, explique Mohamed “les gens attendent pour rien. C’est à la cour suprême de se charger de leurs cas”, prévient-il.

En effet, l’article 573 du code de procédure pénale en vigueur en Algérie précise que “lorsqu’un membre du Gou­vernement, un magistrat de la cour suprême, un wali, un président de Cour ou un procureur général près une Cour, est susceptible d’être in­culpé d’un crime ou d’un délit commis dans l’exercice ou par l’exercice de ses fonctions, le procu­reur de la République saisi de l’affaire, transmet le dossier, par voie hiérarchique, au procureur gé­néral près la Cour suprême qui dési­gne un membre de la Cour suprême aux fins de procéder à une informa­tion”.

“Rentrez chez vous”, lance un jeune en survêtement à l’adresse de la foule. “Laissez les gens travailler!” Une voiture s’arrête à sa hauteur. “L’euro est à 21.50 ”, annonce-t-il à son interlocuteur. Sur la rue Abane Ramdane, le business ne s’arrête jamais.