MAROC
01/04/2019 16h:47 CET

Deux pétitions appellent les députés à rejeter le projet de loi cadre de la réforme de l'enseignement

"C'est une question qui touche la société marocaine".

nik wheeler via Getty Images
Salle de classe à l'école Koubba el Baadiyin, à Marrakech.

PÉTITION - “Nous ne nous opposons pas à ce projet de loi dans sa totalité, mais au choix linguistique qu’il contient”. Le président de la Coalition nationale pour la langue arabe, Fouad Abou Ali, tient à être précis pour légitimer la décision de son association de lancer une pétition appelant à modifier ce texte législatif. Ce dernier est sur la liste des projets de loi à l’ordre du jour de la session extraordinaire que tient le Parlement à partir de ce lundi.

Alors que son adoption ne saurait tarder, ces militants de la langue arabe s’insurgent. “Nous avons lancé la pétition, hier à minuit, et nous avons déjà récolté entre 600 et 700 signatures. Ce qui prouve à quel point cette question touche la société marocaine. Elle relève d’une conviction collective. Mais entre la société et l’élite politique, l’écart semble s’élargir”, regrette le président de la coalition dans une déclaration au HuffPost Maroc. Et pour cause, le projet de loi opte pour l’enseignement des matières scientifiques et techniques en langue française. “Ce sera le cas dans un premier temps avant de l’élargir à d’autres matières, dans une seconde étape. L’arabe deviendrait une langue étrangère dans son pays”, craint le militant.

La coalition a choisi de baptiser sa pétition: “Pour une justice linguistique”. Elle sera adressée au chef du gouvernement, aux présidents des deux Chambres du Parlement, mais aussi au ministre de l’Education nationale et présidents des groupes parlementaires. “Notre initiative a été entreprise en partenariat avec des personnalités nationales notamment des académiciens et des chercheurs. C’est un cri unanime voulant rappeler aux partis politiques et groupes parlementaires qu’une atteinte à l’encontre de la langue arabe est une atteinte à l’encontre de l’identité de notre pays et de ses fondements”, plaide Fouad Abou Ali. 

Une question qui appartient à l’ensemble des Marocains. “Au tout début, nous voulions rallier 100 personnalités parmi les plus connues comme Moulay M’hamed Khalifa, Mohamed Belbachir Hassani, Abdelali Oudghiri, Abdelkader Fassi Fihri ou encore Mohamed Didaoui. Nous avons dépassé les 150 en quelques heures et nous avons décidé alors d’élargir cette pétition à tous les citoyens marocains”, explique-t-il, se félicitant de l’intérêt que représente la question: “Nous venons de recevoir la demande de 200 associations d’adhérer à cette pétition”.

Un intérêt populaire que défend la coalition au nom de la constitution. “On ne peut pas chercher des formules pour contourner les fondements de la constitution, sinon ils ne seraient pas des fondements”, estime Fouad Abou Ali. Et de préciser que l’arabe doit servir de langue de base de l’enseignement et que les autres langues doivent être enseignées pour garantir une ouverture sur le monde. “C’est là qu’il faut marquer la distinction entre la langue d’enseignement et la langue enseignée. Aucun des pays qui se sont illustrés mondialement en matière de développement n’adopte un enseignement avec des langues étrangères”, souligne-t-il. 

Cause commune, une initiative similaire a été lancée auprès des enseignants. La Fédération nationale des fonctionnaires de l’enseignement affilié à l’UNTM a appelé les enseignants à signer une pétition faisant de l’arabe la langue officielle de l’enseignement. “Nous avons entamé la collecte de signatures à travers nos bureaux régionaux depuis samedi. Dès que cette opération sera achevée, nous remettrons notre pétition au chef du gouvernement et au Parlement”, déclare au HuffPost Maroc le secrétaire général adjoint de la fédération, Hamid Bencheikh. 

“Rattraper une erreur”, pour ce syndicat, les députés ne devaient pas “s’accorder sur ce que refuse la société”. Réitérant les arguments de la coalition, ce syndicat estime, dans un communiqué, que l’approbation de cette loi cadre dans sa version actuelle risque de “condamner les générations à venir à vivre dans l’instabilité (linguistique)”. Et de souligner l’importance, pour le Maroc, de veiller sur les deux langues, arabe et amazighe, notamment en leur accordant “la valeur que leur confère la constitution”.

“Bien plus, l’UNESCO recommande aux États que l’enseignement se fasse en langue maternelle et cela, pour nous, met l’accent sur l’urgence de remettre les choses à leur place”, affirme  Bencheikh.

La langue arabe avait déjà suscité le débat au sein des députés. Ceux du parti de l’Istiqlal avaient même déposé une proposition de loi imposant un caractère obligatoire à l’utilisation de la langue arabe et amazighe dans l’administration et la vie publique. Le président des députés PI nous avait alors fait part de son constat linguistique au Maroc: “Nous ne maîtrisons ni l’arabe, ni le français. C’est comme si nous étions à la croisée des chemins linguistiques”.